Téhéran a mis en garde les États-Unis contre toute intervention dans les troubles sociaux qui secouent l’Iran, menaçant de considérer toutes les bases et forces américaines dans la région comme des cibles militaires légitimes. Cette escalade verbale fait suite aux déclarations du président américain Donald Trump, qui a promis de soutenir les manifestants anti-gouvernementaux.
Les tensions ont atteint un point critique après plusieurs jours de manifestations à travers le pays, déclenchées par la flambée du coût de la vie. Des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont déjà fait six morts, les premiers signalés depuis le début des troubles, selon des sources iraniennes. Des commerçants à Téhéran ont entamé une grève dimanche 29 décembre 2025, qui s’est ensuite étendue à d’autres villes.
Donald Trump a déclaré sur sa plateforme Truth Social que les États-Unis interviendraient si le régime iranien réprimait violemment les manifestants pacifiques, affirmant : « Si l’Iran [tire et] tue violemment des manifestants pacifiques, comme c’est leur habitude, les États-Unis d’Amérique viendront à leur secours. Nous sommes verrouillés, chargés et prêts à partir. »
En réponse, Mohammad Bagher Ghalibaf, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, a accusé des agences de renseignement étrangères de tenter de déstabiliser le pays en transformant des protestations légitimes en affrontements violents. « Le cri du diable a été poussé parce que les efforts des agents armés des services de renseignement pour transformer les protestations légitimes des bazars et des guildes en batailles urbaines violentes et armées ont échoué », a-t-il écrit sur le réseau social X.
M. Ghalibaf a également averti que le « président irrespectueux des États-Unis » devait comprendre que toute « aventure » américaine ferait de tous les centres et forces américaines de la région des « cibles légitimes ». Il a insisté sur le fait que l’Iran était uni et déterminé à agir contre tout agresseur.
Ali Larijani, conseiller principal du guide suprême iranien, a quant à lui estimé que toute ingérence américaine dans les manifestations iraniennes conduirait au chaos dans l’ensemble du Moyen-Orient. Un responsable iranien a également souligné qu’une intervention américaine déstabiliserait la région.
Les manifestations actuelles, les plus importantes en Iran depuis trois ans, sont alimentées par les difficultés économiques, notamment une inflation atteignant 40 %. Le gouvernement iranien, dirigé par le président Masoud Pezeshkian, a tenté d’ouvrir un dialogue avec les manifestants, mais se heurte à la dépréciation rapide du rial iranien (1 dollar américain équivalant désormais à environ 1,4 million de rials).
Les forces de sécurité ont procédé à des arrestations massives et ont bloqué des routes dans plusieurs villes. La télévision d’État a annoncé l’arrestation de sept personnes, dont cinq identifiées comme des monarchistes et deux liées à des groupes basés en Europe. Elle a également fait état de la saisie de 100 armes de contrebande.
Une photographie largement diffusée sur les réseaux sociaux, montrant un manifestant assis pacifiquement devant des forces de sécurité armées, a suscité des comparaisons avec la célèbre image de « Tank Man » lors des manifestations de la place Tiananmen en 1989.
Ces troubles interviennent dans un contexte géopolitique tendu, marqué par les sanctions occidentales et les frappes aériennes israéliennes et américaines en juin ciblant l’infrastructure nucléaire et le leadership militaire iranien. Les manifestations actuelles rappellent celles déclenchées en 2022 par la mort en détention de Mahsa Amini, qui avait fait plusieurs centaines de morts, dont des membres des forces de sécurité.