Publié le 28 novembre 2025 à 21h14. Alors que l’envoyé spécial américain Steve Witkoff se rend à Moscou, le Kremlin annonce la prise de Pokrovsk, une ville stratégique dans la région de Donetsk, alimentant les spéculations sur une tentative de pression avant d’éventuelles négociations de paix.
- Le Kremlin affirme que ses forces ont pris le contrôle total de Pokrovsk, une ville minière clé dans la région de Donetsk.
- Kyiv n’a pas confirmé cette information, et des observateurs suggèrent un lien avec la visite imminente de l’envoyé américain à Moscou.
- La situation à Pokrovsk reste critique, selon des sources proches de l’armée ukrainienne, qui signalent des avancées continues des forces russes.
Les combats autour de Pokrovsk s’intensifient depuis des mois, et l’annonce de sa capture par les forces russes intervient à un moment délicat, alors que l’envoyé spécial américain Steve Witkoff doit se rendre à Moscou ce mardi. Cette annonce pourrait être interprétée comme une tentative de Moscou de démontrer ses progrès militaires et d’exercer une pression supplémentaire sur Washington avant d’éventuelles discussions sur un plan de paix.
Selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, le président Vladimir Poutine a été informé de la prise de Pokrovsk. La ville de Vovchansk, dans la région voisine de Kharkiv, aurait également été capturée. Cependant, ces informations n’ont pas été confirmées par les autorités ukrainiennes. Le président Zelensky a souligné lors d’une visite à Paris l’intensité des combats à Pokrovsk et dans la région de Kharkiv, tandis que le Groupe de troupes ukrainiennes de l’Est a affirmé maintenir une présence active dans la ville.
La chaîne Deepstate, proche de l’armée ukrainienne, décrit une situation critique à Pokrovsk, signalant que les forces russes continuent de progresser et de chercher à établir un contrôle physique de la zone. Les Forces de défense ukrainiennes tentent de reprendre le contrôle de certaines zones, en s’appuyant notamment sur des drones pour traquer et détruire les unités russes.
Poutine avait déjà évoqué l’encerclement des troupes ukrainiennes
Les observateurs estiment que l’annonce de la prise de Pokrovsk pourrait être liée à la volonté du Kremlin de présenter des avancées militaires tangibles à l’envoyé américain avant les négociations. Vladimir Poutine avait à plusieurs reprises affirmé que les troupes ukrainiennes étaient encerclées à Pokrovsk, des allégations que Kyiv a systématiquement démenties. Certains analystes suggèrent que le retrait des forces ukrainiennes de Pokrovsk a été retardé pour des raisons politiques, à l’instar de ce qui s’est passé à Bakhmut et Avdiivka.
Pokrovsk, qui comptait environ 60 000 habitants avant la guerre, est devenue un symbole de la résistance ukrainienne face à l’agression russe qui dure depuis plus de trois ans et demi. La ville est aujourd’hui gravement endommagée.
L’absence de grandes agglomérations à l’ouest de Pokrovsk complique la défense des forces armées ukrainiennes. La prise de cette ville rapproche la Russie de son objectif de contrôler l’ensemble de la région industrielle du Donbass, bien que le chemin pour occuper pleinement la région de Donetsk reste long et coûteux. Les forces russes pourraient désormais se concentrer sur les villes de Kramatorsk et de Slovyansk, au nord-est, qui constituent une ligne de défense importante.
Pavlohrad, prochaine cible ?
Pour consolider ses gains, le Kremlin pourrait également étendre ses opérations vers la région de Dnipropetrovsk et le nœud de transport de Pavlohrad, situé à seulement 90 kilomètres. La majorité des approvisionnements destinés aux troupes ukrainiennes positionnées autour de Kramatorsk et de Slovyansk transitent par Pavlohrad. Le paysage agricole de steppe, contrairement à la région minière densément peuplée de Donetsk, offre peu d’obstacles naturels.
La prise de Pokrovsk est considérée comme la plus importante perte militaire pour l’Ukraine depuis la chute d’Avdiivka en février 2024. Kyiv espérait démontrer aux États-Unis et à l’Europe que les milliards d’euros d’aide militaire permettaient de défendre son territoire. Cependant, des critiques soulignent que l’Ukraine a peut-être trop longtemps cherché à maintenir Pokrovsk, au détriment du renforcement d’autres lignes de défense.
Les objectifs de guerre de Moscou incluent la conquête des régions ukrainiennes de Louhansk, Donetsk, Zaporizhzhia et Kherson, ainsi que la Crimée, annexée en 2014. Cependant, la Russie ne contrôle pas encore totalement ces territoires. Les troupes de Kiev sont soumises à une forte pression sur plusieurs fronts à l’est et au sud, et l’Ukraine est confrontée à des difficultés de recrutement et à une désertion croissante.
Depuis l’automne 2023, les forces russes progressent lentement dans le front de l’Est, subissant de lourdes pertes. Après Pokrovsk, elles semblent adopter une nouvelle tactique, en infiltrant de petits groupes d’infanterie pour contourner les lignes ukrainiennes, évitant ainsi d’attaquer des unités plus importantes et de déployer des blindés, qui sont vulnérables aux drones ukrainiens.
Le service de renseignement militaire ukrainien (HUR) a déclaré avoir mené une opération avec ses forces spéciales pour tenter d’empêcher la chute de Pokrovsk, mais sans succès. Malgré la perte de Pokrovsk, il ne faut pas s’attendre à un changement radical dans le cours de la guerre. Il s’agit d’une guerre d’usure où les deux camps cherchent à épuiser l’adversaire, mais les chances de succès de l’Ukraine sont considérablement réduites.
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