Publié le 6 novembre 2025. Une étude internationale majeure remet en question les pratiques établies dans le traitement post-mastectomie du cancer du sein, suggérant que la radiothérapie pourrait être évitée chez de nombreuses patientes grâce aux progrès des thérapies systémiques.
- L’essai SUPREMO démontre que l’omission de la radiothérapie de la paroi thoracique n’affecte pas la survie globale des patientes atteintes d’un cancer du sein précoce à risque intermédiaire, lorsqu’elles reçoivent des traitements systémiques modernes.
- Les résultats soulignent un rôle croissant des pharmaciens dans l’optimisation des schémas thérapeutiques et le suivi des patientes.
- L’étude ouvre la voie à une approche thérapeutique plus personnalisée, axée sur la pharmacologie et la collaboration multidisciplinaire.
Les résultats de l’essai international de phase 3 SUPREMO (ISRCTN61145589) pourraient transformer la prise en charge du cancer du sein précoce à risque intermédiaire après une mastectomie. L’étude, menée auprès de 1 607 femmes, révèle que la radiothérapie de la paroi thoracique n’est pas systématiquement nécessaire pour garantir la survie, à condition que les patientes bénéficient de traitements systémiques de pointe.
L’essai a inclus des femmes atteintes d’un cancer du sein de stade pT1N1, pT2N1, pT3N0, ou de stade pT2N0 présentant des facteurs de risque supplémentaires tels qu’un grade histologique 3 ou une invasion lymphovasculaire. Après la mastectomie et l’évaluation des ganglions lymphatiques axillaires, toutes les participantes ont reçu un traitement systémique et ont été réparties au hasard dans deux groupes : un groupe recevant une irradiation de la paroi thoracique (de 40 à 50 Gy), et un groupe sans irradiation. Le critère d’évaluation principal était la survie globale (SG), évaluée après un suivi médian de 9,6 ans.
Au bout de dix ans, la SG était comparable dans les deux groupes : 81,4 % dans le groupe irradié contre 81,9 % dans le groupe sans irradiation (ratio de risque [RR] de décès : 1,04 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,82 à 1,30 ; P = 0,80). Une récidive de la paroi thoracique a été observée chez 1,1 % des patientes ayant reçu une irradiation, contre 2,5 % dans le groupe sans irradiation, soit une différence absolue de moins de 2 points de pourcentage (RR : 0,45 ; IC à 95 % : 0,20-0,99).
La survie sans maladie et la survie sans métastases à distance étaient également similaires entre les deux groupes (RR de récidive ou de décès : 0,97 ; IC à 95 % : 0,79 à 1,18 ; et RR de métastases à distance ou de décès : 1,06 ; IC à 95 % : 0,86 à 1,31).
Selon le Dr Ian Kunkler, chercheur principal de l’essai,
« Nous avons maintenant démontré qu’avec les traitements anticancéreux contemporains, le risque de récidive est très, très faible, suffisamment faible pour éviter la radiothérapie chez la plupart des patientes. »
Ian Kunkler, médecin et chercheur principal de l’essai SUPREMO
Ces résultats suggèrent que l’avantage en termes de survie traditionnellement associé à la radiothérapie pourrait être moindre pour certaines patientes. L’évolution des thérapies ciblées, des agents endocriniens et des approches immunomodulatrices confère désormais une importance accrue à la composante pharmacologique des soins post-mastectomie.
Dans ce contexte, les pharmaciens sont appelés à jouer un rôle central dans la gestion des patientes. Leur expertise est essentielle pour optimiser les schémas thérapeutiques, assurer l’observance des traitements, prévenir et gérer les effets indésirables, et éduquer les patientes sur les bénéfices de la désescalade de la radiothérapie et l’importance d’un traitement pharmacologique cohérent.
L’essai SUPREMO confirme que, pour de nombreuses femmes atteintes d’un cancer du sein précoce à risque intermédiaire, l’omission de la radiothérapie de la paroi thoracique ne compromet pas la survie globale, à condition que des thérapies systémiques efficaces soient mises en place. Cette étude renforce la confiance dans les stratégies pharmacologiques modernes et souligne l’importance d’une approche multidisciplinaire.
