Publié le 26 octobre 2023. L’Arabie saoudite investit massivement dans le divertissement, notamment en accueillant des stars du stand-up, une stratégie qui suscite à la fois l’espoir d’une ouverture culturelle et des critiques concernant le bilan des droits de l’homme du royaume.
- Le Riyad Comedy Festival, qui a attiré des humoristes de renom tels que Bill Burr, Kevin Hart et Dave Chappelle, illustre les ambitions saoudiennes de devenir un pôle majeur du divertissement.
- Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la Vision 2030, un plan de transformation économique et sociale du pays.
- Des préoccupations persistent quant au respect des droits de l’homme en Arabie saoudite, notamment après le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, et certains artistes ont refusé de participer au festival en signe de protestation.
L’Arabie saoudite poursuit une stratégie de diversification économique et culturelle ambitieuse, en misant notamment sur le divertissement pour attirer les investissements et améliorer son image internationale. L’acquisition récente d’une part du géant du jeu vidéo EA Games témoigne de cette volonté. Le Riyad Comedy Festival, qui a réuni des figures emblématiques du stand-up, est un exemple frappant de cette nouvelle orientation.
Cependant, cette ouverture culturelle ne fait pas l’unanimité. Plusieurs humoristes ont été critiqués pour avoir accepté de se produire dans un pays dont le bilan en matière de droits de l’homme est régulièrement pointé du doigt. Certains ont même décliné l’invitation, tandis que d’autres, comme Jim Jeffries, ont estimé que leur participation pouvait contribuer à un changement positif.
Selon Andrew Leber, chercheur au Carnegie Endowment for International Peace, la Vision 2030, lancée en 2016, vise à moderniser l’Arabie saoudite en réduisant l’influence des religieux conservateurs et en promouvant une identité nationale plus forte. Il explique :
« La caractéristique clé de cette vision a été les efforts du souverain de facto Mohammed bin Salman pour pivoter la monarchie saoudienne à l’écart de la légitimation des religieux religieux et des restrictions sociales conservatrices pour les apaiser, pour mettre l’accent plutôt sur l’identité nationale et la visualisation du divertissement non pas comme quelque chose qui devrait être interdit du Royaume, mais qui devrait être encouragée. »
M. Leber souligne que ces initiatives culturelles suscitent souvent des critiques internationales, en particulier dans des domaines sensibles comme la comédie. Elles mettent également en lumière les questions liées aux droits de l’homme en Arabie saoudite. Il ajoute :
« Beaucoup de ces acquisitions culturelles de haut niveau ou des événements culturels entraînent des critiques internationales, en particulier lorsqu’il s’agit d’une industrie très axée sur les médias comme la comédie stand-up. Cela a tendance à attirer beaucoup de bavardages dans l’écosystème des médias mondiaux plus large, ce qui apporte à son tour le contrôle du dossier des droits de l’homme de l’Arabie saoudite. »
Le prince héritier Mohammed bin Salman a entrepris de profondes réformes politiques et sociales, mais ces changements n’ont pas résolu les problèmes de droits de l’homme. Au contraire, la sphère publique a été resserrée, et plusieurs personnalités créatives ont été arrêtées pour avoir franchi des « lignes rouges » mal définies. L’année dernière, Abdulaziz Almuzaini, créateur d’une série télévisée à succès, et Hatem al-Najjar, un podcaster influent, ont été interpellés et détenus.
L’investissement dans la culture est-il suffisant pour effacer l’image ternie par le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, survenu il y a sept ans ? M. Leber ne le pense pas :
« Je ne pense pas que ces investissements aient particulièrement réussi à nettoyer l’image de Mohammed bin Salman, en particulier où il se rapporte à Jamal Khashoggi. Je pense que cela se reflète dans le fait que nous parlons toujours du meurtre de Jamal Khashoggi. »
Il estime que ces efforts sont davantage motivés par des considérations internes, visant à satisfaire la population saoudienne en lui offrant de nouvelles formes de divertissement.
De nombreux Saoudiens, habitués à consommer des médias occidentaux, y compris des spectacles de stand-up, accueillent favorablement ces initiatives. L’humoriste Gabriel Iglesias avait d’ailleurs déjà été invité à se produire en privé en Arabie saoudite en 2012, et son public connaissait déjà ses routines grâce à YouTube.
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