Publié le 7 novembre 2025 à 16h26. Les tribunaux indonésiens disposent déjà des outils juridiques nécessaires pour confisquer les fonds liés aux jeux d’argent en ligne, selon un haut responsable de la lutte contre le blanchiment d’argent. Cette annonce intervient alors que le gouvernement indonésien intensifie sa lutte contre ce fléau économique et moral.
- Les tribunaux indonésiens peuvent légalement saisir les fonds des opérateurs de casinos en ligne et des parieurs.
- L’application de ces lois a été jusqu’à présent jugée insuffisante par les autorités.
- Le président indonésien estime que le pays perd environ 8 milliards de dollars par an à cause des jeux d’argent en ligne.
Yusril Ihza Mahendra, président du Comité national de coordination pour la prévention et l’éradication du blanchiment d’argent (Komite TPPU), a déclaré que la législation actuelle sur le blanchiment d’argent permet aux tribunaux de confisquer les avoirs des opérateurs de jeux d’argent en ligne suspectés d’activités illégales. Il a souligné que ces lois, bien que déjà en vigueur, n’ont pas été appliquées avec la rigueur nécessaire.
S’exprimant à Jakarta en début de semaine, Yusril a insisté sur la nécessité d’une application plus stricte de la loi :
« Il est temps que nos forces de l’ordre commencent à appliquer strictement ces règles. La nation ne doit pas être lésée par les opérateurs de jeux en ligne qui cherchent à détruire notre moralité et notre stabilité économique. »
Yusril Ihza Mahendra, président du Komite TPPU
Selon le responsable, les forces de l’ordre sont habilitées à demander aux tribunaux l’autorisation de saisir les fonds des opérateurs de jeux en ligne, y compris ceux impliqués dans les paris sportifs illégaux. Il a précisé que la confiscation peut également s’appliquer directement aux parieurs.
La police invitée à agir sans délai
Yusril a expliqué que la procédure judiciaire pour obtenir une ordonnance de confiscation prend environ sept jours. Un ministre du gouvernement a qualifié cette annonce d’« étape décisive dans la lutte contre les jeux d’argent en ligne ». Le président du comité a affirmé que ces mesures s’inscrivent dans le cadre des efforts de l’État pour renforcer l’état de droit et lutter contre la criminalité financière numérique.
Il a exhorté les forces de l’ordre indonésiennes à « utiliser les mécanismes juridiques existants » pour « poursuivre les contrevenants et confisquer les produits du crime lié aux jeux d’argent ». Yusril a également rappelé que les opérateurs de jeux en ligne encourent des peines de prison pouvant aller jusqu’à 10 ans, tandis que les joueurs peuvent être condamnés à une peine maximale de trois ans d’emprisonnement.
Le responsable a toutefois reconnu que le traçage des transactions liées aux jeux d’argent en ligne peut s’avérer difficile, en particulier lorsque les opérateurs utilisent des portefeuilles cryptographiques et des plateformes de paiement électronique.
Pour contrer cette difficulté, Yusril a indiqué que le Centre de rapports et d’analyse des transactions financières (PPATK), l’organisme de surveillance financière du pays, peut ordonner aux prestataires de services financiers de suspendre temporairement les transactions suspectes. Un événement récent organisé par le PPATK a mis en évidence l’importance de la collaboration pour lutter contre ce phénomène. (Image : PPATK Indonésie/YouTube/Capture d’écran)
8 milliards de dollars perdus chaque année
Lors du sommet de l’APEC en Corée du Sud le mois dernier, le président indonésien Prabowo Subianto a estimé que le pays subissait des pertes annuelles d’environ 8 milliards de dollars (environ 7,4 milliards d’euros) en raison des jeux d’argent en ligne. Il a également demandé à la police de faire de la lutte contre les casinos en ligne l’une de ses trois priorités.
Les autorités gouvernementales soulignent que environ 70 % des utilisateurs de casinos en ligne en Indonésie ont de faibles revenus. Un porte-parole du ministère de la Politique et de la Sécurité a également affirmé en octobre que « la majorité » des joueurs en ligne bénéficiaient d’aides sociales.
Cette année, le PPATK a mis en place un système automatisé de détection des transactions, permettant de suspendre des centaines de milliers d’allocations sociales versées à des citoyens soupçonnés de jouer en ligne. Ces mesures ont toutefois suscité des critiques, certains les jugeant trop punitives et susceptibles de pénaliser des familles entières.
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