Édition française
En continu
---Advertisement---

Nouvelles

Les pédiatres perdent rapidement des incitations à offrir des vaccins

L'administration Trump et, plus récemment, le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., sont accusés de semer le doute sur l'efficacité et la sécurité des vaccins, une attitude qui inquiète les pédiatres américains. Cette politique, combinée à…

Les pédiatres perdent rapidement des incitations à offrir des vaccins

L’administration Trump et, plus récemment, le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., sont accusés de semer le doute sur l’efficacité et la sécurité des vaccins, une attitude qui inquiète les pédiatres américains. Cette politique, combinée à des contraintes financières déjà importantes, pourrait entraîner une réduction de l’offre de soins pédiatriques et une augmentation des risques pour la santé publique.

Contrairement aux affirmations de Robert F. Kennedy Jr., qui a évoqué une rentabilité de 50 % sur les vaccins pour la plupart des pédiatres, les professionnels de santé insistent sur le fait que la vaccination n’est pas une source de revenus significative. « La marge bénéficiaire est exceptionnellement faible », explique Robert Lillard, directeur médical de la Cumberland Pediatric Foundation. Rana Alissa, présidente de la section de Floride de l’American Academy of Pediatrics, estime que cette affirmation est « risible » pour tout fournisseur de vaccins.

En réalité, la vaccination représente un investissement financier conséquent pour les cabinets pédiatriques. Ils doivent acquérir environ la moitié des vaccins directement auprès des fabricants, parfois à un coût de plusieurs centaines de dollars par dose (environ 150 à 300 euros). Scott Huitink, pédiatre dans le Tennessee, indique que son équipe dépense plus de 500 000 dollars (environ 460 000 euros) par an pour l’achat de vaccins, un poste de dépense qui se situe juste après les salaires du personnel.

L’autre moitié des vaccins est financée par le gouvernement fédéral via le programme Vaccines for Children, destiné aux enfants dont les familles n’ont pas les moyens de se les offrir. Quoi qu’il en soit, les cabinets pédiatriques doivent assumer les coûts de stockage (réfrigérateurs spécialisés, systèmes d’alarme) et d’administration, qui ne sont pas toujours intégralement remboursés par les assurances. La perte d’une seule dose de vaccin peut engendrer des coûts importants, obligeant les prestataires à en administrer davantage pour compenser.

Une étude de 2017 a révélé que 12 % des cabinets pédiatriques et 23 % des cabinets de médecine familiale avaient cessé d’acheter certains vaccins en raison des risques financiers trop élevés. Dans ces cas, les familles sont orientées vers les services de santé locaux ou les pharmacies.

L’incertitude actuelle concernant les recommandations vaccinales du gouvernement fédéral aggrave la situation. Donald Trump a suggéré de retarder ou d’espacer les vaccinations, tandis que Robert F. Kennedy Jr. a relayé des informations erronées sur les vaccins, notamment en affirmant que le vaccin ROR provoquait l’autisme. Il a également nommé des personnes peu compétentes en matière de vaccins au sein du Comité consultatif du CDC sur les pratiques d’immunisation (ACIP), ce qui a conduit à des recommandations moins claires et à des restrictions sur l’utilisation de certains vaccins.

Les changements apportés par l’administration Trump ont des conséquences directes sur les achats de vaccins. L’ACIP, sous la direction de Kennedy, a par exemple voté pour supprimer les recommandations concernant les vaccins contre la grippe contenant du thimérosal, un conservateur déjà absent de la plupart des vaccins utilisés aux États-Unis. Jason Terk, pédiatre au Texas, explique que cette décision a contraint son cabinet à commander des flacons individuels plus coûteux et plus volumineux, réduisant l’espace de stockage disponible.

De plus, les restrictions imposées par la FDA sur les approbations des vaccins contre la Covid-19 et les recommandations assouplies de l’ACIP ont créé une confusion chez les pharmacies, les cabinets médicaux et les patients quant à l’éligibilité aux vaccins et à leur couverture par les assurances. Certains cabinets ont même dû faire signer aux patients des dérogations s’engageant à payer de leur poche si les assurances ne couvraient pas les vaccins, bien que cette pratique se soit raréfiée grâce aux assurances de couverture à long terme.

L’attente des recommandations de l’ACIP a également retardé les commandes de vaccins contre la Covid-19, obligeant certains pédiatres à refuser des patients souhaitant se faire vacciner. Eliza Varadi, pédiatre en Caroline du Sud, a commencé à commander les vaccins contre la Covid-19 par boîtes de dix doses afin de minimiser les pertes potentielles. Elle craint de perdre plusieurs milliers de dollars si les compagnies d’assurance ne remboursent pas les vaccins.

Le manque de disponibilité des vaccins contre la Covid-19 crée un système à deux niveaux d’accès aux soins. De plus, la diminution de la demande de vaccins contre la Covid-19 a entraîné une baisse des commandes de vaccins contre la grippe et le VPH, selon Robert Lillard. Certains parents, influencés par la désinformation diffusée sur les réseaux sociaux, se montrent désormais plus réticents à faire vacciner leurs enfants contre le VPH.

Face à ces difficultés, de nombreux pédiatres envisagent de réduire leur offre de vaccins, ce qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur la santé publique. « Les vaccins contribuent à maintenir les enfants en bonne santé et à réduire la demande de services pédiatriques », souligne Rana Alissa. « Mais si les pédiatres abandonnent les vaccins, cela pourrait aggraver la situation. »

Les pédiatres craignent également que l’augmentation des contraintes administratives liées aux vaccinations personnalisées et retardées n’entraîne des erreurs médicales et une surcharge de travail. Anita Henderson, pédiatre du Mississippi, déplore la pénurie de personnel dans le secteur de la pédiatrie, qui risque de s’aggraver. « Nous ne pouvons pas trouver, nous ne pouvons pas embaucher, nous ne pouvons pas recruter », affirme-t-elle. Elle craint que moins de médecins soient disponibles pour soigner les enfants en cas d’augmentation des taux d’épidémie.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.