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L’Ukraine et les Etats-Unis veulent négocier un plan de paix en Suisse

by Clara Dubois

Publié le 23 novembre 2025 à 02h09. L’administration Trump presse l’Ukraine d’accepter un plan de paix d’ici jeudi, tandis que Kiev mise sur des négociations en Suisse et le soutien européen pour obtenir de meilleures conditions.

  • Les États-Unis souhaitent conclure un accord avec l’Ukraine, sans la présence de la Russie, mais en exigeant son approbation.
  • Une délégation américaine rencontrera des représentants ukrainiens à Genève ce dimanche pour finaliser les détails du plan.
  • Les pays européens insistent pour participer aux négociations et remettre en question certains aspects du plan américain.

Une intense activité diplomatique se déploie autour de la guerre en Ukraine. L’administration américaine, par l’intermédiaire de son envoyé spécial Dan Driscoll, a remis jeudi à Kiev un plan de paix en 28 points. Washington souhaite obtenir une réponse d’ici jeudi prochain, sous peine de suspendre son aide militaire à l’Ukraine. Selon un responsable américain cité par l’agence NZZ, les négociations à Genève devraient permettre de conclure rapidement un accord.

La délégation américaine, dirigée par Dan Driscoll, secrétaire de l’Armée et nouvel envoyé ukrainien, est arrivée samedi à Genève. Elle sera rejointe dimanche par le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio et l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff. L’objectif affiché est de rencontrer dans les jours suivants les négociateurs russes, sans la présence de Moscou lors de la signature de l’accord avec Kiev.

Cette diplomatie de navette suscite des interrogations. Interrogé par NZZ, l’ancien diplomate suisse Thomas Greminger estime qu’il serait préférable que toutes les parties prenantes se retrouvent autour de la même table. Il souligne que des négociations sérieuses sont en cours et que son centre à Genève est prêt à jouer un rôle de médiation, comme il l’a déjà fait dans le passé. Le rôle de la Suisse comme hôte des discussions informelles entre les États-Unis et la Russie a déjà été confirmé par Berne.

Trump fixe une date limite à l’Ukraine

La pression exercée sur Kiev est forte. Le président Trump a donné aux dirigeants ukrainiens jusqu’à jeudi prochain pour accepter le plan de paix, qui implique la cession de facto d’environ un cinquième du territoire ukrainien. Cependant, le président américain a nuancé ce délai samedi, laissant entendre qu’il pourrait être prolongé “si les choses se passent bien”.

Un responsable américain a tenu à démentir l’accusation selon laquelle Washington chercherait à imposer un plan inacceptable à l’Ukraine, affirmant que les États-Unis s’efforceraient de placer Kiev dans la meilleure position possible.

Le président Zelensky a déclaré vendredi qu’il ne voulait pas donner à ses ennemis une excuse pour affirmer que l’Ukraine ne souhaite pas la paix. Il a affirmé que Kiev négocierait ce plan avec les États-Unis.

Les Européens veulent avoir leur mot à dire

Les pays européens souhaitent également participer aux négociations à Genève et influencer le plan de paix. Ils estiment que le plan américain a été élaboré sans consultation préalable avec l’Union européenne et l’OTAN. Un responsable américain a cependant indiqué à NZZ qu’aucune réunion avec des représentants européens n’était prévue.

Vendredi, Zelensky a eu des entretiens téléphoniques avec le chancelier allemand Friedrich Merz, le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer, sollicitant leur soutien. Il espère obtenir de meilleures conditions grâce à l’appui européen.

Les dirigeants des principaux pays européens sont actuellement réunis au sommet du G20 en Afrique du Sud. Une réunion s’est tenue samedi en marge du sommet pour coordonner une réponse au plan de paix de Trump. Outre l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni, le Japon, le Canada, l’Italie, l’Espagne, la Norvège, les Pays-Bas, la Finlande, l’Irlande et les dirigeants de l’UE ont participé à cette réunion.

Dans une déclaration commune, les dirigeants européens ont souligné que le plan de paix proposé par Trump “constitue une base qui nécessite des travaux supplémentaires”. Ils ont réaffirmé que les frontières ne doivent pas être modifiées par la force. Les Européens tenteront probablement d’atténuer la demande d’une nouvelle frontière. Un cessez-le-feu pourrait être envisagé sur la base des gains territoriaux actuels, mais il ne s’agirait que d’une première étape vers un accord final, selon des sources européennes citées par Politico.

L’objectif de cette déclaration est également de manifester le soutien aux dirigeants ukrainiens, même si les États-Unis devaient se désengager. Les Européens pourraient également être irrités par le rôle envisagé pour l’UE et l’OTAN. De tels projets nécessitent l’accord des États membres, comme le souligne le communiqué. « Si l’Ukraine perd cette guerre et s’effondre, cela aura un impact sur la politique européenne dans son ensemble, sur le continent tout entier », a déclaré le chancelier allemand Friedrich Merz en marge du sommet du G20.

Avant les premiers pourparlers directs entre l’Ukraine et la Russie en mai, les partenaires européens de Kiev avaient réussi, au moins temporairement, à influencer la position américaine grâce à une action coordonnée. Il reste à voir si cela sera possible à nouveau.

Le scandale de corruption jette son ombre

Dans un discours vidéo vendredi, le président Zelensky a mis en garde ses compatriotes contre les difficultés à venir. Il a souligné que le pays se trouvait à un moment critique de son histoire et pourrait bientôt être confronté à un choix difficile : perdre sa dignité ou risquer de perdre un partenaire clé. Il a appelé à l’unité nationale.

Zelensky a été fragilisé par le récent scandale de corruption. De nombreuses voix en Ukraine réclament des changements profonds au sein de l’administration, y compris autour du président. Le chef d’état-major Andri Jermak, qui doit diriger la délégation de négociation, est particulièrement visé par les critiques.

Le nom d’Umerov, président du Conseil de sécurité, a également été mentionné en relation avec le scandale. Des rumeurs ont circulé selon lesquelles Umerov aurait plaidé en faveur d’une clause d’amnistie dans le plan de paix afin d’éviter toute poursuite concernant des irrégularités dans les ventes d’armes survenues pendant son mandat de ministre de la Défense. Umerov a cependant nié ces accusations.

La composition de la délégation de négociation est donc un signal envoyé à l’intérieur du pays. Zelensky reste fidèle à ses proches collaborateurs. Compte tenu de la menace extérieure, l’enquête sur le scandale de corruption devra attendre.

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