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L’instabilité des chiffres

by Antoine Girard

Publié le 2 novembre 2025. Le nouveau livre de Fernando Martín Peña, Sueños, explore la mémoire onirique et son lien intime avec le cinéma, en particulier le film noir argentin, offrant une plongée fascinante dans l’inconscient créatif.

  • Sueños ne cherche pas à reproduire les rêves eux-mêmes, mais plutôt à capturer leurs fragments et les sensations fugaces qu’ils laissent derrière eux.
  • L’auteur établit un parallèle entre son approche et celle de James Joyce, qui trouvait des révélations dans l’écoute du quotidien.
  • Le cinéma, bien que domaine de prédilection de Peña, est perçu comme un médium qui peine à saisir la nature insaisissable du rêve.

Fernando Martín Peña, cinéaste et écrivain argentin, livre avec Sueños une œuvre singulière, une collection de chroniques oniriques qui témoignent d’une exploration profonde de la mémoire et de l’imagination. L’ouvrage, publié aux éditions Hybride (25 000 $), ne se contente pas de relater des rêves, mais cherche à en saisir l’essence même, cette fugitive impression qui persiste au réveil.

Peña s’intéresse moins au récit structuré du rêve qu’à l’étincelle initiale, à la rupture avec la logique quotidienne. Cette démarche s’inscrit dans la lignée du surréalisme, dont André Breton voyait dans le rêve une porte ouverte vers l’inconscient. Cependant, l’auteur ne se contente pas d’un simple automatisme de la mémoire ; il privilégie la fidélité à l’instant précis où le rêve s’échappe, ne laissant derrière lui que sa trace.

Le cinéma, domaine vital pour Peña, est abordé comme un décor tendu, un médium qui, malgré sa capacité à déformer la réalité, peine à rendre compte de la radicalité informe du rêve. Même les œuvres les plus surréalistes, de Luis Buñuel à David Lynch, sont contraintes par les limites du cadrage et du montage. Le rêve, lui, fonctionne comme un relief parallèle, préservant le flou, l’absurde, des éléments qui ont tendance à se figer au cinéma.

L’ouvrage est peuplé d’une galerie éclectique de figures cinématographiques : Mirta Legrand, Fritz Lang, Eva Perón, Buster Keaton, Orson Welles, Charlie Chaplin, et bien d’autres. Cette mosaïque combine des icônes populaires, des figures politiques, des moments historiques et des mythes du cinéma, enrichissant les scènes oniriques et les rendant d’autant plus captivantes.

Au-delà de la cinéphilie, Sueños révèle une préoccupation centrale dans l’œuvre de Peña : le sauvetage et la valorisation du cinéma noir argentin et du film noir en général. Dans ces genres, l’ambiguïté règne, une zone grise où la morale n’est pas définie par des catégories claires et où le trouble devient un moteur de lecture. De la même manière que le sommeil ne s’intègre jamais pleinement à la vie éveillée, le cinéma noir se nourrit de l’instabilité de ses personnages.

Le résultat est une série de notes brèves et insolites, souvent teintées d’humour, parfois dérangeantes, qui fonctionnent comme des éclairs de pure imagination. La lecture de Sueños offre une expérience rare : celle de la rencontre avec l’inattendu. En somme, ce livre est une exploration latérale mais révélatrice, qui montre que le rêve continue d’être, pour l’art et la vie, une manière de s’ouvrir à ce qui ne correspond jamais vraiment.

Rêves

Auteur : Fernando Martín Pena

Genre : chroniques

Autres ouvrages de l’auteur : Journal de la cinémathèque ; Cinéma maudit ; Cinéma argentin 1896-2024

Éditeur : Hybride, 25 000 $

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