Publié le 28 octobre 2025 à 00h05. La nouvelle pièce de théâtre britannique « The Fifth Step », portée par Martin Freeman et Jack Lowden, explore avec une rare lucidité les thèmes de la dépendance, de la masculinité et de la honte, et arrive sur les écrans de cinéma à la fin du mois.
- La pièce aborde dès sa première réplique la question des « incels » (célibataires involontaires), mais ses auteurs insistent sur le fait qu’elle dépasse largement ce sujet.
- Martin Freeman et Jack Lowden soulignent la justesse et le courage de l’écriture de David Ireland, qui mélange humour noir et moments de violence.
- « The Fifth Step » a été saluée par la critique pour sa capacité à explorer des thèmes complexes avec une empathie surprenante.
« Je pense que je pourrais être un incel. » C’est par cette phrase choc que s’ouvre « The Fifth Step », une pièce intimiste centrée sur la relation entre un homme en lutte contre l’alcoolisme et son parrain. Une réplique qui, selon Martin Freeman, est « une bombe – quelque chose de brûlant et de vraiment drôle ». L’acteur, qui partage l’affiche avec Jack Lowden, explique que cette phrase d’introduction pourrait laisser penser que le public s’apprête à assister à une sorte de conférence sociale, mais que la pièce, d’une durée de 90 minutes, est en réalité une conversation sombre et pleine d’humour entre deux hommes : l’un cherchant la rédemption, l’autre tentant de l’offrir.
« La référence aux incels ne résume absolument pas la pièce », insiste Freeman. « Cela peut être abordé, mais elle comporte beaucoup d’autres éléments. » Lowden acquiesce, décrivant cette étiquette comme « facile et actuelle », qui risque de simplifier une œuvre traitant de la honte, de l’honnêteté et du besoin d’être compris. La pièce, écrite par David Ireland et mise en scène par Finn den Hertog, met en scène Lowden dans le rôle de Luka, un nouveau venu dans les Alcooliques anonymes, tandis que Freeman incarne son parrain, un homme plus âgé qui l’accompagne dans le programme de rétablissement en 12 étapes.
Après avoir reçu un accueil critique enthousiaste lors de sa diffusion dans le West End plus tôt cette année, « The Fifth Step » sortira en salles le 27 novembre. Les acteurs ont été particulièrement attirés par la précision et le courage de l’écriture. Freeman raconte qu’il n’était pas à la recherche d’un rôle au théâtre lorsqu’il a reçu le scénario juste avant Noël, mais que celui-ci était « tellement agréable et qu’il arrive parfois des choses trop belles pour être ignorées ». Lowden, connu pour ses rôles dans « Slow Horses » et « The Gold », admire depuis longtemps le travail d’Ireland, qu’il décrit comme « volontairement choquant et drôle ».
« C’est pour ça que j’aime aller au théâtre, je m’ennuie vraiment si un spectacle n’est pas l’une de ces deux choses », ajoute-t-il.
La pièce explore également les complexités de la masculinité moderne et de la paternité, un sujet auquel les deux acteurs sont sensibles. Freeman est père de deux adolescents avec son ex-femme Amanda Abbington, tandis que Lowden et Saoirse Ronan sont en couple depuis 2018 et ont récemment eu leur premier enfant.
« Je pense aux messages que les jeunes reçoivent tout le temps. Il y a tellement de choses très positives et pleines d’espoir dans le monde, mais il y a aussi tellement de choses qui sont immondes, horribles et effrayantes. Cela peut parfois ressembler à un champ de mines et je suis très conscient de ces choses, mais j’essaie de ne pas perdre la tête à cause de cela. »
Martin Freeman, acteur
Les deux acteurs soulignent qu’il est difficile de résumer la pièce en un seul thème ou de lui apposer une étiquette précise. Lowden estime qu’il est « réducteur la façon dont la société classe d’emblée une œuvre d’art », regrettant que certains se soient trop concentrés sur l’aspect « incel » de la pièce au lieu de la voir comme « deux personnes parlant très ouvertement ». Il ajoute que la pièce est une « exploration générationnelle de la honte ».
« The Fifth Step » marque le retour de Lowden sur les planches après une absence de cinq ans. Les critiques ont salué sa performance, Le Times le décrivant comme « incroyablement bon dans le rôle du jeune solitaire Luka, tout en tremblements, en tics et en jurons, qui essaie de sortir d’une spirale alcoolique ». Le i a quant à lui souligné que le plus grand triomphe de Lowden est d’avoir rendu Luka, malgré ses tendances violentes, sa misogynie et ses remarques occasionnelles homophobes, « finalement empathique, quelqu’un que l’on comprend comme le produit de son environnement ». Le Financial Times a attribué à la pièce quatre étoiles, la qualifiant de « mélange subtil de questions sérieuses, de dialogues percutants et d’humour, combinant l’absurde et le profond ».
Freeman conclut que c’est cet équilibre entre obscurité et humour qui rend « The Fifth Step » si unique. « C’est choquant et violent, et les gens se disent des choses horribles et drôles au même rythme. » Il espère que le public appréciera la pièce et qu’il la trouvera à la fois intéressante et éclairante, et non pas simplement « bonne pour lui ». Il raconte que chaque soir, lors des représentations à @sohoplace, le public « poussait un soupir agréable, comme si quelqu’un venait de prendre un très bon repas ».
« The Fifth Step » sera dans les cinémas du monde entier à partir du 27 novembre, avec des avant-premières sélectionnées à travers le Royaume-Uni le 18 novembre.