Publié le 28 novembre 2023 18:47. Le Canada et la province pétrolière de l’Alberta se sont entendus pour explorer la construction d’un nouveau pipeline vers la côte Pacifique, dans le but de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des exportations de pétrole vers les États-Unis et de diversifier ses marchés.
- Un protocole d’entente a été signé pour envisager un ajustement de l’interdiction des pétroliers sur certaines portions de la côte de la Colombie-Britannique, conditionné à la réalisation du pipeline.
- Le Premier ministre Carney vise à doubler les exportations canadiennes vers des destinations autres que les États-Unis d’ici dix ans, estimant que les barrières douanières américaines freinent l’investissement.
- L’Alberta espère exporter plus d’un million de barils de pétrole par jour vers l’Asie, réduisant ainsi sa dépendance au marché américain.
L’accord, conclu entre le Premier ministre canadien Mark Carney et la Première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, marque une nouvelle étape dans la recherche d’options pour acheminer le pétrole de l’Alberta, dont les réserves sont estimées à environ 164 milliards de barils, vers des marchés internationaux. Cette initiative intervient alors que les États-Unis, principal partenaire commercial du Canada, modifient leurs politiques commerciales, ce qui, selon Carney, transforme les atouts du Canada en vulnérabilités.
« Plus de 95 % de nos exportations d’énergie sont actuellement destinées aux États-Unis. Cette interdépendance, autrefois une force, est aujourd’hui une faiblesse », a déclaré Carney. Il a souligné que la construction d’un pipeline pourrait également atténuer les rabais sur les prix auxquels le pétrole canadien est actuellement vendu sur le marché américain.
L’accord prévoit également une collaboration entre Ottawa et l’Alberta pour dialoguer avec la Colombie-Britannique, où l’opposition à la circulation des pétroliers est forte, afin de prendre en compte les intérêts économiques de cette province. Il est également lié à un projet de captage et de stockage du carbone, les deux initiatives devant être mises en œuvre conjointement. Les gouvernements s’engagent à identifier de nouveaux projets de réduction des émissions d’ici le 1er avril, avec un déploiement prévu à partir de 2027.
Cette annonce intervient dans un contexte de tensions avec la Colombie-Britannique, dont le Premier ministre, David Eby, a exprimé des réserves quant à la levée de l’interdiction des pétroliers, craignant des conséquences négatives sur les projets en cours et le consensus avec les Premières Nations côtières.
« La proposition de pipeline n’a aucun promoteur de projet. Non seulement il n’a pas de permis, mais il n’a même pas de route. »
David Eby, Premier ministre de la Colombie-Britannique
Marilyn Slett, présidente des Premières Nations côtières, a également exprimé son opposition, affirmant que sa communauté n’est pas disposée à accepter les risques potentiels pour son mode de vie.
« Nous n’avons aucun intérêt à être copropriétaires ou à bénéficier des avantages économiques d’un projet susceptible de détruire notre mode de vie et tout ce que nous avons construit sur la côte. »
Marilyn Slett, Présidente des Premières Nations côtières
Il est important de noter que l’ancien Premier ministre Justin Trudeau avait approuvé un pipeline controversé reliant les sables bitumineux de l’Alberta à la côte de la Colombie-Britannique en 2016, mais le gouvernement fédéral avait dû prendre en charge sa construction face à l’opposition des groupes environnementaux et autochtones. Un autre projet, Northern Gateway, qui aurait transporté 525 000 barils de pétrole par jour vers l’Asie, avait été rejeté par Trudeau.
Carney a précisé qu’un promoteur privé sera indispensable pour mener à bien le projet de pipeline. Il a souligné qu’il s’agit d’un premier pas, et qu’il reste encore beaucoup de travail à accomplir.
Sur le même sujet
