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Masse critique : la complexité du redémarrage nucléaire de la Malaisie

by Clara Dubois

Publié le 22 décembre 2025. La Malaisie réexamine sérieusement l’énergie nucléaire pour répondre à une demande croissante en électricité, notamment due à l’essor des centres de données, tout en anticipant un possible statut d’importateur net de gaz dans les deux prochaines décennies.

  • Le gouvernement malaisien a approuvé un objectif de déploiement de l’énergie nucléaire d’ici 2035 et renforcé la réglementation sur les matières radioactives.
  • Le pays a une longue histoire d’intérêt pour le nucléaire, remontant aux années 1970, mais les projets ont été annulés par le passé en raison de préoccupations liées aux compétences et à la gestion des déchets.
  • Des défis politiques, environnementaux et géoéconomiques complexes, notamment les négociations avec les États et les dépendances stratégiques en matière d’approvisionnement, pourraient entraver le développement de l’énergie nucléaire en Malaisie.

Après des décennies de mise en sommeil, l’énergie nucléaire refait surface dans le débat énergétique malaisien. Face à une demande électrique en constante augmentation, stimulée par l’implantation de centres de données énergivores, et à la perspective de devenir un importateur net de gaz naturel dans les 10 à 20 ans, le gouvernement explore de nouveau cette option. Selon une analyse de The Edge Malaysia, le passage d’une décision politique à la mise en service d’une centrale nucléaire peut prendre entre 12 et 15 ans.

En 2024, le cabinet a validé l’intégration du nucléaire dans le mix énergétique national, avec un horizon fixé à 2035. Cette décision s’est accompagnée d’un renforcement du cadre réglementaire, avec l’introduction de permis pour l’importation, l’exportation et le transit des matières radioactives, comme le rapporte Reuters.

L’histoire de la Malaisie avec l’énergie nucléaire remonte aux années 1970, avec la création du Centre de recherche nucléaire Tun Dr Ismail (PUSPATI), devenu en 2006 l’Agence nucléaire de Malaisie (Agensi Nuklear Malaysia). Le pays a même vu son premier réacteur nucléaire atteindre un niveau critique en 1982, mais les ambitions se sont concentrées par la suite sur le gaz naturel, via la compagnie nationale Petronas. Dans les années 2010, sous l’administration Najib, la Malaisie était considérée comme l’un des pays d’Asie du Sud-Est les plus avancés dans la préparation d’un programme nucléaire, avec la création d’une unité dédiée au sein de Tenaga Nasional Bhd (TNB) et un plan initial prévoyant la mise en service de deux centrales d’ici 2021. Cependant, ce projet a été annulé en 2018 par le Premier ministre Mahathir Mohamad, invoquant un manque de capacités et d’expertise, notamment en matière de gestion des déchets radioactifs, comme le relève Free Malaysia Today.

Le retour en force du nucléaire s’inscrit dans un contexte plus large de transition énergétique. En 2023, le ministère de l’Économie a lancé une feuille de route nationale pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, sans mentionner l’énergie nucléaire. Cependant, le ministère de la Science, de la Technologie et de l’Innovation (MOSTI) a publié une feuille de route pour la technologie nucléaire 2030, ouvrant la voie à la réévaluation actuelle. La Malaisie a également signé un protocole d’accord avec les États-Unis pour l’Accord 123, facilitant la coopération nucléaire civile, et l’USMART, un accord commercial réciproque, comme l’indique le bureau du représentant américain au commerce.

Si l’horizon 2035 fixé par le gouvernement semble réaliste d’un point de vue technique, de nombreux obstacles restent à surmonter. Outre les exigences réglementaires, qui pourraient prendre une décennie à être complètes, la Malaisie devra ratifier au moins huit conventions et protocoles internationaux, selon The Star. L’acceptation publique, historiquement fluctuante après les accidents nucléaires, constitue également un défi majeur, d’autant plus qu’il n’existe pas de données récentes sur l’opinion publique malaisienne à ce sujet.

Les négociations avec les États fédérés seront cruciales, notamment en ce qui concerne le choix des sites et la gestion des déchets radioactifs. L’affaire Lynas, une société minière de terres rares dont les déchets ont contaminé des réserves d’eau locales, pourrait inciter les États à se montrer plus prudents face aux projets fédéraux. De plus, la Malaisie devra jongler avec les dépendances stratégiques en matière d’approvisionnement, notamment en uranium enrichi, où la Russie et la Chine détiennent une part importante du marché mondial, comme le souligne Euronews. L’accord commercial avec les États-Unis, bien qu’ouvrant l’accès aux technologies américaines, impose des restrictions sur l’approvisionnement en provenance de certains pays, compliquant davantage le paysage géopolitique.

Enfin, la demande croissante en eau des centres de données, en particulier dans la région de Johor, où une pénurie d’eau a déjà conduit à des demandes de report d’expansion, pourrait entrer en conflit avec les besoins de refroidissement des réacteurs nucléaires, comme le rapporte South China Morning Post.

L’énergie nucléaire représente une opportunité pour la Malaisie de réduire ses émissions de carbone et de répondre à ses besoins énergétiques. Cependant, le succès de cette transition dépendra de la capacité du gouvernement à aborder les défis politiques, environnementaux et géoéconomiques de manière pragmatique et transparente, en tenant compte des compromis nécessaires et en évitant de se focaliser uniquement sur les délais.

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