Home Technologie et scienceLes scientifiques ont découvert pourquoi le réchauffement de l’océan Arctique s’aggrave

Les scientifiques ont découvert pourquoi le réchauffement de l’océan Arctique s’aggrave

by Thomas Caron

Publié le 2024-02-29. Une étude internationale révèle que le fond de l’océan Arctique se réchauffe à un rythme accéléré, sous l’influence de l’eau plus chaude provenant de la mer du Groenland, remettant en question les conceptions établies sur la stabilité des eaux polaires profondes.

  • Le bassin eurasien de l’océan Arctique enregistre une augmentation de température allant jusqu’à 0,020 °C par décennie à des profondeurs comprises entre 2 000 et 2 600 mètres.
  • Ce réchauffement est lié à l’influence croissante des masses d’eau plus chaudes issues de la mer du Groenland.
  • La dorsale de Lomonossov semble limiter la propagation de cette chaleur vers le bassin amérasien, où le réchauffement reste plus lent.

Longtemps considéré comme protégé des effets du réchauffement climatique, le fond de l’océan Arctique subit des transformations notables. Une analyse combinant observations et modélisations numériques, publiée dans la revue Science Advances, met en évidence une augmentation significative des températures dans les profondeurs du bassin eurasien. Les chercheurs ont constaté que cette zone connaît un réchauffement jusqu’à deux fois plus rapide, et dans certaines sections même quatre fois plus rapide, que d’autres régions abyssales de l’Arctique.

Jusqu’à présent, la mer du Groenland jouait un rôle de réservoir d’eau froide, contribuant à maintenir les températures basses dans l’ensemble de l’Arctique. Cependant, l’étude révèle que cette dynamique est en train de s’inverser. Entre les années 1980 et 2010, la température des eaux profondes de la mer du Groenland a augmenté de 0,131 °C par décennie, pour une hausse cumulée de 0,37 °C depuis les années 1970. Ce réchauffement rapide a des conséquences directes sur les profondeurs de l’océan Arctique.

Selon les scientifiques, l’entrée de cette eau plus chaude dans le bassin eurasien est facilitée par le détroit de Fram, qui agit comme une véritable passerelle pour le transfert de chaleur. Entre 1990 et 2022, il a fallu environ 0,454 zettajoules d’énergie pour augmenter la température des eaux entre 1 500 et 2 600 mètres de profondeur. Les modèles utilisés suggèrent que la quantité de chaleur transportée par le détroit dépasse ce chiffre, expliquant l’ampleur du phénomène.

La dorsale de Lomonossov, une chaîne de montagnes sous-marine qui sépare le bassin eurasien du bassin amérasien, joue un rôle crucial dans cette dynamique. Elle semble constituer une barrière physique, limitant la propagation des eaux chaudes vers le secteur américain de l’océan Arctique, où le réchauffement reste beaucoup plus lent, avec une augmentation de seulement 0,003 °C par décennie.

Les chercheurs soulignent que ces changements fondamentaux dans le système océanique arctique pourraient avoir des conséquences importantes sur l’écosystème marin et le climat mondial. Ils appellent à une surveillance continue de ces phénomènes pour mieux comprendre les implications de la crise climatique sur l’une des régions les plus vulnérables de la planète. Comme le soulignent les auteurs de l’étude : « Le réchauffement marqué des eaux profondes du Groenland a déjà eu des impacts évidents sur les profondeurs de l’océan Arctique » et « l’advection horizontale de chaleur due au réchauffement des eaux profondes du Groenland est le facteur dominant à l’origine d’un réchauffement rapide dans les profondeurs du bassin eurasien ».

L’étude a été menée par des experts du Laboratoire de Laoshan, parmi d’autres institutions.

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