Publié le 30 octobre 2025 à 14h35. La guerre civile au Soudan a franchi un nouveau seuil avec la prise de la ville d’El Fasher par les Forces de soutien rapide (RSF), suscitant des accusations de massacres et une vive polémique autour d’une publication d’un responsable de l’Union africaine.
Après dix-huit mois de siège, les forces rebelles des RSF ont pris le contrôle d’El Fasher, une ville stratégique du Darfour, après des mois d’intenses combats d’artillerie et de frappes de drones. Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise et chef de facto de l’État, a confirmé lundi la chute de la ville.
Avec la conquête d’El Fasher, les RSF contrôlent désormais toutes les principales villes de la région du Darfour, consolidant une division de facto du pays. Cette avancée intervient dans un contexte de crise humanitaire majeure, avec près de 150 000 morts et 12 millions de personnes contraintes de fuir les combats depuis le début du conflit en avril 2023.
Des rapports alarmants font état de massacres de civils. Le Réseau des médecins soudanais, qui suit l’évolution de la guerre, affirme que les combattants des RSF ont froidement exécuté des personnes se trouvant à l’hôpital de la maternité saoudienne d’El Fasher. Selon des informations relayées par la BBC, environ 460 personnes auraient été tuées.
L’Université de Yale a publié mardi un rapport basé sur l’analyse d’images satellites, suggérant que les forces des RSF pourraient être responsables de massacres. Ces images montrent des véhicules armés bloquant les routes et des objets ressemblant à des corps humains près de ces véhicules, ainsi que des zones de sol présentant une coloration rougeâtre.
Des accusations de meurtres à motivation ethnique ont été portées contre les RSF depuis le début du conflit. En novembre 2023, Human Rights Watch avait déjà dénoncé le massacre de centaines de personnes appartenant à des groupes ethniques non arabes par les RSF et leurs alliés.
La situation a également suscité une controverse au sein de l’Union africaine (UA). Nuur Mohamud Sheekh, porte-parole de l’UA, a publié mardi sur le réseau social X une photo de lui à bord d’un avion privé, légendée « Au revoir, belle Luanda ». Cette publication a été rapidement supprimée, mais a provoqué une vague de critiques, certains internautes dénonçant un manque de sensibilité face à la crise humanitaire au Soudan. Mahmoud Ali Youssouf, chef de la Commission de l’UA, a exprimé sa profonde préoccupation face à la montée de la violence dans un communiqué de presse publié lundi.
L’Arabie saoudite, l’Égypte, le Qatar, la Turquie et la Jordanie ont conjointement condamné les exactions commises contre la population d’El Fasher, selon Al Jazeera.
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