Home MondeLes sanctions les plus sévères imposées par Trump à la Russie pourraient bouleverser les marchés pétroliers et mettre à l’épreuve les liens de l’Inde avec Moscou

Les sanctions les plus sévères imposées par Trump à la Russie pourraient bouleverser les marchés pétroliers et mettre à l’épreuve les liens de l’Inde avec Moscou

by Clara Dubois

Les nouvelles sanctions américaines visant deux géants pétroliers russes, Rosneft et Loukoïl, pourraient bien bouleverser l’approvisionnement énergétique de l’Inde et faire grimper les prix mondiaux du pétrole. Washington intensifie ainsi la pression sur Moscou pour qu’elle mette fin à la guerre en Ukraine, après des mois d’appels et de menaces.

Ces sanctions, annoncées cette semaine, visent deux entreprises qui représentent à elles seules plus de 5 % de la production mondiale de pétrole. Elles ont déjà provoqué une hausse de près de 9 % des prix du pétrole brut jeudi, par rapport à leur plus bas niveau de 60 dollars en début de semaine, signalant des perturbations potentielles sur le marché.

L’Inde, qui s’est tournée massivement vers le pétrole russe bon marché depuis le début du conflit en Ukraine, est particulièrement concernée. Le pays importait près de 1,7 million de barils de brut russe par jour depuis le début de l’année, faisant de la Russie son principal fournisseur d’énergie, un changement majeur par rapport à sa dépendance traditionnelle aux pays du Moyen-Orient.

Reliance Industries, le plus grand acheteur indien de pétrole russe, a annoncé qu’elle « recalibrait » ses importations. Un porte-parole a déclaré que l’entreprise s’alignerait pleinement sur les directives du gouvernement indien. Des sources proches de l’entreprise indiquent qu’elle pourrait réduire, voire suspendre, ses achats de pétrole russe, y compris dans le cadre de son accord à long terme avec Rosneft.

D’autres raffineurs indiens, tels que Indian Oil Corp, Bharat Petroleum Corp et Hindustan Petroleum Corp, examinent également leurs contrats pour s’assurer qu’ils n’achètent pas directement à Rosneft ou à Loukoïl. Une source au sein d’une raffinerie publique a prédit des « réductions massives » des achats de brut russe, tout en soulignant qu’un arrêt complet n’est pas attendu immédiatement.

Selon Prashant Vashisth, vice-président d’ICRA Ltd, une filiale de Moody’s, Rosneft et Loukoïl représentent ensemble 60 % du pétrole russe acheté par l’Inde. Le remplacement de ces approvisionnements par des sources alternatives pourrait entraîner une augmentation de la facture énergétique indienne de moins de 2 % sur une base annuelle.

L’administration Trump justifie ces sanctions comme une nouvelle étape pour affaiblir la capacité de Moscou à financer la guerre en Ukraine. Le président Trump a déclaré qu’il « sentait simplement qu’il était temps » d’agir, qualifiant cette décision de « très grand jour » pour le soutien américain à Kiev. Il a également confirmé l’annulation du sommet prévu avec Vladimir Poutine à Budapest, invoquant un manque de progrès dans les négociations.

« Il s’agit bien entendu d’une tentative de faire pression sur la Russie », a déclaré Poutine, tout en affirmant que ces sanctions n’auront pas d’impact significatif sur l’économie russe et ne feront qu’augmenter les prix du pétrole. Trump a répondu aux journalistes qu’il serait « heureux qu’il ressente cela » et qu’il évaluerait l’impact des sanctions dans six mois.

Les sanctions américaines pourraient également affecter la Chine, autre grand importateur de pétrole russe. Les analystes estiment que ces mesures pourraient avoir un impact plus important que les plafonds de prix et autres restrictions imposées par les pays du G7 en 2022, car elles ciblent directement les principaux producteurs russes.

Selon le professeur Sanjay Kumar Kar, de l’Institut Rajiv Gandhi de technologie pétrolière, les États-Unis pourraient avoir du mal à maintenir ces sanctions à long terme, compte tenu du nombre de pays concernés. Il souligne que la Russie a déjà réussi à contourner les plafonds de prix du G7, mais que ces sanctions pourraient amplifier l’impact sur les revenus du gouvernement russe.

Les revenus pétroliers et gaziers représentent environ un quart du budget russe. Une baisse significative des exportations ou des revenus pourrait donc porter un coup dur à la capacité de Moscou à poursuivre la guerre en Ukraine.

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