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Maroc détrône l’Afrique du Sud comme économie industrielle n°1 en Afrique

by Nicolas Lefèvre
Le Maroc détrône l'Afrique du Sud au classement de la BAD

Le Maroc a détrôné l’Afrique du Sud pour devenir l’économie industrielle la mieux classée du continent en 2025, selon l’indice de la Banque africaine de développement (BAD). Ce leadership repose sur la modernisation du système productif et une stratégie nationale visant à privilégier la valeur ajoutée et la marque propre face à la simple sous-traitance.

Le Maroc détrône l’Afrique du Sud au classement de la BAD

Pour la première fois depuis le début du suivi de l’indice de l’industrialisation, le Maroc a surpassé l’Afrique du Sud. Selon un rapport relayé par la BBC, le Royaume a atteint un score de 0,8415, se plaçant ainsi à seulement 0,1585 point de la valeur maximale de 1.

Le Maroc détrône l'Afrique du Sud au classement de la BAD
Photo: La Tribune

L’Afrique du Sud, puissance industrielle historique basée sur la chimie et la métallurgie, occupe désormais la deuxième place avec un score de 0,8396. Bien que ce chiffre représente son plus haut niveau depuis 2020, il reste inférieur à sa performance de 2019, avant la crise sanitaire.

Rapport de la Banque africaine de développement (BAD), via BBC

Le classement des cinq premières économies industrielles du continent montre une stabilité relative, malgré le basculement au sommet :

Rang Pays Score (2024/2025) Secteurs Clés
1 Maroc 0,8415 Automobile, Aéronautique
2 Afrique du Sud 0,8396 Métallurgie, Chimie, Automobile
3 Égypte 0,7760 Textile, Agro-industrie, Ciment
4 Tunisie 0,7827 Composants auto, Électronique
5 Maurice 0,6731 Textile, Services industriels

L’Égypte consolide sa troisième place, position occupée depuis 2020, tandis que la Tunisie réduit l’écart avec elle depuis 2022.

La stratégie de la « prime de marque » de Ryad Mezzour

Ce saut qualitatif ne résulte pas d’une croissance organique passive, mais d’une volonté politique de monter en gamme. Lors des Industry Meeting Days 2026 à Casablanca, Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, a insisté sur la nécessité de dépasser le modèle de l’exécution pour celui de la création de valeur.

La stratégie de la « prime de marque » de Ryad Mezzour
Photo: Industrie du Maroc
Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, via H24Info

L’objectif est clair : le Maroc ne veut plus être seulement l’atelier où l’on assemble des composants pour le compte de tiers, mais un centre où s’élaborent des produits à forte valeur ajoutée. Cette ambition s’accompagne d’une volonté de renforcer la souveraineté industrielle et d’ouvrir davantage d’opportunités pour la jeunesse marocaine.

Pour soutenir cette dynamique, le pays prévoit une transition structurelle de ses événements stratégiques. À partir de 2027, les Industry Meeting Days deviendront le Morocco Industry Symposium, visant à transformer Casablanca en un hub de dialogue industriel entre l’Afrique, la Méditerranée et le reste du monde.

Les leviers logistiques analysés par la Harvard Kennedy School

L’analyse du centre de recherche « Reimagining the Economy » de la Harvard Kennedy School (HKS) souligne que le succès marocain repose sur un investissement massif et précoce dans les infrastructures publiques.

Le port Tanger Med, dont les investissements ont débuté dès 2007, est cité comme le moteur principal, étant devenu le port le plus actif de la Méditerranée. Ce dispositif est complété par un réseau ferroviaire de fret et la création de 119 zones industrielles ainsi que 7 zones économiques spéciales.

Comment le Maroc Dépasse l’Afrique du Sud dans l’Industrie Africaine ? 🏭🇲🇦

La HKS met en avant trois facteurs déterminants de cette réussite :

  • Intégration locale : Le Maroc a négocié un taux d’intégration locale d’environ 60 % dans le secteur automobile.
  • Accords commerciaux : Le Royaume a conclu des accords avec plus de 60 pays et a harmonisé ses normes avec celles de l’Union européenne.
  • Soutien public : L’État a mis en place des subventions et des incitations pour attirer des investissements manufacturiers de grande envergure.

Cette approche a permis d’attirer des multinationales qui utilisent désormais le Maroc comme base d’exportation, transformant la proximité géographique avec l’Europe en un avantage compétitif concret.

Le risque de la plateforme face à la valeur ajoutée

Malgré ces indicateurs au vert, des analystes alertent sur la fragilité d’un modèle trop dépendant de la demande extérieure. Selon La Tribune, le risque majeur serait que le pays reste une « plateforme compétitive » sans jamais devenir un véritable centre industriel à haute valeur ajoutée.

Le risque de la plateforme face à la valeur ajoutée
Photo: BBC

La dépendance vis-à-vis des constructeurs automobiles, comme Renault à Tanger ou Stellantis à Kénitra, rend l’économie sensible aux choix stratégiques de ces groupes et à la concurrence d’autres bases industrielles. Pour contrer cela, Rabat mise sur la diversification vers les batteries, l’électrique et les composants complexes.

Un autre levier stratégique est l’entreprise publique OCP. En exploitant ses ressources en phosphates, le Maroc utilise les engrais comme outil diplomatique et économique en Afrique. Cette stratégie permet non seulement de sécuriser des débouchés, mais aussi d’améliorer les rendements agricoles sur le continent, renforçant ainsi l’influence du Royaume au-delà de la simple manufacture.

L’enjeu des 30 prochains jours et des mois à venir sera l’exécution de cette montée en compétence. Comme l’a souligné le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Saad Berrada, la performance industrielle future dépendra directement de la capacité du pays à former des ingénieurs et des techniciens capables de gérer une complexité technologique accrue.

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