Publié le 10 octobre 2025 13:04:00. L’annonce du prix Nobel de littérature ravit chaque année les cercles intellectuels arabes, mais depuis 1988, la culture arabe reste en quête d’un second lauréat, malgré la présence de talents reconnus à l’international.
- L’attribution du prix Nobel de littérature à l’écrivain hongrois Laszlo Krasnahorkai a ravivé la frustration face à l’absence de reconnaissance des auteurs arabes.
- Adonis et Ibrahim al-Koni, poète syrien et romancier libyen respectivement, figuraient parmi les favoris ces dernières années.
- Des obstacles structurels, tels que le manque de soutien institutionnel à la traduction, et des accusations de partialité envers les littératures non occidentales, sont pointés du doigt.
Chaque octobre, avec l’imminence de l’annonce du prix Nobel de littérature, un espoir renaît dans le monde arabe. Un espoir de voir un écrivain de langue arabe succéder à Naguib Mahfouz, lauréat en 1988, et briser une attente qui s’éternise. Malgré l’émergence de figures littéraires majeures, la reconnaissance suprême semble toujours échapper à la culture arabe.
L’annonce récente de la victoire de Laszlo Krasnahorkai a exacerbé ce sentiment de frustration. Les espoirs étaient particulièrement élevés pour Adonis, le poète syrien dont l’œuvre a révolutionné la poésie arabe, et Ibrahim al-Koni, le romancier libyen surnommé le « Philosophe du désert ». Tous deux étaient considérés comme des candidats sérieux au cours des dernières années.
Ahmed Saïd Esber, connu sous le nom d’Adonis, est né en 1930 dans le village de Qasabin, dans le gouvernorat de Lattaquié. Il est devenu l’une des figures les plus influentes de la poésie arabe moderne, un véritable pionnier du renouveau poétique, tout en étant un penseur et un critique de renom.
Son œuvre a été largement traduite en anglais et en français, et pendant trente ans, Adonis a régulièrement figuré sur les listes de prétendants au prix Nobel. Ibrahim al-Koni, né en 1948 à Ghadamès en Libye, a également été cité à plusieurs reprises, bien que moins fréquemment.
Al-Koni se distingue par une œuvre prolifique ancrée dans l’univers du désert, explorant les drames psychologiques et les dimensions spirituelles des tribus nomades, le tout dans un langage poétique riche et évocateur. Nombre de ses romans ont été traduits en Occident.
Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer cette absence de lauréat arabe depuis 1988. La principale semble être le manque de structures efficaces capables de soutenir les écrivains arabes et de promouvoir leur œuvre à l’international, notamment par le biais de traductions de qualité. Ces efforts restent souvent limités à des initiatives individuelles, fragmentées et insuffisamment financées.
Certains accusent également l’Académie suédoise, responsable de l’attribution du prix, d’adopter une approche condescendante envers la littérature arabe, privilégiant les œuvres européennes et nord-américaines au détriment de l’Asie et de l’Afrique. Selon ces critiques, l’Académie se défausserait ainsi de ses responsabilités.
Le poète palestinien Mahmoud Darwish est souvent cité en exemple. Malgré une renommée internationale acquise grâce à la diffusion de ses poèmes, notamment par des personnalités influentes comme l’ancien président français Manuel Macron et l’acteur américain Richard Gere, il n’a jamais reçu le prix Nobel, bien qu’il ait été nominé à plusieurs reprises.
Le doyen des lettres arabes, le Dr Taha Hussein, est considéré comme la « victime du Nobel » la plus emblématique. Il a été nominé à 21 reprises avant son décès en 1973, bénéficiant du soutien de nombreuses figures culturelles et intellectuelles à travers le monde. Ses œuvres, largement traduites en français, n’ont pourtant jamais été récompensées. Un amendement à la règle d’attribution, introduit un an après sa mort, stipulant que le prix ne peut être décerné qu’à des personnes vivantes, a ajouté une dimension tragique à son histoire.
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