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L’ONU appelle à transformer l’économie pour éviter la catastrophe environnementale de la planète

by Amélie Bernard

Publié le 10 décembre 2025 à 05h17. Une évaluation exhaustive de l’état de la planète, menée par près de 300 scientifiques, tire la sonnette d’alarme : sans une transformation radicale de nos systèmes économiques et sociaux, le monde s’achemine vers une crise écologique aux conséquences potentiellement dévastatrices pour l’humanité.

  • Le rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) appelle à abandonner la croissance économique mesurée par le produit intérieur brut (PIB) comme indicateur de développement.
  • La planète est désormais considérée comme entrant dans un « territoire inexploré » en raison de l’interconnexion et de l’aggravation des crises environnementales.
  • Une transformation profonde des systèmes économique, financier, de gestion des matériaux et des déchets, de l’énergie et de l’alimentation est jugée indispensable.

Les conclusions de cette étude, la plus complète jamais réalisée sur l’environnement mondial, sont sans appel. Seule une transformation systémique peut éviter un scénario de chaos et de dévastation. Les crises climatiques, la perte de biodiversité, la dégradation des terres, la désertification, la pollution et la production de déchets sont autant de menaces interconnectées qui s’intensifient d’année en année, malgré les engagements internationaux.

Pour la première fois, le rapport du PNUE, dont la précédente édition remontait à 2019, remet en question le paradigme de la croissance économique. Les experts estiment qu’il est impératif de trouver de nouveaux indicateurs de développement, qui prennent en compte le capital humain et naturel, et d’orienter les économies vers la circularité, la décarbonation et l’agriculture durable.

Selon les scientifiques, la planète se trouve déjà en « territoire inexploré », confrontée à des crises environnementales multiples et interconnectées. La consommation croissante de ressources – matériaux, énergie, eau, nourriture – pour satisfaire des modes de vie de plus en plus exigeants, notamment dans les pays à revenu élevé, exerce une pression considérable sur les écosystèmes et contribue aux émissions de gaz à effet de serre et à la prolifération d’espèces invasives.

Ces crises sont principalement causées par des « systèmes de production et de consommation non durables ». L’ONU souligne que les systèmes économiques, financiers et de gouvernance actuels ne sont pas adaptés pour relever ces défis de manière durable. Le rapport décrit un cercle vicieux : l’augmentation de la production pour répondre à la demande croissante engendre des pressions accrues sur les terres, les ressources, le climat et la biodiversité.

Pour atteindre les objectifs environnementaux fixés au niveau international, les experts insistent sur la nécessité de transformer en profondeur les systèmes économique et financier, la gestion des matériaux et des déchets, l’énergie et l’alimentation. Ils soulignent que les bénéfices économiques d’une telle transformation dépasseraient les coûts, car les dégâts causés par la crise environnementale mondiale ne feraient qu’empirer dans les décennies à venir.

Edgar Gutiérrez-Espeleta, ancien ministre de l’Environnement et de l’Énergie du Costa Rica et président de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (UNEA), met en garde contre l’erreur de considérer uniquement le réchauffement climatique comme le principal problème.

« Nous avons aussi la perte de biodiversité, la dégradation des terres, la pollution, les déchets. Nous devons voir toutes ces crises ensemble. »

Edgar Gutiérrez-Espeleta, ancien ministre de l’Environnement et de l’Énergie du Costa Rica et président de l’UNEA

Les chiffres sont alarmants : un million d’espèces sont déjà menacées d’extinction, certaines d’ici quelques décennies. La production annuelle de déchets solides dépasse actuellement les 2 milliards de tonnes et devrait atteindre 3,8 milliards de tonnes d’ici 2050. L’effondrement de la planète dû à la perte de biodiversité, à la dégradation des terres et à la pollution ne sont pas seulement des problèmes environnementaux, mais aussi des menaces pour la sécurité nationale, la santé publique, la stabilité économique et la cohésion sociale.

Robert Watson, qui a présidé à deux reprises le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et a été conseiller scientifique de la Maison Blanche sous Barack Obama, estime que le réchauffement climatique progresse à une vitesse supérieure à celle prévue par les modèles climatiques.

« Nous sous-estimons l’ampleur du changement climatique. »

Robert Watson, ancien président du GIEC et conseiller scientifique de la Maison Blanche

Cette accélération augmente le risque de dépasser les « points de basculement climatiques irréversibles », tels que des changements majeurs dans la circulation océanique, la perte accélérée des calottes glaciaires, le dégel généralisé du pergélisol, le dépérissement des forêts et l’effondrement des écosystèmes des récifs coralliens.

Les scientifiques soulignent que la fenêtre d’opportunité pour agir se referme, mais qu’elle reste ouverte. Ils appellent à une action urgente et à des changements radicaux dans tous les systèmes qui soutiennent le capitalisme. Cela passe notamment par l’élimination des subventions aux combustibles fossiles, l’internalisation des coûts environnementaux et sociaux dans les prix des biens et services, et l’orientation des flux de capitaux vers des objectifs environnementaux durables.

En matière d’alimentation, il est nécessaire d’adopter une alimentation saine et durable, en privilégiant les aliments d’origine végétale, en adoptant des pratiques de production à faible impact et en réduisant les pertes et le gaspillage alimentaires. Le rapport complet du PNUE fournit une analyse détaillée des défis et des solutions possibles.

« Des solutions existent. La vérité est qu’à l’heure actuelle, nous sommes dans une situation où rien ne bouge dans la bonne direction à l’échelle mondiale », conclut Robert Watson.

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