Publié le 9 octobre 2025 à 02h49. Des scientifiques ont découvert que les rats-taupes sans poils, ces mammifères souterrains fascinants, présentent une organisation sociale bien plus élaborée qu’on ne le pensait, avec des individus dédiés à des tâches spécifiques comme le nettoyage et la gestion des déchets.
- Les rats-taupes sans poils vivent en colonies pouvant compter des centaines d’individus et présentent une division du travail sociale.
- Des chercheurs ont identifié des rôles spécifiques au sein de la colonie, notamment des « éboueurs » et des « nettoyeurs de toilettes ».
- L’étude a été menée en laboratoire grâce à un système de tunnels artificiels et à des puces électroniques permettant de suivre les mouvements des animaux.
Longtemps considérés comme de simples animaux fouisseurs, les rats-taupes sans poils (Heterocephalus glaber) se révèlent être des créatures sociales complexes. Une nouvelle étude, publiée le 8 octobre dans la revue Science Advances, met en lumière une organisation sociale sophistiquée au sein de ces colonies souterraines, allant bien au-delà de la simple reproduction assurée par une reine, comme chez les abeilles ou les fourmis.
Dirigée par le neuroscientifique comportemental Teruhiro Okuyama de l’Université de Tokyo, cette recherche a permis de constater que chaque individu semble avoir des responsabilités sociales distinctes, qui évoluent même avec l’âge.
« Chaque individu semble avoir des responsabilités sociales différentes, et certaines de ses fonctions changent avec l’âge. »
Teruhiro Okuyama, neuroscientifique comportemental à l’Université de Tokyo
Pour comprendre le fonctionnement interne de ces colonies, l’équipe d’Okuyama a mis en place un environnement contrôlé en laboratoire. Un réseau de tunnels artificiels, composé de neuf petites chambres reliées par des tuyaux, a accueilli une vingtaine de rats-taupes sans poils, chacun équipé d’une puce électronique de suivi. Pendant 30 jours, les chercheurs ont analysé les mouvements de chaque animal afin de cartographier leur comportement.
Les résultats ont révélé une organisation spatiale étonnante. La colonie s’est naturellement divisée en zones dédiées : espaces de nidification, salles de stockage des déchets, toilettes publiques et zones d’activité indéfinie. L’analyse des données a permis d’identifier six groupes comportementaux distincts. Certains individus ont été observés plus fréquemment dans la salle des déchets, tandis que d’autres passaient leur temps dans les toilettes, assurant la propreté de la colonie. Les jeunes et les animaux âgés, quant à eux, restaient principalement dans le nid.
Selon Chris Faulkes, écologiste évolutionniste à l’Université Queen Mary de Londres, qui n’a pas participé à cette étude, ces découvertes confirment l’idée d’un niveau d’organisation sociale particulièrement élevé chez les rats-taupes sans poils.
Les chercheurs soulignent toutefois que le comportement observé en laboratoire pourrait ne pas refléter entièrement la complexité de la vie de ces animaux dans leur habitat naturel. Les systèmes de tunnels souterrains, qui peuvent s’étendre sur des surfaces équivalentes à un terrain de football, présentent des dynamiques sociales potentiellement plus complexes.
Malgré ces réserves, cette recherche ouvre de nouvelles perspectives sur la complexité sociale des mammifères souterrains, démontrant que derrière une apparence simple se cache une vie hautement structurée et efficace. (Science en direct/Z-2)