Pêches et Océans Canada impose depuis ce jeudi de nouvelles normes de protection des poissons aux centrales hydroélectriques. L’industrie, incluant Hydro-Québec, dénonce des exigences « irréalistes » qui pourraient coûter des milliards de dollars, menacer la capacité de production d’électricité et imposer des contraintes opérationnelles majeures sur des installations existantes.
L’industrie conteste les nouvelles normes
La nouvelle réglementation fédérale vise à réduire la mortalité et les blessures des poissons lors de leur passage dans les turbines. Elle limite aussi les variations de débit des réservoirs pour protéger les périodes sensibles comme la reproduction et la migration.
Auparavant, les barrages existants bénéficiaient d’un flou juridique concernant les interdictions fédérales de tuer des poissons par des moyens autres que la pêche.
Les associations Hydroélectricité Canada et Électricité Canada ont fait part de leur opposition dans une lettre adressée au ministère le mois dernier. Elles jugent les exigences liées à la stabilisation des débits incompatibles avec l’exploitation normale d’un réservoir, où les variations de niveau sont inévitables.
De plus, les obligations de sauvetage des poissons isolés sont jugées impossibles à appliquer sur des milliers de kilomètres de rives souvent inaccessibles.
Les risques financiers pour Hydro-Québec
Ces nouvelles contraintes créent une incertitude importante sur les actifs stratégiques d’Hydro-Québec. Une source au sein de la société d’État, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a qualifié la réglementation de « beaucoup trop contraignante », affirmant que l’entreprise n’est pas en mesure de s’y conformer.
Selon des informations recueillies par Radio-Canada, la facture totale pour l’industrie pourrait se chiffrer en milliards de dollars. Des travaux de réfection majeurs seraient nécessaires pour adapter les turbines.
L’industrie réclame désormais l’application d’une « clause grand-père » qui limiterait l’application de ces normes aux seuls nouveaux projets ou aux réfections majeures, épargnant ainsi les infrastructures existantes.
Les producteurs soulignent également une contradiction avec les objectifs gouvernementaux de réduction du « fardeau administratif » et d’accélération des évaluations environnementales.
La mortalité des poissons en question
Certaines installations, comme la centrale Manic-3, font état d’un taux de mortalité d’environ 20 %. Des études suggèrent que cette proportion peut être beaucoup plus élevée dans d’autres contextes, le taux variant considérablement selon le type de turbines et les mesures de mitigation en place, telles que les grilles ou les systèmes de dérivation.
Le ministère des Pêches et des Océans avait initialement promis un breffage d’expert dès le 29 septembre, mais il n’a pas fourni d’explications détaillées sur ces nouvelles mesures à ce jour.