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L’intelligence artificielle dans les classes S’pore : Comment savons-nous qu’elle fait une différence pour les enseignants ?

Publié le 16 mai 2024. L’intelligence artificielle (IA) s’invite de plus en plus dans les salles de classe singapouriennes, mais contrairement aux attentes, elle ne se traduit pas par une réduction du temps de travail des enseignants. Au…

L’intelligence artificielle dans les classes S’pore : Comment savons-nous qu’elle fait une différence pour les enseignants ?

Publié le 16 mai 2024. L’intelligence artificielle (IA) s’invite de plus en plus dans les salles de classe singapouriennes, mais contrairement aux attentes, elle ne se traduit pas par une réduction du temps de travail des enseignants. Au contraire, elle redéfinit leurs tâches et leurs priorités.

  • Trois enseignants sur quatre à Singapour utilisent désormais des outils d’IA pour l’enseignement ou le soutien pédagogique.
  • Malgré l’adoption rapide de l’IA, les enseignants singapouriens travaillent en moyenne 47,3 heures par semaine, un chiffre légèrement supérieur à celui d’il y a six ans et à la moyenne mondiale.
  • L’IA ne diminue pas la charge de travail globale, mais elle modifie la manière dont les enseignants utilisent leur temps, en automatisant certaines tâches administratives et en permettant un accompagnement plus personnalisé des élèves.

À Singapour, l’intégration de l’intelligence artificielle dans le secteur de l’éducation progresse à un rythme soutenu. Une récente enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage (Talis) révèle que près de 75 % des enseignants utilisent déjà des outils basés sur l’IA pour faciliter leur travail. Pourtant, cette adoption massive ne se traduit pas par l’allègement espéré de leur charge de travail.

Les enseignants interrogés par le Straits Times s’accordent à dire que l’IA a remodelé leurs responsabilités, sans pour autant les réduire. Si elle permet d’automatiser certaines tâches chronophages, comme la planification des cours ou la correction de certains exercices, le temps gagné est souvent absorbé par de nouvelles exigences : vérification des résultats générés par l’IA, formation aux nouveaux systèmes, ou encore adaptation des ressources pédagogiques.

Le ministère de l’Éducation (MOE) a déployé des outils d’IA pour la correction et la planification des cours, mais les gains d’efficacité attendus ne sont pas encore pleinement visibles. Cette situation n’est pas propre au secteur de l’éducation. L’automatisation, dans de nombreux domaines, tend à transformer les métiers plutôt qu’à supprimer du travail.

La question pour les enseignants n’est donc pas de savoir si l’IA leur fait gagner du temps, mais si elle leur permet d’utiliser leur temps de manière plus efficace. Une enseignante de sciences du secondaire explique :

« Nous n’avons pas encore atteint le stade où nous pouvons réellement profiter des avantages de l’IA. Le gain de temps est toujours réinvesti dans d’autres éléments de notre liste de tâches. »

L’IA apporte également un nouveau niveau de vérification et d’ajustement. Les enseignants doivent s’assurer de l’exactitude des informations générées par l’IA et adapter les outils aux besoins spécifiques de leurs élèves. De plus, l’âge moyen des enseignants à Singapour (43 ans) implique une courbe d’apprentissage initiale pour maîtriser ces nouvelles technologies. Un professeur de sciences du secondaire décrit les outils d’IA de son établissement comme ayant une « courbe d’apprentissage abrupte » et une interface « compliquée et peu conviviale ».

Certains enseignants soulignent également l’existence d’une « taxe de vérification », c’est-à-dire le temps consacré à vérifier le travail produit par l’IA. Même les enseignants les plus enthousiastes à l’égard de l’IA restent prudents et ne se fient pas aveuglément aux résultats générés par ces outils. Un professeur de langues affirme :

« Aucun enseignant n’accepte une réponse de l’IA sans l’examiner attentivement. »

Pour les enseignants, la promesse de l’IA n’est pas de faire moins, mais de faire mieux. L’IA devrait prendre en charge les tâches répétitives et automatisables, afin de permettre aux enseignants de se concentrer sur les aspects les plus importants de leur métier : comprendre les élèves, offrir un accompagnement personnalisé et améliorer la qualité de l’enseignement.

Le ministère de l’Éducation encourage une approche pédagogique plus individualisée, et l’IA pourrait jouer un rôle clé dans cette transformation. Grâce aux outils de notation automatisés, les enseignants peuvent recueillir et analyser des données sur les erreurs courantes des élèves, et adapter leur enseignement en conséquence.

L’IA peut également alléger les tâches administratives, un problème de longue date pour les enseignants. Par exemple, une école expérimente l’automatisation du suivi des absences des élèves, afin d’informer immédiatement les parents en cas de retard ou d’absence.

« Cela représente moins de travail pour les enseignants en classe, car auparavant, nous devions appeler quotidiennement les parents pour connaître le motif de l’absence ou les informer du retard de leur enfant »,

explique une enseignante.

Le succès de l’IA dans l’éducation ne doit pas être mesuré uniquement en termes de réduction du temps de travail des enseignants, mais plutôt en fonction de son impact sur la qualité de l’enseignement, les progrès des élèves et le bien-être des enseignants. Il est essentiel que les outils d’IA soient conviviaux, fiables et intégrés de manière transparente dans les routines des enseignants. Sinon, le temps gagné sur une tâche sera simplement consacré à la vérification d’une autre.

En fin de compte, la véritable mesure du succès de l’IA dans l’éducation réside dans sa capacité à libérer les enseignants pour qu’ils puissent se concentrer sur ce que la technologie ne peut pas faire : enseigner, créer du lien avec leurs élèves et les accompagner dans leur développement.

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À propos de l’auteur: Thomas Caron

Thomas Caron couvre les technologies, les sciences, l’intelligence artificielle et l’innovation. Il explique les nouveautés sans jargon inutile et distingue les annonces spectaculaires des avancées réellement établies.