Publié le 27 février 2024 10:15:00. La Commission européenne est sur le point d’assouplir son interdiction des voitures neuves à moteur thermique prévue pour 2035, cédant à la pression de plusieurs États membres et de l’industrie automobile face aux défis de la transition électrique.
- La Commission européenne envisage de réduire l’objectif de réduction des émissions de CO2 des voitures neuves de 100 % à 90 % d’ici 2035.
- Cette décision intervient alors que des constructeurs automobiles, comme Ford, revoient leurs plans en matière de véhicules électriques en raison d’une demande plus faible que prévu.
- L’industrie automobile européenne plaide pour des objectifs moins ambitieux et des incitations pour accélérer l’adoption des véhicules électriques.
Bruxelles s’apprête à faire marche arrière sur l’un des piliers de son ambitieux plan climatique. Après des mois de lobbying intense de l’Allemagne, de l’Italie et des principaux constructeurs automobiles européens, la Commission européenne devrait autoriser la vente de véhicules hybrides rechargeables et de modèles fonctionnant avec des carburants synthétiques ou du biocarburant, même après 2035. Cette concession marque un revirement significatif par rapport à l’interdiction totale des voitures à moteur thermique initialement prévue.
L’actuelle législation européenne exige que toutes les nouvelles voitures vendues à partir de 2035 soient à zéro émission. La proposition de la Commission, dévoilée mardi, prévoit désormais une réduction des émissions de CO2 de 90 % par rapport aux niveaux de 2021, au lieu des 100 % initialement fixés. Manfred Weber, président du Parti Populaire Européen (PPE), le plus grand groupe politique au Parlement européen, a estimé que cet objectif de 90 % représente toujours une avancée notable.
« Une réduction de 90 % par rapport à 2035 est une réduction massive. »
Manfred Weber, président du PPE
Cette volte-face intervient à un moment délicat pour l’industrie automobile. Lundi, Ford Motor a annoncé une dépréciation de 19,5 milliards de dollars et la suppression de plusieurs modèles de véhicules électriques, invoquant les politiques de l’administration Trump et un affaiblissement de la demande. Volkswagen VOWG.DE et Stellantis STLAM.MI, maison mère de Fiat, ont également exprimé leurs préoccupations quant à la faible demande et appelé à un assouplissement des objectifs.
L’Association européenne des constructeurs automobiles (ACEA) a salué cette évolution, la qualifiant de « grand tournant » pour le secteur et appelant à une révision des objectifs intermédiaires pour 2030. Les constructeurs allemands, en particulier, sont confrontés à une perte de parts de marché en Chine au profit des marques locales et à une concurrence accrue des véhicules électriques chinois sur leur propre territoire. Les droits de douane de l’UE sur les véhicules électriques chinois, bien que mis en place, n’ont pas suffi à atténuer cette pression.
Cependant, cette décision a suscité des critiques de la part des acteurs de l’industrie des véhicules électriques. Ils craignent que l’assouplissement des objectifs d’émissions ne freine les investissements et ne creuse l’écart entre l’Europe et la Chine dans la course à la transition électrique.
« Passer d’un objectif clair de 100 % de zéro émission à 90 % peut sembler modeste, mais si nous faisons marche arrière maintenant, nous nuirons non seulement au climat, mais aussi à la capacité de l’Europe à être compétitive. »
Michael Lohscheller, PDG de Polestar
William Todts, directeur exécutif du groupe de défense des transports propres T&E, a dénoncé une tentative de l’UE de gagner du temps pendant que la Chine prend de l’avance. Il a déclaré : « S’accrocher aux moteurs à combustion ne redonnera pas de grandeur aux constructeurs automobiles européens. »
La Commission européenne prévoit également d’examiner des mesures pour encourager l’adoption de véhicules électriques dans les flottes d’entreprises, qui représentent environ 60 % des ventes de voitures neuves en Europe. Des incitations pourraient être mises en place pour favoriser un contenu local plus important. Enfin, une nouvelle catégorie réglementaire pourrait être créée pour les petits véhicules électriques, avec des taxes réduites et des crédits supplémentaires pour atteindre les objectifs de CO2, ainsi que des crédits pour une production plus durable, comme l’utilisation d’acier à faible teneur en carbone.
