Publié le 24 septembre 2025. Des incidents récents impliquant des drones sur le territoire de plusieurs pays européens mettent en lumière la vulnérabilité des défenses occidentales et relancent le débat sur la préparation de l’OTAN face à une menace russe en constante évolution.
- Des drones russes ont pénétré l’espace aérien polonais, forçant l’utilisation coûteuse de systèmes de défense sophistiqués pour les intercepter.
- Des incidents similaires ont été signalés en Norvège, au Danemark, en Allemagne et en Belgique, perturbant le trafic aérien et révélant des failles dans la sécurité des infrastructures critiques.
- Un sondage révèle un manque d’engagement de la population européenne à défendre son territoire en cas de conflit.
Pendant des décennies, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) s’est préparée à une guerre conventionnelle, investissant massivement dans des technologies militaires de pointe – avions furtifs, armes de précision, sous-marins et porte-avions. Cette confiance dans une supériorité technologique incontestable semble aujourd’hui remise en question.
Le 10 septembre, un nouvel épisode a illustré cette fragilité. Lors d’une importante attaque aérienne russe contre l’Ukraine, plus de 20 drones russes ont franchi la frontière polonaise, un État membre de l’OTAN. Les forces polonaises ont dû mobiliser des équipements militaires de plusieurs millions d’euros – avions de combat F-16 et F-35, hélicoptères militaires et systèmes de missiles sol-air Patriot – pour neutraliser ces menaces. L’opération a permis d’abattre plusieurs drones, dont trois Shahed et un certain nombre de leurres en mousse à faible coût.
Cette interception, outre son coût élevé, a ébranlé le mythe de la puissance militaire occidentale. Des milliards d’euros investis dans le complexe militaro-industriel n’ont pas suffi à protéger les frontières de l’OTAN contre une vingtaine de drones bon marché. Dans les jours qui ont suivi, des drones non identifiés ont provoqué la fermeture d’aéroports en Norvège, au Danemark et en Allemagne, occasionnant des pertes financières considérables pour les compagnies aériennes. En Belgique, des drones ont également été repérés à proximité d’une base militaire.
Les médias européens sont saturés de reportages sur ces drones non identifiables, les défenses aériennes et les spéculations sur d’éventuelles frappes russes. La Roumanie, la Pologne, les pays baltes… tout le long de la frontière orientale de l’Union européenne, un sentiment d’insécurité grandit.
La question centrale est de savoir si l’Alliance atlantique et sa technologie moderne sont capables de faire face à une offensive à grande échelle. La guerre en Ukraine a démontré les limites de l’approche occidentale. Les forces russes, animées d’une détermination implacable, propre aux régimes autoritaires où la peur du commandement est plus forte que la peur de l’ennemi, ont prouvé leur capacité d’adaptation.
Les tactiques de guerre modernes, héritées des conflits mondiaux du XXe siècle, se révèlent moins efficaces que prévu. En Ukraine, face à une puissance militaire disposant de ressources apparemment illimitées, les forces ukrainiennes ont dû innover. Elles ont commencé à utiliser des drones contre les blindés russes, mais l’ennemi a rapidement réagi en installant des cages métalliques sur les chars pour se protéger des explosions. Les frappes de précision avec les missiles tactiques ATACMS ont conduit les Russes à disperser leurs munitions pour éviter les concentrations de troupes et de matériel.
Aujourd’hui, la ligne de front ukrainienne est marquée par une guerre d’usure. Les deux camps se surveillent constamment grâce à des drones, mais les mouvements de troupes sont rares et se font principalement la nuit, en petits groupes, pour éviter d’être détectés. Les soldats sont retranchés dans des bunkers et des ruines, et le nombre de victimes s’élève à plusieurs milliers par semaine.
L’Europe est-elle préparée à ce type de conflit ? Les soldats de l’OTAN sont-ils capables de survivre pendant des semaines dans des conditions aussi précaires, sans communication, pour éviter d’être repérés et détruits ? Un sondage réalisé l’année dernière par Gallup suggère que la réponse est non. En Pologne, seulement 45 % des personnes interrogées se disent prêtes à défendre leur pays en cas de menace. Les chiffres sont encore plus faibles en Espagne (29 %), en Allemagne (23 %) et en Italie (14 %). La moyenne européenne est de 32 %.
L’Ukraine, après plus de trois ans de guerre, est confrontée à une pénurie de personnel. La conscription forcée est de plus en plus impopulaire et la fraude se généralise, selon les médias ukrainiens et les observateurs occidentaux. Malgré l’aide occidentale, le manque de soldats limite la capacité de l’Ukraine à tenir ses positions ou à lancer des offensives significatives.
Les forces armées des pays européens de l’OTAN comptent actuellement environ 1,47 million d’effectifs, dont le Royaume-Uni. Ce chiffre paraît conséquent, mais il contraste avec la situation en Ukraine, où une armée de 800 000 hommes affronte depuis plus de trois ans une force russe de 600 000 hommes sur un front de 1 000 kilomètres (621 miles), tout en se repliant progressivement.
La question de savoir combien de pays seraient réellement prêts à envoyer des troupes sur le front de l’Est, et en nombre suffisant, reste également ouverte. Les États membres de l’OTAN situés sur le flanc oriental seraient-ils laissés à leur sort, se voyant uniquement fournir des armes par leurs alliés occidentaux ? Une telle situation pourrait engendrer des tensions au sein de l’alliance, voire la paralyser ou la briser.
L’Europe n’a que deux options pour assurer sa sécurité, même partiellement : soit continuer à investir massivement dans le développement de ses propres capacités militaires, soit tenter de mettre fin à l’agression russe en apportant un soutien financier et militaire total à l’Ukraine. Le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a estimé que son pays a besoin de 60 milliards de dollars par an pour repousser l’offensive russe. Un fardeau lourd pour l’Occident, mais qui reste bien inférieur au coût supporté par l’Ukraine – en argent, en vies humaines, en territoires perdus et en infrastructures détruites.
Alors que l’Europe hésite, l’Ukraine continue de se battre. Chaque jour qui passe augmente le risque d’une extension du conflit vers l’ouest. Le temps presse.
Les opinions exprimées dans cet article appartiennent à l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position éditoriale d’Al Jazeera.
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