La France et l’Allemagne ont trouvé un accord provisoire à Bruxelles pour assouplir les objectifs d’émissions de CO2 à l’horizon 2035 en échange d’un renforcement de la préférence européenne, tout en provoquant de vives inquiétudes dans l’industrie automobile turque et en ouvrant la voie à une intégration potentielle du Royaume-Uni.
En marge d’un sommet européen à Bruxelles, les diplomates français et allemands ont scellé un compromis provisoire destiné à rééquilibrer le marché face à la concurrence internationale, en particulier chinoise. Cet accord associe des assouplissements environnementaux pour les constructeurs et des barrières resserrées sur l’origine des composants.
Paris et Berlin modifient les objectifs d’émissions pour 2035
Le compromis prévoit que les constructeurs devront réduire leurs émissions de CO2 de 90 % en 2035, sans l’obligation de compenser les 10 % restants, contrairement à une proposition initiale de la Commission européenne. Paris a ainsi validé des flexibilités supplémentaires pour les véhicules thermiques et hybrides, une exigence de Berlin pour protéger sa puissante industrie. L’effort demandé pourrait ainsi être ramené à au moins 80 % par rapport à 2021.
Cette évolution s’explique notamment par l’utilisation croissante de carburants
renouvelables, dont les biocarburants. Le mécanisme des « supercrédits », initialement réservé aux petits modèles électriques abordables, sera également étendu aux voitures de plus grande taille. Les deux capitales estiment que cet ensemble constitue une trajectoire ambitieuse de décarbonation européenne
tout en restant ancré dans les réalités du marché, selon un document consulté par l’AFP.
Le resserrement de la préférence européenne et la place du Royaume-Uni
En contrepartie des largesses accordées sur le plan climatique, l’Allemagne a accepté dès 2028 une définition plus stricte de la préférence européenne. Les entreprises bénéficiant de fonds publics devront s’approvisionner en composants fabriqués au sein de l’Union européenne ou chez des partenaires proches, abandonnant la notion plus large de « Made with Europe ». Cette logique du « Made in Europe » serait réservée à la production au sein des Vingt-Sept et chez des partenaires proches comme la Grande-Bretagne, la Norvège ou la Suisse.

Ce nouveau cadre ouvre la porte au Royaume-Uni, à condition que Londres relève ses droits de douane sur les véhicules électriques chinois de 10 % à un taux allant jusqu’à 45 %, s’alignant ainsi sur les barrières dressées par Bruxelles. Downing Street a salué une perspective qui soutiendrait les emplois et les investissements à travers tout le pays avant le sommet prévu le 20 novembre.
Les répercussions sur la Turquie et les tensions sur les prix
La Turquie abrite un écosystème dense de 14 constructeurs et 500 équipementiers, où des groupes comme Renault, Stellantis, Toyota, Hyundai, Valeo et Bosch possèdent des usines, s’exposant aux nouvelles exigences de traçabilité des composants.
Parallèlement, l’obligation d’un contenu local accru risque d’alourdir la facture pour les acheteurs. Un véhicule électrique européen se négocie actuellement entre 35 000 et 45 000 euros, tandis que son équivalent chinois se positionne entre 25 000 et 30 000 euros, créant un dilemme persistant pour les ménages entre souveraineté industrielle et accessibilité financière.
Le compromis attend le feu vert du parti social-démocrate allemand
Le compromis franco-allemand doit encore surmonter plusieurs obstacles politiques avant d’entrer en vigueur. Il attend notamment un ultime feu vert du parti social-démocrate allemand au sein de la coalition gouvernementale. Paris et Berlin plaident pour que ces textes soient adoptés simultanément et aussi rapidement que possible par les Vingt-Sept et le Parlement européen, malgré les critiques répétées des organisations environnementales.
