Téhéran, Karaj et Machhad sont confrontées à une crise de l’eau sans précédent, avec des réservoirs au plus bas et des craintes de rationnement, voire d’évacuation, qui suscitent l’inquiétude et la controverse en Iran.
Le président Masoud Pezeshkian a mis en garde contre la possibilité de rationner l’eau si les précipitations restent insuffisantes, allant jusqu’à évoquer l’éventualité d’une évacuation de Téhéran. Une perspective qualifiée de « blague » par l’ancien maire de la capitale, Gholamhossein Karbaschi, qui a déclaré : « Évacuer Téhéran n’a aucun sens. »
La situation est alarmante : le barrage de Latian, l’une des principales sources d’approvisionnement de Téhéran, contient désormais moins de 10 % de sa capacité. Le barrage voisin de Karaj, qui alimente également les provinces de Téhéran et d’Alborz, est dans un état tout aussi critique. Un habitant âgé a témoigné à la télévision d’État : « Je n’ai jamais vu ce barrage aussi vide de ma vie. » Selon Mohammad-Ali Moallem, directeur du barrage de Karaj, les précipitations ont chuté de 92 % par rapport à l’année précédente, ne laissant que 8 % d’eau dans le réservoir, dont une grande partie est inutilisable.
Les autorités envisagent désormais de pénaliser les foyers et les entreprises qui consomment excessivement d’eau. Le ministre iranien de l’Énergie, Abbas Ali Abadi, a averti que des coupures d’eau pourraient être nécessaires : « Certaines nuits, nous pourrions réduire le débit à zéro. »
La crise ne se limite pas à la capitale. Le chef du Centre national iranien pour la gestion des crises climatiques et de sécheresse, Ahmad Vazifeh, a souligné que les barrages de plusieurs autres provinces, notamment l’Azerbaïdjan occidental, l’Azerbaïdjan oriental et Markazi, sont également dans une situation « inquiétante ». À Machhad, la deuxième plus grande ville d’Iran, les réserves d’eau des barrages sont tombées à moins de 8 %, selon le gouverneur de la province du Khorasan Razavi. Hossein Esmaeilian, PDG de la Société des eaux et des eaux usées de Machhad, a même avancé un chiffre encore plus bas : « Le niveau de stockage du barrage principal de la ville est inférieur à 3 %. Il ne reste que 3 % de la capacité combinée des quatre barrages d’approvisionnement en eau de Machhad. »
Le ministre de l’Énergie, Ali Abadi, a précisé que la crise de l’eau à Téhéran n’est pas uniquement due au manque de précipitations, mais également aux fuites d’eau causées par des infrastructures hydrauliques vétustes et aux dommages causés par les récents affrontements avec Israël, notamment la frappe du 15 juin sur le quartier de Tajrish, qui a provoqué des inondations.
Cette crise de l’eau en Iran n’est pas nouvelle. Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a déjà alerté sur la menace de pénuries d’eau à plusieurs reprises, notamment lors de ses discours du Nowruz en 2011. Pourtant, peu de mesures concrètes ont été prises. Des témoignages poignants illustrent la gravité de la situation : une habitante de Téhéran envisage d’acheter des camions-citernes d’eau, tandis qu’un rappeur iranien, Vafa Ahmadpoor, a publié une vidéo montrant un robinet à sec, expliquant qu’il a dû acheter de l’eau en bouteille pour pouvoir aller aux toilettes.