Publié le 2024-02-29 14:35:00. Face à la flambée des prix de l’immobilier en Espagne, une nouvelle tendance émerge : l’achat d’une simple chambre, présentée comme une alternative à la location ou un investissement accessible, mais critiquée par les associations de défense des locataires.
- À Madrid et Barcelone, il est désormais possible d’acquérir une chambre individuelle pour un prix compris entre 40 000 et 100 000 euros.
- Ce modèle de co-propriété permet d’acquérir un droit de propriété sur une pièce spécifique et une part des espaces communs.
- Les associations de défense des locataires mettent en garde contre le risque de financiarisation du logement et d’aggravation des difficultés d’accès au logement.
Le marché immobilier espagnol continue de se tendre, rendant l’accès à la propriété de plus en plus difficile, notamment dans les grandes villes où les prix de l’immobilier dépassent largement les revenus moyens. Pour pallier cette situation, une solution inédite se développe : l’achat d’une chambre. Cette formule, déjà promue par des plateformes spécialisées, consiste à acquérir la propriété d’une pièce individuelle dans un logement, moyennant un prix compris entre 40 000 et 100 000 euros, avec un accès partagé à la cuisine et à la salle de bain.
Le fonctionnement repose sur un principe de co-propriété. L’acheteur devient officiellement propriétaire de sa chambre, enregistrée au cadastre, et détient également une part des parties communes du logement. Comme l’explique Oriol Valls, PDG et co-fondateur de Habitacion.com, une des entreprises qui promeut cette « alternative » :
« Dès l’instant où vous êtes un véritable propriétaire. C’est à vous et vous pouvez l’utiliser, la vendre ou même la louer par la suite. »
Certains acheteurs, interrogés par lasexta, justifient leur choix par la volonté d’investir et de ne plus « jeter de l’argent par les fenêtres » en payant un loyer.
Cependant, cette nouvelle tendance suscite l’inquiétude des associations de défense des locataires. L’Union des Locataires, par la voix de Fernando de Los Santos, dénonce une transformation du logement en un simple produit financier.
« Ceux qui achètent une chambre le font dans un but d’investissement, pour spéculer, pas pour y vivre. »
L’organisation craint que ce modèle ne contribue à aggraver les difficultés d’accès au logement, en renforçant la logique de la propriété privée comme unique solution possible. Selon elle, cette formule ne répond pas au problème structurel du manque de logements abordables, mais l’accentue.
Les prix actuels, qui ont atteint des niveaux impensables il y a encore dix ans, témoignent de la distorsion du marché. Une jeune femme citée par lasexta déplore :
« C’est honteux. Comme on ne peut pas acheter un appartement, on doit se rabattre sur une chambre. »
Ce qui est présenté par certains comme une « porte d’entrée » vers la propriété pour ceux qui ne peuvent pas accéder à un prêt immobilier complet pourrait donc s’avérer être une nouvelle déformation de la crise du logement.