Publié le 2026-01-01 06:39:00. Le secteur immobilier thaïlandais se prépare à un tournant en 2026, mais sa reprise reste fragile, entravée par la rigueur des banques et un accès au crédit de plus en plus difficile pour les acheteurs.
- Le taux de refus de prêts immobiliers a atteint un niveau record de 40 % en 2025, voire 60 % pour les logements d’entrée de gamme.
- Trois associations professionnelles se mobilisent pour obtenir des mesures de déblocage du financement, notamment la consolidation de dettes et la réduction des taux d’intérêt.
- Les promoteurs immobiliers se tournent vers l’intelligence artificielle pour réduire leurs coûts et améliorer leur efficacité, face à des marges de plus en plus faibles.
Le président de l’Association des entreprises de logement, Sathaporn de Sunthorn, anticipe un point d’inflexion pour le marché immobilier thaïlandais en 2026, estimant qu’il pourrait avoir dépassé son point le plus bas. Cependant, il tempère cet optimisme, soulignant que la reprise n’est pas encore assurée. Le principal obstacle à la relance du secteur réside dans la politique de crédit restrictive des institutions financières, qui a conduit à une augmentation spectaculaire des refus de prêts.
Les chiffres sont alarmants : en 2025, près de 40 % des demandes de prêts immobiliers ont été rejetées, un taux qui grimpe jusqu’à 60 % pour les biens dont le prix est inférieur à 3 millions de bahts (environ 85 000 euros), soit le segment de marché le plus important. Cette situation empêche de nombreuses personnes d’accéder à la propriété et constitue un véritable goulot d’étranglement pour le marché. La demande potentielle ne se traduit pas en transactions concrètes, bloquant ainsi la dynamique de croissance.
Face à cette situation préoccupante, l’Association thaïlandaise des copropriétés, l’Association des entreprises de logement et l’Association thaïlandaise de l’immobilier ont décidé d’unir leurs forces pour faire pression sur les autorités. Elles réclament des mesures urgentes visant à faciliter l’accès au financement, d’autant plus que le pays se prépare à de grandes élections.
Deux pistes sont privilégiées : la possibilité de consolider les dettes en utilisant le logement comme garantie, et une réduction significative des taux d’intérêt, de 17 à 18 % actuellement à seulement 6 à 7 %. Les associations proposent également des mécanismes de garantie de prêts immobiliers, similaires au TCG, pour aider les acheteurs qui ne disposent pas de suffisamment d’apport personnel.
Bien que le Comité de politique monétaire (MPC) envisage une baisse du taux d’intérêt directeur à 1,25 % par an, ce qui pourrait alléger le fardeau financier des entrepreneurs et des consommateurs, les associations craignent que cette mesure ne suffise pas si les banques maintiennent leur attitude restrictive en matière de prêts. L’économie thaïlandaise est également fragilisée par les droits de douane de 19 % imposés par les États-Unis et par des prévisions de croissance du PIB revues à la baisse, à seulement 1,6 % pour l’année prochaine, ce qui pousse les entreprises à chercher à réduire leurs coûts à tout prix.
La pression sur les marges est telle que les promoteurs immobiliers sont contraints de repenser leur modèle économique. La concurrence ne porte plus seulement sur la baisse des prix, mais surtout sur la réduction des coûts, notamment en matière de marketing. Les budgets marketing sont ainsi réduits de 5 % à 4 % grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle et des systèmes numériques, permettant d’optimiser les dépenses et de cibler plus efficacement les clients potentiels.
L’adoption de systèmes de gestion de la relation client (CRM) en remplacement des méthodes manuelles permet de réduire les erreurs, d’accélérer les processus et de mieux gérer les interactions avec les clients. Parallèlement, l’Association des entreprises de logement encourage l’utilisation du BIM (Building Information Modeling), un outil de modélisation des données du bâtiment, pour connecter tous les aspects de la construction sur une plateforme unique, réduisant ainsi les coûts, améliorant l’efficacité énergétique et diminuant l’empreinte carbone.
Sathaporn de Sunthorn insiste également sur l’importance de promouvoir le logement durable pour l’avenir de la Thaïlande en 2026, en privilégiant les maisons économes en énergie, la conception passive-active, les maisons intelligentes et le tri des déchets. Des discussions sont en cours avec l’administration métropolitaine de Bangkok pour réduire les frais de collecte des ordures des habitants à 20 bahts et lutter contre les problèmes environnementaux et les inondations.
« À une époque où le marché ne s’est pas encore complètement rétabli, l’immobilier thaïlandais doit se maintenir avec discipline. Ajuster la structure, réduire les coûts et créer de la durabilité en attendant un nouveau cycle de reprise régulière. »
Sathaporn de Sunthorn, président de l’Association des entreprises de logement
Le secteur immobilier thaïlandais est en pleine mutation. Il passe d’une logique d’expansion de l’offre et de spéculation foncière à une logique axée sur l’accessibilité au crédit et la qualité de la demande réelle. Le défi ne consiste plus seulement à vendre des maisons, mais à permettre aux acheteurs potentiels de disposer des ressources financières nécessaires pour devenir propriétaires. Si le système financier ne s’adapte pas aux revenus et à l’endettement des ménages thaïlandais, la reprise du marché restera fragile et ne débouchera pas sur une croissance durable.
Le rôle des promoteurs immobiliers évolue également. Ils ne sont plus seulement des développeurs de projets, mais des gestionnaires de systèmes de logement, qui doivent prendre en compte tous les aspects, des coûts aux finances, en passant par la technologie et l’environnement. L’intelligence artificielle est un outil essentiel pour gérer l’ensemble de ces paramètres, du marketing aux ventes en passant par la construction et la consommation d’énergie. Cet investissement dans la technologie permettra non seulement de réduire les coûts à court terme, mais aussi d’accroître la compétitivité à long terme.
Dans un contexte de croissance économique lente et de concurrence accrue, 2026 ne sera peut-être pas une année de forte croissance, mais une année de sélection pour le secteur immobilier thaïlandais, une année où seuls les plus solides survivront.
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