Publié le 2025-11-13 00:55:00. Matthew McConaughey et Michael Caine rejoignent une liste croissante de célébrités autorisant l’utilisation de leurs voix par des entreprises d’intelligence artificielle, ouvrant la voie à de nouvelles applications numériques mais suscitant également des inquiétudes quant à l’avenir du travail des artistes.
- Matthew McConaughey et Michael Caine ont conclu des accords avec la société d’IA ElevenLabs pour la licence de leurs voix.
- ElevenLabs permet aux marques d’utiliser les voix de célébrités et de personnages historiques dans du contenu et des publicités.
- Cette tendance soulève des questions sur l’impact de l’IA générative sur l’industrie du divertissement et les droits des artistes.
L’entreprise ElevenLabs, fondée en 2022, se positionne comme un intermédiaire entre les célébrités et les entreprises souhaitant exploiter la puissance de la réplication vocale par intelligence artificielle. L’acteur Matthew McConaughey, qui est également investisseur dans la startup depuis 2022, a annoncé qu’il autoriserait l’entreprise à traduire sa newsletter, « Lyrics of Livin’ », en espagnol en utilisant une version synthétique de sa propre voix.
Michael Caine, de son côté, a accordé une licence pour sa voix via la plateforme Iconic Marketplace d’ElevenLabs, et elle sera également accessible sur l’application de conversion texte-audio ElevenReader. L’acteur britannique a exprimé son enthousiasme quant à cette nouvelle technologie, la considérant comme un moyen d’amplifier la créativité et d’ouvrir des portes à de nouveaux conteurs.
« Il ne s’agit pas de remplacer les voix ; il s’agit de les amplifier, d’ouvrir les portes à de nouveaux conteurs partout dans le monde. J’ai passé ma vie à raconter des histoires. ElevenLabs aidera la prochaine génération à raconter la leur. »
Michael Caine, acteur
ElevenLabs propose déjà un catalogue de voix synthétiques, fruit de collaborations avec des acteurs vivants ou de reconstitutions à partir d’enregistrements audio historiques et d’archives. Parmi les personnalités disponibles figurent Liza Minnelli, Art Garfunkel, Maya Angelou, Mark Twain, Thomas Edison et J. Robert Oppenheimer.
Cette avancée technologique intervient dans un contexte de débat intense au sein de l’industrie du divertissement. D’un côté, certains dénoncent l’intrusion des outils d’IA générative, craignant une dévalorisation du travail des artistes et une perte de contrôle sur leur image. De l’autre, des studios et des entreprises voient dans l’IA une opportunité de développer de nouveaux produits et services.
L’émergence de modèles d’IA capables de générer du texte, des images et des vidéos, comme Sora 2 d’OpenAI, a exacerbé ces inquiétudes. Des plaintes concernant la désinformation, les problèmes de confidentialité et la création de deepfakes de célébrités se sont multipliées. Le groupe de défense des consommateurs Public Citizen a adressé une lettre ouverte à OpenAI pour dénoncer des violations de la vie privée et une atteinte à la confiance du public dans le contenu en ligne.
Les syndicats d’acteurs, comme SAG-AFTRA, ont également exprimé leur méfiance quant à l’impact de l’IA générative sur l’emploi. Après la signature d’un accord reconnaissant « l’importance de la performance humaine dans le cinéma », ils se sont joints à d’autres syndicats pour protester contre la création de « performeurs synthétiques », comme Tilly Norwood.
« SAG-AFTRA estime que la créativité est et doit rester centrée sur l’humain. Le syndicat s’oppose au remplacement des artistes humains par des synthétiques. »
SAG-AFTRA, dans une déclaration
Malgré ces résistances, de nombreux géants du divertissement investissent massivement dans l’IA. Netflix a annoncé qu’elle misait pleinement sur l’exploitation des outils d’IA générative pour améliorer ses recommandations, ses publicités et ses productions. Robert Kyncl, PDG de Warner Music Group, a récemment déclaré que l’IA devait être considérée comme un outil puissant et bénéfique pour l’industrie musicale, malgré les inquiétudes concernant la musique générée par l’IA et son impact sur les ventes.
Cependant, certains artistes qui ont accepté de travailler avec des sociétés d’IA ont exprimé des regrets. L’acteur Scott Jacqmein, après avoir vendu son portrait à TikTok, a constaté que son image était utilisée pour promouvoir des produits et des services divers, sans qu’il en reçoive de compensation. Ces expériences font écho aux préoccupations exprimées par d’autres acteurs qui ont conclu des accords similaires.
Selon certains experts, l’IA est une force inéluctable qui transformera l’industrie du divertissement. George Miller, réalisateur de Mad Max, a défendu sa participation à un festival de films sur l’IA, affirmant que « l’IA est sans doute l’outil qui évolue le plus de manière dynamique dans la création d’images en mouvement… L’IA est là pour rester et changer les choses. »
D’autres, en revanche, se montrent plus sceptiques. Des signes avant-coureurs d’une bulle d’investissement dans le domaine de l’IA ont commencé à apparaître, une bulle qui pourrait éclater et anéantir des centaines de milliards de dollars. Des artistes de renom, comme Hayao Miyazaki et Werner Herzog, ont exprimé leur aversion pour le contenu génératif de l’IA, le qualifiant respectivement d’« insulte à la vie elle-même » et d’« ennemi de l’humanité ».
Guillermo del Toro, réalisateur de Frankenstein, a même déclaré qu’il préférait mourir plutôt que d’expérimenter l’IA générative dans ses films.
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