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Mariano Bertucci … Documents visuels a formulé les Espagnols du Maroc

by Antoine Girard

La guerre et la vie quotidienne au Maroc à travers les dessins de Mariano Bertucci

Les dessins de l’artiste espagnol Mariano Bertucci, réalisés lors de ses voyages à travers les villes marocaines au début du XXe siècle, offrent un aperçu fascinant de la relation entre l’art, l’histoire et l’imaginaire collectif. Ces œuvres, initialement publiées dans un contexte colonial, sont aujourd’hui réexaminées pour interroger la perception du Maroc dans l’esprit espagnol.

L’exposition “Mariano Bertuchi: Dessins marocains (1903-1927)”, ouverte au Rebnts Institute de Rabat et visible jusqu’au 21 novembre, explore une facette de l’expérience artistique d’un peintre connu pour ses couleurs vives et ses représentations des marchés de Tetouan, des portes de Fès et des paysages de Chefchaouen. Ces illustrations, publiées dans des magazines militaires, témoignent d’une période tumultueuse de l’histoire marocaine.

Né à Grenade en 1884, Bertucci a reçu une formation artistique classique avant de se lancer dans l’illustration pour des magazines espagnols, ce qui lui a permis de couvrir des événements politiques et militaires. Dès le début du XXe siècle, il a visité le Maroc en tant que correspondant peintre, documentant la révolution de Bouhamara en 1909 et les conflits avec les tribus. Il a également couvert la cérémonie d’allégeance au Sultan Mawla Hafeez en 1908. Son attention s’est ensuite portée sur la vie quotidienne au Maroc, un thème récurrent dans ses peintures et dessins, qui l’a finalement conduit à s’installer à Tetouan jusqu’en 1955.

En 1945, Bertucci a fondé le premier institut de dessin et de beaux-arts à Tetouan, une école qui a joué un rôle important dans la modernisation de la scène artistique marocaine et a formé des générations d’artistes. Il a également supervisé la restauration et la décoration de bâtiments publics, contribuant ainsi à l’intégration de l’art dans l’espace urbain.

Dès ses débuts, Bertucci a fait preuve d’un sens visuel unique, combinant précision documentaire et imagination esthétique. Ses premiers dessins pour le magazine “Spanish and American photographer” en 1903 démontrent sa capacité à capturer le dynamisme d’une scène avec quelques traits simples : une procession militaire à Fès, un gardien de porte, ou l’annonce de l’autorité de Mawla Hafeez. Il se distinguait de ses contemporains par son refus des clichés orientalistes qui dominaient le XIXe siècle, évitant les représentations stéréotypées des harems, des contes de Shahrazad ou des fantasmes exotiques. Il préférait se concentrer sur la vie quotidienne des gens : marchés, cafés, minarets, soldats, paysans, femmes sur les routes.

L’exposition met en lumière la coexistence de la guerre, de la politique et de la vie quotidienne. Des scènes d’embuscades, de couchers de soleil sur des champs de bataille ou de la révolution de Bouhamara reflètent la violence et les tensions de l’époque. Les lignes sont strictes et précises, l’objectif étant à la fois documentaire et esthétique, révélant les tactiques de combat et les tensions entre les tribus et le pouvoir central.

D’autres peintures célèbrent l’aspect social et humanitaire de la vie marocaine : une journée au marché, un petit café, les nuits du Ramadan à Tetouan, les conteurs. Bertucci capture les détails de la vie quotidienne : le bruit de la foule, les couleurs des tissus, les sons de la musique, la joie des célébrations populaires. Ces œuvres transforment le banal en événement visuel, et les petits détails deviennent un témoignage artistique.

Ce chevauchement entre les aspects sombres et lumineux de la réalité marocaine offre une image complexe et nuancée du pays. Il est indéniable que certains de ces dessins ont été créés dans un contexte de propagande, publiés dans des magazines liés à la présence espagnole dans le nord du Maroc, dans le but de justifier la protection et de contrôler l’espace.

Aujourd’hui, ces dessins sont lus comme des documents visuels qui aident à comprendre la vision que les Espagnols avaient du Maroc. Ils acquièrent une nouvelle dimension dans le cadre d’une mémoire commune entre deux pays liés par une relation complexe. Bertucci n’a pas dessiné des mystères, mais des gens de chair et de sang, avec leurs visages, leurs mouvements et leurs coutumes. Cette exposition ne se limite donc pas à une simple restauration d’œuvres anciennes, mais constitue une lecture de l’histoire à travers l’art. Les dessins de Bertucci restent un pont entre le passé et le présent, entre l’histoire et la beauté, entre deux rives qui cherchent toujours un langage commun.

2025-09-23 04:00:00

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