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« Ma frère », film estival sur l’enfance et l’amitié qui divise les critiques

Publié le 12 janvier 2024. Le nouveau film de Lise Akoka et Roman Guéret, Ma frère, explore avec une sensibilité particulière les questionnements amoureux, identitaires et sociaux d’une jeunesse en quête d’émancipation, à travers le regard de deux…

« Ma frère », film estival sur l’enfance et l’amitié qui divise les critiques

Publié le 12 janvier 2024. Le nouveau film de Lise Akoka et Roman Guéret, Ma frère, explore avec une sensibilité particulière les questionnements amoureux, identitaires et sociaux d’une jeunesse en quête d’émancipation, à travers le regard de deux animatrices de colonies de vacances. Les premières réactions de la critique sont partagées, saluant l’audace du dialogue mais s’interrogeant sur la représentation de l’enfance.

  • Jean-Marc Lalanne (Les Inrocks) souligne la créativité du langage utilisé par les jeunes personnages et une approche novatrice du casting.
  • Christophe Bourseiller (France Inter) émet des réserves quant à l’authenticité de la parole enfantine, suspectant une reconstruction artificielle du parler des banlieues.
  • Marie Sauvion (Télérama) nuance cette critique, mettant en avant le travail de documentation des réalisatrices et l’attachement qu’elle porte aux deux héroïnes.
  • Florence Colombani (Le Point) exprime une gêne face à la mise en scène d’une scène de premier baiser, soulevant des questions éthiques sur la place des enfants sur les tournages.

Ma frère suit Shaï et Djeneba, deux jeunes femmes travaillant comme animatrices dans une colonie de vacances en Drôme. Le film alterne entre les ambiances estivales de la colonie et le quotidien des banlieues parisiennes, offrant un portrait intimiste de ces deux jeunes femmes et de leur entourage. Le long-métrage, deuxième réalisation du duo Lise Akoka et Roman Guéret, s’appuie sur Fanta Kebe et Shirel Nataf, déjà remarquées pour leur travail dans une web-série produite par Arte.

Pour Jean-Marc Lalanne, rédacteur en chef des Inrocks, le film se distingue par sa capacité à capturer la vitalité du langage contemporain.

« La manière dont les générations s’en emparent et en font quelque chose d’extrêmement créatif procure du plaisir. »

Jean-Marc Lalanne, rédacteur en chef des Inrocks

Il apprécie également le choix du casting, qui s’éloigne des canons habituels :

« Une très grande disparité des corps, certains sont en surpoids, certains très renfrognés… Ce n’est pas normatif. »

Jean-Marc Lalanne, rédacteur en chef des Inrocks

Il établit un parallèle avec L’argent de poche de François Truffaut, où l’enfance est présentée comme un univers insaisissable pour les adultes.

Cependant, Lalanne nuance son enthousiasme, pointant une tendance au “feel-good” qui lui semble parfois excessive et une présence notable de “bon sentiment”.

Christophe Bourseiller, chroniqueur à France Inter, adopte une position plus critique. Il souligne que Lise Akoka et Roman Guéret, formées en tant que “coachs pour enfants”, ont largement recours à l’oreillette pendant le tournage. Pour lui, cela remet en question l’authenticité de la parole des jeunes personnages :

« La parole des enfants n’est pas la parole spontanée des jeunes des quartiers, mais la parole de Lise Akoka et Roman Guéret. »

Christophe Bourseiller, chroniqueur à France Inter

Il dénonce une “reconstruction un peu néo-folklorique du parler des banlieues”, citant en exemple une réplique sur les naturistes qu’il juge manifestement écrite par les réalisatrices. Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un reflet fidèle du langage populaire.

Marie Sauvion, de Télérama, apporte une perspective plus nuancée, rappelant l’importance du travail de documentation des cinéastes, qui ont passé des centaines d’heures à observer une véritable colonie de vacances pour retranscrire les dialogues. Elle compare cette approche à celle de Sophie Letourneur, réalisatrice du film Roc et Canyon. Bien qu’elle estime le film “peut-être un peu plus formaté” que le précédent long-métrage du duo, Les pires, elle confesse un attachement profond aux deux héroïnes :

« Leur langue, et j’allais dire, leur côté cash me paraît tellement emballant que j’ai passé un bon moment dans la Drôme. »

Marie Sauvion, Télérama

Enfin, Florence Colombani, du Point, partage l’enthousiasme pour le travail sur la langue et le regard porté sur l’enfance, soulignant la complexité des personnages. Cependant, elle exprime une vive inquiétude concernant la scène du premier baiser, filmée en gros plan et où un garçon semble contraint par le groupe. Dans un contexte marqué par les récentes accusations de Judith Godrèche concernant le traitement des enfants sur les tournages, Colombani se questionne sur les implications éthiques de cette scène :

« Je me demande comment les enfants qui jouent dans le film l’ont vécu, est-ce que vraiment ça devrait être une scène qu’on est en train de regarder. »

Florence Colombani, Le Point

Elle aurait préféré que le film se concentre davantage sur les deux monitrices plutôt que sur ces “petits moments” ambigus.

Retrouvez toutes les critiques du Masque, ici.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.