Publié le 24 novembre 2025 à 05h00. L’ancien président catalan Jordi Pujol et ses sept enfants sont jugés à Madrid pour blanchiment d’argent et corruption, une affaire qui éclaire les liens troubles entre pouvoir politique et intérêts financiers en Catalogne. Le procès s’ouvre dans un contexte de fragilité physique et cognitive pour l’ancien dirigeant.
- Jordi Pujol et ses enfants sont accusés d’avoir dissimulé des millions d’euros en Andorre pendant des décennies.
- L’état de santé de Jordi Pujol soulève des questions quant à sa capacité à comparaître physiquement au procès.
- Le parquet requiert des peines de prison allant jusqu’à 29 ans pour les enfants Pujol et neuf ans pour l’ancien président.
Le procès tant attendu de Jordi Pujol et de sa famille s’est ouvert ce lundi devant la Cour Nationale à Madrid. L’accusation porte sur l’origine d’une fortune considérable, estimée à plusieurs millions d’euros, que les Pujol auraient cachée pendant des décennies dans des banques andorranes. La famille a toujours affirmé que cette richesse provenait d’un héritage familial judicieusement investi, mais le ministère public la relie à des pratiques de corruption.
L’enquête, qui a duré treize ans, a été marquée par la question de la capacité de Jordi Pujol à assister au procès. Des examens médicaux ont révélé une « déficience cognitive modérée », conduisant les experts à conclure qu’il n’était pas « en état physique ni cognitif de comparaître devant le tribunal » et qu’il n’avait pas la « capacité procédurale » de se défendre. Des sources familiales ont cependant indiqué que Jordi Pujol envisage de témoigner par voie électronique.
Ses sept enfants sont également sur le banc des accusés, soupçonnés d’avoir formé une association illicite avec leurs parents pour s’enrichir illicitement grâce à des commissions versées par des entrepreneurs en échange de contrats publics. Le parquet a requis des peines de prison sévères à leur encontre, allant de huit à 29 ans. Pour Jordi Pujol lui-même, la demande s’élève à neuf ans d’emprisonnement.
Au cœur de l’affaire, une somme de 126 millions de pesetas (environ 757 300 euros) aurait été perçue par chaque membre de la famille, y compris la mère, Marta Ferrusola, en l’an 2000. Selon l’accusation, cet argent proviendrait des commissions versées par des hommes d’affaires proches du Convergència Democràtica de Catalunya (CDC), le parti politique de Jordi Pujol, en échange de marchés publics au sein des administrations contrôlées par le parti.
Jordi Pujol, qui a dirigé la Generalitat de Catalogne pendant 23 ans, est considéré comme le cerveau de cette prétendue association illicite, orchestrant le partage des bénéfices obtenus grâce à des appels d’offres truqués. Sa femme, décédée en juillet dernier après avoir été disculpée en mai 2021 en raison de sa démence, aurait également joué un rôle dans ce système.
Son fils aîné, Jordi Pujol Ferrusola, est également un acteur clé de l’affaire. Il aurait repris la gestion des fonds andorrans en 1990 et distribué les 126 millions de pesetas à sa famille dix ans plus tard. L’argent aurait ensuite été progressivement blanchi et régularisé entre 2011 et 2014.
La défense des Pujol s’appuie sur l’argument d’un « héritage » laissé par le père de Jordi Pujol, Florenci, à ses petits-enfants et à sa belle-fille, craignant que l’engagement politique de son fils ne mette en péril l’avenir de la famille. Cependant, cette version des faits n’a pas convaincu le parquet, qui estime que la dissimulation des fonds en Andorre visait à masquer leur origine illégale. L’accusation soutient que Jordi Pujol Ferrusola ne se contentait pas de collecter les commissions, mais les blanchissait également par le biais de sociétés écrans et d’opérations financières à l’étranger avant de les rapatrier et de les distribuer à sa famille.
Ces fonds sont restés cachés dans les banques andorranes pendant au moins vingt ans, sans être déclarés aux autorités fiscales espagnoles, ce qui constitue un autre chef d’accusation. Toutefois, la majorité de cette fraude fiscale est désormais prescrite.