Publié le 9 octobre 2024 à 04h04. Confrontée à une crise profonde, l’industrie automobile allemande, pilier traditionnel de l’économie européenne, se tourne de plus en plus vers la production d’armement pour assurer sa survie, un changement de cap inédit favorisé par le contexte géopolitique actuel.
- Plus de 51 000 emplois ont été supprimés dans l’industrie automobile allemande au cours de la dernière année, soit 7 % des effectifs.
- Des entreprises comme JOPP et Deutz AG diversifient leur production en se lançant dans la fabrication de drones militaires, de moteurs pour chars et d’autres équipements de défense.
- L’invasion de l’Ukraine par la Russie a modifié la perception de l’industrie allemande de la défense, ouvrant de nouvelles opportunités commerciales.
L’industrie automobile allemande, autrefois synonyme de prospérité et d’innovation, traverse une période de turbulences sans précédent. L’inflation persistante, les barrières douanières et la concurrence accrue, notamment de la Chine, pèsent lourdement sur les constructeurs et leurs sous-traitants. Cette situation conduit à des restructurations massives et à une recherche désespérée de nouveaux marchés.
Martin Buchs, PDG du groupe JOPP, un équipementier automobile basé à Bad Neustadt en Bavière, témoigne de cette réalité. L’entreprise, qui assemblait autrefois des mécanismes de changement de vitesse pour des géants comme Ford, Porsche et Mercedes-Benz, a dû supprimer 500 postes, ramenant ses effectifs à 1 500 personnes.
« Nous pensons qu’il est très important pour l’industrie allemande et pour nous de trouver de nouveaux marchés. Et où sont les nouveaux marchés ? Eh bien, le gouvernement a engagé beaucoup de nouveaux fonds pour la défense. Nous sommes assez proches des besoins de l’industrie de défense, il est donc très évident pour nous de nous tourner vers ce marché. »
Martin Buchs, PDG du groupe JOPP
JOPP a ainsi décidé d’utiliser ses compétences en moulage par injection et en usinage pour produire des drones militaires et des véhicules sans pilote, obtenant son premier contrat dans ce domaine en début d’année. Cette diversification est présentée comme une nécessité pour éviter de nouvelles suppressions d’emplois.
Deutz AG, une entreprise de Cologne forte d’une histoire séculaire – son fondateur a inventé le moteur à combustion à quatre temps au XIXe siècle – suit une trajectoire similaire. L’entreprise, qui comptait près de 40 000 employés dans les années 1970, n’en compte plus que 3 000 aujourd’hui, concentrant ses activités sur la fabrication de moteurs pour l’agriculture et l’industrie. Mais le vent tourne.
« Les entreprises industrielles allemandes typiques d’avant 2022 essayaient de ne rien avoir à voir avec la défense. C’était comme, vous savez, quelque part entre les jeux de hasard et d’autres activités qui ne sont pas perçues comme les plus attractives par la société. »
Sebastian Schulte, PDG de Deutz AG
Selon Sebastian Schulte, PDG de Deutz AG, l’invasion de l’Ukraine a profondément modifié les mentalités en Allemagne, rendant la construction de matériel militaire plus acceptable. Deutz AG se positionne désormais pour fournir des moteurs à combustion massifs pour les chars et les obusiers, estimant que les exigences de l’industrie militaire sont comparables à celles de ses clients traditionnels.
Carsten Brzeski, économiste chez ING, souligne que ces évolutions ne sont pas isolées. Elles témoignent des difficultés rencontrées par l’industrie allemande face à la concurrence chinoise et de la nécessité pour les entreprises de se réinventer. Avec des centaines de milliards de dollars de dépenses de défense prévues au cours de la prochaine décennie, le secteur de la défense représente une opportunité de relance pour de nombreuses entreprises en difficulté.
L’avenir de l’industrie automobile allemande reste incertain, mais la diversification vers le secteur de la défense apparaît comme une solution de survie pour certaines entreprises, marquant un tournant historique pour un pilier de l’économie européenne.
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