Publié le 7 décembre 2025. La demande de médicaments amaigrissants explose en Corée du Sud, un pays où la pression sociale pour la minceur s’intensifie, suscitant l’inquiétude des autorités sanitaires face aux dérives et aux risques liés à leur utilisation non médicale. De nouveaux traitements devraient arriver sur le marché dès 2026.
- Une vague de prescriptions abusives de médicaments amaigrissants, y compris chez des populations vulnérables comme les enfants et les femmes enceintes, est constatée.
- L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment recommandé les thérapies GLP-1 pour traiter l’obésité comme une maladie chronique.
- De nouveaux médicaments GLP-1 oraux, dont un développé par un laboratoire sud-coréen, devraient être disponibles en 2026.
La Corée du Sud, traditionnellement considérée comme l’un des pays les plus minces de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), est confrontée à une augmentation inquiétante de la demande de médicaments destinés à la perte de poids. Cette tendance s’explique par une pression sociale croissante pour atteindre des idéaux de beauté irréalistes, amplifiée par l’influence des réseaux sociaux, et par un accès relativement facile à ces médicaments.
Les autorités sanitaires tirent la sonnette d’alarme face à l’utilisation détournée de ces traitements, initialement conçus pour lutter contre l’obésité et le diabète. Selon le Service d’examen et d’évaluation de l’assurance maladie, 69 enfants de moins de 12 ans et 194 femmes enceintes ont illégalement obtenu des prescriptions de Wegovy, un médicament anti-obésité, en août dernier. L’utilisation de ce médicament est formellement interdite pour ces deux groupes de population.
L’étude des prescriptions révèle également que de nombreux spécialistes ne traitant pas l’obésité – psychiatres, urologues, ophtalmologistes, dentistes – ont rédigé des ordonnances pour ces médicaments. Parallèlement, 111 cas de publicité illégale, promouvant l’accès à ces traitements sans surveillance médicale appropriée, ont été recensés au cours du premier semestre de l’année.
Bien que le taux d’obésité en Corée du Sud reste l’un des plus faibles de l’OCDE (5,7 % selon les critères de l’OMS), les autorités nationales soulignent une augmentation constante du surpoids et de l’obésité selon les normes locales, qui fixent le seuil à un indice de masse corporelle (IMC) de 25 ou plus. En 2024, 34,4 % de la population sud-coréenne dépasse ce seuil, contre 26,3 % en 2015. Plus de la moitié des hommes âgés de trente à quarante ans sont désormais considérés comme obèses.
Cette demande croissante est particulièrement marquée chez les femmes, qui représentent 71,5 % des prescriptions de Wegovy et de Saxenda, un autre médicament injectable amaigrissant, entre 2020 et juin 2025. Il est difficile d’évaluer précisément le nombre de personnes consommant ces médicaments sans prescription médicale, mais les témoignages suggèrent que ce chiffre est significatif.
L’Institut coréen de promotion de la santé, relevant de l’État, a récemment publié un avertissement public contre la diffusion en ligne d’« idéaux corporels déformés », notamment la tendance du « bras osseux », où des bras extrêmement fins sont présentés comme un modèle de beauté. L’institut a constaté une augmentation de 39 % des troubles de l’alimentation entre 2020 et 2023, en lien avec cette normalisation des corps excessivement minces.
« Des tendances telles que le ‘bras osseux’ constituent une menace directe pour la santé publique, en particulier pour les adolescents et les femmes. »
Kim Heon-joo, directeur de l’Institut coréen de promotion de la santé
Des études menées par des universités nationales montrent que les jeunes femmes exposées à des contenus promouvant l’anorexie évoluent souvent d’un désir de minceur à une tentative d’atteindre et de maintenir cet objectif, en s’appuyant sur des communautés en ligne.
Parallèlement, de nouveaux traitements devraient arriver sur le marché sud-coréen. L’agoniste oral du GLP-1 développé par Eli Lilly, appelé forglipron, pourrait être commercialisé en 2026 après approbation par la Food and Drug Administration (FDA) américaine. Le sémaglutide oral à 25 milligrammes de Novo Nordisk est également en cours d’évaluation. Enfin, l’efpeglénatide, un traitement GLP-1 du laboratoire sud-coréen Hanmi Pharmaceutical, devrait être disponible au second semestre 2026.
Face à cette situation, le ministère de la Santé et du Bien-être social a annoncé son intention de classer Wegovy, Saxenda et d’autres médicaments anti-obésité comme des médicaments présentant un risque de mésusage ou d’abus. Les autorités rappellent que l’utilisation de ces médicaments par des personnes ayant un IMC normal, uniquement à des fins esthétiques, peut entraîner des effets secondaires indésirables tels que l’anémie, la perte de cheveux et la perte musculaire.
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