L’inquiétude grandit parmi les éleveurs bretons face à la menace de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie virale affectant les bovins. Bien que la Bretagne soit pour l’instant épargnée par les foyers détectés dans l’est et le sud-ouest de la France, la question de la prévention et de la gestion de cette maladie a été au cœur d’une réunion d’information des Jeunes Agriculteurs des Côtes-d’Armor, le 11 décembre à Plérin.
La DNC, nouvelle sur le territoire français, se manifeste par de fortes fièvres (pouvant atteindre 41 °C), des avortements, des larmoiements, une salivation excessive et, surtout, par l’apparition de nodules et de lésions nécrotiques sur la peau des animaux. « Ces lésions peuvent être très douloureuses, notamment sur les muqueuses, et empêcher les animaux de s’alimenter », explique Stéphanie Jaunet, chef de service Santé animale à la DDPP 22. Environ 45 % des animaux infectés présentent des symptômes, tandis que jusqu’à 10 % peuvent succomber à la maladie, entraînant des pertes économiques significatives.
La transmission de la DNC se fait par des insectes hématophages, tels que les mouches charbonneuses (stomoxes) et les taons, qui agissent comme des vecteurs mécaniques. Contrairement aux moucherons culicoïdes, vecteurs de la fièvre catarrhale ovine (FCO) et de la maladie hémorragique epizootique (MHE), ces insectes ne parcourent pas de longues distances, ce qui signifie que la propagation de la maladie se fait principalement “de proche en proche”. L’apparition de foyers éloignés est donc généralement liée au transport d’animaux contaminés.
La DNC est soumise à une réglementation européenne stricte. En France, elle est classée ADE, ce qui signifie qu’elle est soumise à lutte obligatoire avec un plan d’urgence national, qu’elle bloque les échanges commerciaux et qu’elle doit être déclarée obligatoirement. La stratégie de lutte validée le 16 juillet repose sur trois axes : éliminer la source du virus en procédant à l’abattage des animaux infectés, limiter la propagation de la maladie en restreignant les mouvements d’animaux et diminuer l’excrétion du virus grâce à la vaccination obligatoire.
En cas de confirmation d’un foyer, deux zones sont immédiatement définies : une zone de protection de 20 km et une zone de surveillance de 50 km, où la vaccination de tous les bovins est rendue obligatoire. Les vaccins utilisés sont vivants et atténués, offrant une immunité partielle après 10 jours et une protection complète après 21 jours, pour une durée d’un an.
Un premier foyer détecté au centre de la Bretagne nécessiterait la vaccination de 700 000 bovins dans un rayon de 50 km. Si l’administration assure de la capacité de production des laboratoires européens, la question d’une vaccination généralisée est écartée. « Les autres pays considéreraient que la situation est hors de contrôle et fermeraient totalement leurs frontières à la filière bovine française », avertit Stéphanie Jaunet, ce qui aurait des conséquences économiques désastreuses sur les exportations de génisses laitières, de broutards et de semences.
Grégoire Kuntz, vétérinaire conseil à GDS Bretagne, souligne l’importance d’une approche collective et de mesures appropriées pour éviter une propagation exponentielle de la maladie. « Quand on constate des nodules sur un animal, c’est une course contre la montre car la maladie a une durée d’incubation de 28 jours. » Il recommande également de privilégier l’achat d’animaux bretons et d’être vigilant lors de l’intégration de nouveaux animaux dans le troupeau. « En Bretagne, ces derniers mois, il y a eu des suspicions dans tous les départements. Des éleveurs ont vu des nodules et alerté leur vétérinaire. C’est le bon réflexe. »
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