Home SantéLes super-aînés révèlent une clé génétique qui redéfinit le risque de maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées

Les super-aînés révèlent une clé génétique qui redéfinit le risque de maladie d’Alzheimer chez les personnes âgées

by Sophie Martin

Publié le 16 janvier 2024 à 20h42. Une étude récente révèle que certaines personnes âgées de 80 ans et plus conservent une mémoire aussi vive que des individus en moyenne 20 à 30 ans plus jeunes, et les scientifiques commencent à identifier les bases génétiques de cette résilience cognitive exceptionnelle.

  • Des scientifiques ont identifié des variations génétiques associées à une meilleure préservation de la mémoire chez les « SuperAgers », des personnes âgées de plus de 80 ans aux capacités cognitives remarquables.
  • L’étude, menée sur un large échantillon de plus de 18 000 personnes, met en évidence un lien entre la présence de l’allèle APOE-ε2 et une protection contre le déclin cognitif.
  • La recherche souligne l’importance de la diversité raciale dans les études sur le vieillissement cognitif, avec l’inclusion de participants noirs non hispaniques.

Le vieillissement est généralement associé à une diminution progressive des fonctions cognitives, notamment la mémoire. Cependant, un petit groupe de personnes défie cette tendance : les « SuperAgers », des individus de 80 ans et plus dont les capacités de mémoire restent étonnamment préservées, comparables à celles d’adultes beaucoup plus jeunes. L’étude de ces personnes représente une fenêtre privilégiée pour comprendre les mécanismes qui permettent à certains esprits de résister aux effets du temps.

Une nouvelle recherche, publiée dans la revue Alzheimer & Dementia, apporte des preuves solides concernant les fondements génétiques de ce phénomène. L’équipe de scientifiques de l’Université Vanderbilt a analysé la fréquence de deux variantes clés du gène de l’apolipoprotéine E (APOE) dans un vaste et diversifié échantillon de personnes âgées.

Les résultats indiquent que les personnes très âgées ne sont pas seulement moins susceptibles de porter la variante génétique APOE-ε4, connue pour augmenter le risque de maladie d’Alzheimer à apparition tardive, mais aussi plus susceptibles de présenter la variante APOE-ε2, associée à un effet protecteur. Le gène APOE joue un rôle central dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer : la variante APOE-ε4 est considérée comme le principal facteur de risque génétique, tandis que l’APOE-ε2 est associée à une protection.

Pour répondre à la question de savoir si les personnes qui vieillissent avec une mémoire exceptionnelle possèdent une combinaison génétique différente, l’équipe s’est appuyée sur les données du Consortium d’harmonisation des phénotypes du projet de séquençage de la maladie d’Alzheimer (ADSP-PHC). La base de données comprenait des informations cliniques et génétiques provenant de 18 080 participants appartenant à huit cohortes nationales vieillissantes. Les chercheurs ont identifié des cas de démence dus à la maladie d’Alzheimer, des témoins cognitivement normaux et un sous-groupe de SuperAgers.

Les critères pour définir les SuperAgers combinaient l’âge et les performances cognitives : il s’agissait de personnes âgées de 80 ans ou plus dont les résultats aux tests de mémoire étaient supérieurs à la moyenne des adultes cognitivement normaux âgés de 50 à 64 ans. Cette norme a permis d’isoler un phénotype de vieillissement cognitif exceptionnel.

L’étude a révélé que les personnes très âgées étaient 68 % moins susceptibles de porter l’allèle APOE-ε4 par rapport aux adultes du même âge atteints de démence d’Alzheimer. Le docteur Éric Topol, cardiologue et généticien américain, a souligné ces résultats sur les réseaux sociaux.

En comparant les SuperAgers à des témoins cognitivement normaux du même âge, les chercheurs ont constaté que les SuperAgers étaient 19 % moins susceptibles de porter l’APOE-ε4, ce qui suggère un profil génétique encore plus favorable.

« C’est notre constatation la plus surprenante : bien que tous les adultes qui atteignent 80 ans sans avoir reçu de diagnostic de démence clinique présentent un vieillissement exceptionnel, notre étude suggère que le phénotype du survieillissement peut être utilisé pour identifier un groupe particulièrement exceptionnel de personnes âgées présentant un risque génétique réduit de maladie d’Alzheimer », a déclaré le docteur Leslie Gaynor, professeur agrégé de médecine à la Division de médecine gériatrique de Vanderbilt et l’un des responsables de l’étude.

La recherche a également identifié une fréquence plus élevée de l’allèle APOE-ε2 chez les SuperAgers. Ce groupe présentait 28 % de plus de probabilité de porter cette variante protectrice que les témoins cognitivement normaux du même âge, et 103 % de plus que les participants atteints de démence d’Alzheimer.

L’étude se distingue par sa conception, utilisant un échantillon vaste et diversifié, incluant 1412 SuperAgers blancs non hispaniques et 211 SuperAgers noirs non hispaniques, ainsi que des témoins et des cas de démence. L’inclusion de participants noirs non hispaniques est particulièrement importante, car ce groupe est historiquement sous-représenté dans la recherche sur le vieillissement cognitif et la maladie d’Alzheimer.

Les chercheurs ont souligné la nécessité d’étendre l’étude à d’autres populations pour confirmer ces résultats. Ils ont également précisé que ces découvertes ne signifient pas un déterminisme génétique absolu. Les facteurs environnementaux, le mode de vie, l’éducation et la santé cardiovasculaire jouent également un rôle crucial. Cependant, l’identification d’un profil génétique associé au survieillissement offre un indice précieux sur les mécanismes biologiques de la résilience cérébrale.

Cette recherche contribue à un débat plus large sur les raisons d’un vieillissement cognitif réussi. Il n’existe pas encore de consensus sur la question de savoir si la mémoire supérieure des SuperAgers s’explique par une résistance aux processus pathologiques liés à l’âge ou par une plus grande réserve cérébrale permettant de compenser ces changements. Les nouvelles données génétiques penchent en faveur de la première hypothèse, au moins en partie.

Bien que l’étude n’ait pas proposé d’applications cliniques immédiates, elle renforce l’idée que le vieillissement cognitif ne suit pas une voie unique. Comprendre pourquoi certaines personnes conservent leur mémoire presque intacte pourrait guider, à l’avenir, des stratégies préventives ou thérapeutiques destinées à un plus large éventail de la population. Dans un contexte de vieillissement démographique accéléré, où la maladie d’Alzheimer représente un défi majeur de santé publique, cette recherche offre une nouvelle perspective en se concentrant sur l’exception plutôt que sur la pathologie.

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