Home AffairesL’excédent commercial de la Chine de 1 000 milliards de dollars : ce que cela signifie pour l’ASEAN

L’excédent commercial de la Chine de 1 000 milliards de dollars : ce que cela signifie pour l’ASEAN

by Amélie Bernard

Pékin, décembre 2025 – La Chine affiche une domination commerciale sans précédent, avec un excédent de 1 080 milliards de dollars (environ 993 milliards d’euros) sur les onze premiers mois de l’année. Cette performance, malgré un contexte économique national complexe, souligne la puissance manufacturière du pays et redessine les équilibres commerciaux en Asie du Sud-Est.

L’essor des exportations chinoises, atteignant 3 410 milliards de dollars (environ 3 135 milliards d’euros), contraste fortement avec un ralentissement des importations, affectées par une demande intérieure plus faible et des pressions déflationnistes. Cet excédent massif est porté par des secteurs à forte valeur ajoutée, notamment la construction navale, les semi-conducteurs, les véhicules électriques et les batteries, où la Chine gagne rapidement du terrain sur la scène internationale.

Les exportations de navires ont ainsi bondi de 26,8 %, tandis que celles de semi-conducteurs ont progressé de 24,7 %, témoignant des ambitions chinoises en matière d’autosuffisance technologique. Le secteur automobile, en particulier celui des véhicules électriques, enregistre également une croissance significative de 16,7 %, faisant de la Chine le premier exportateur mondial dans ce domaine.

Cette dynamique commerciale a des répercussions notables sur les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). L’excédent commercial de la Chine avec l’ASEAN s’élève à 278 milliards de dollars (environ 256 milliards d’euros), avec des pays comme le Vietnam, la Thaïlande, Singapour et la Malaisie qui importent beaucoup plus qu’ils n’exportent vers la Chine.

Les fabricants de l’ASEAN, notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’électronique et des biens de consommation, sont confrontés à une concurrence accrue de la part de produits chinois moins chers et technologiquement avancés. Cependant, l’ASEAN bénéficie également d’intrants chinois à moindre coût et d’investissements croissants, les entreprises chinoises cherchant à diversifier leurs risques et à contourner les droits de douane.

La Thaïlande et l’Indonésie sont particulièrement concernées par l’impact des véhicules électriques chinois. En Thaïlande, les marques chinoises dominent le marché des véhicules électriques, détenant souvent plus de 70 à 80 % des parts de marché, avec BYD en tête. En Indonésie, des marques comme Wuling (SAIC) et BYD captent plus de la moitié du marché grâce à des modèles abordables, comme le Wuling Air EV.

Les entreprises chinoises investissent massivement dans la construction d’usines en Thaïlande et en Indonésie, notamment dans le domaine des batteries, profitant des incitations gouvernementales locales. La Thaïlande mise sur des programmes comme EV 3.0/3.5, offrant des subventions et des allégements fiscaux conditionnés à une production locale accrue. L’Indonésie utilise des exigences de contenu local et des incitations fiscales pour encourager le transfert de technologie.

Ce bouleversement du marché automobile menace les fournisseurs locaux traditionnels, intégrés depuis longtemps dans la chaîne d’approvisionnement japonaise des moteurs à combustion interne. La transition vers les véhicules électriques, qui nécessitent moins de composants, pourrait entraîner des pertes d’emplois et la destruction de la base de fabrication existante, à moins que les entreprises locales ne se réorientent rapidement vers les composants de haute technologie.

Selon les experts, cet excédent commercial renforce l’influence économique de la Chine en Asie du Sud-Est, influençant les négociations commerciales et les équilibres géopolitiques dans un contexte de concurrence sino-américaine persistante.

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