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Médicament prometteur contre le cancer du sein précoce

by Sophie Martin

Publié le 2025-12-14 11:03:00. Une nouvelle étude ouvre la voie à des traitements moins agressifs pour les jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein hormono-dépendant, en évaluant l’efficacité d’un médicament innovant sans recourir à la suppression de l’activité ovarienne.

  • L’élacestrant, un « dégradateur sélectif des récepteurs des œstrogènes », montre une activité antiproliférative comparable avec ou sans suppression ovarienne chez les patientes préménopausées.
  • Les résultats de l’étude PremiÈRe suggèrent que toutes les jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein hormono-dépendant précoce n’auraient pas nécessairement besoin d’une suppression ovarienne intensive.
  • Cette approche pourrait améliorer la qualité de vie et l’observance thérapeutique en réduisant les effets secondaires liés à la ménopause artificielle.

Une avancée significative vient d’être présentée concernant le traitement du cancer du sein hormono-dépendant chez les jeunes femmes. L’étude PremiÈRe, menée par des chercheurs de SOLTI, évalue l’efficacité de l’élacestrant, un médicament prometteur appartenant à la famille des « dégradateurs sélectifs des récepteurs des œstrogènes », en comparaison avec l’hormonothérapie standard, avec ou sans suppression de la fonction ovarienne.

Environ 30 % des femmes diagnostiquées avec un cancer du sein précoce présentent des récepteurs hormonaux positifs et sont HER2 négatives. Pour ces patientes préménopausées, le traitement conventionnel repose sur la suppression de la fonction ovarienne (SFO) combinée à un traitement par tamoxifène ou des inhibiteurs de l’aromatase. Si cette stratégie améliore la survie sans maladie, elle est souvent associée à des effets secondaires importants tels que des symptômes climatériques, un dysfonctionnement sexuel et une diminution de l’observance à long terme.

L’élacestrant a déjà démontré sa supériorité par rapport à l’hormonothérapie standard dans le traitement du cancer du sein métastatique hormono-dépendant et HER2 négatif. L’essai ELIPSE, également promu par SOLTI, avait par ailleurs mis en évidence son activité antiproliférative chez les femmes ménopausées. L’étude PremiÈRe vise à déterminer si l’élacestrant peut offrir une alternative efficace pour les femmes préménopausées, sans les inconvénients de la suppression ovarienne.

« On sait que la suppression ovarienne associée au tamoxifène, et notamment aux inhibiteurs de l’aromatase, est très efficace pour réduire le risque de rechute, voire la survie globale chez les patientes présentant des facteurs de risque plus élevés, mais on sait aussi qu’il ne s’agit pas d’un traitement neutre : il s’agit d’induire une ménopause chimique chez la femme jeune, avec un impact évident sur les symptômes, bouffées de chaleur, douleurs articulaires, déminéralisation osseuse, difficultés dans la sphère sexuelle, ce qui impacte l’observance à long terme »,

Dr. Meritxell Bellet, co-chercheur principal de l’étude, membre du conseil d’administration de SOLTI et oncologue médical à l’hôpital universitaire Vall d’Hebron

Les résultats de l’étude PremiÈRe montrent des taux d’« arrêt complet du cycle cellulaire » (ACCC) de 28,6 % dans le groupe traité par élacestrant seul et de 26,9 % dans le groupe ayant reçu élacestrant en association avec une suppression ovarienne, avec des pourcentages légèrement plus élevés dans les tumeurs de type Luminal A. De plus, les deux groupes ont présenté une réduction significative du marqueur de prolifération cellulaire Ki67, avec des diminutions de 62 % et 72 % respectivement.

L’étude a également observé une évolution vers un phénotype moins prolifératif, avec une conversion des profils moléculaires PAM50 à risque élevé ou moyen vers des catégories à faible risque, et une transformation des tumeurs Luminal B en Luminal A ou de type Normal. Le traitement a démontré un profil de sécurité cohérent avec les données précédemment rapportées pour l’élacestrant dans d’autres contextes cliniques.

« Ce qui est le plus important à propos de PremiÈRe, c’est que l’activité biologique de l’élacestrant a été très similaire, aussi bien en monothérapie qu’en association avec une suppression ovarienne »,

Dr. Meritxell Bellet

Les chercheurs soulignent que ces résultats suggèrent que l’élacestrant pourrait devenir une option thérapeutique orale intéressante pour les femmes préménopausées atteintes d’un cancer du sein précoce.

L’étude ouvre la voie à des stratégies de « désescalade » de l’hormonothérapie, permettant de maintenir l’efficacité biologique tout en réduisant la toxicité et la complexité associées à la suppression ovarienne prolongée.

« L’objectif principal de PremiÈRe était d’évaluer l’effet biologique et l’innocuité de l’élacestrant seul ou associé à une suppression ovarienne sur une courte période, avant une intervention chirurgicale. Les résultats montrent une activité antitumorale cohérente et très similaire entre la monothérapie et l’association, ce qui nous permet de proposer, pour la première fois, que toutes les jeunes patientes n’ont peut-être pas besoin d’une suppression ovarienne intensive pour bénéficier de thérapies endocriniennes de nouvelle génération. »

Dr. Tomás Pascual, chercheur translationnel de l’essai, membre du conseil d’administration de SOLTI et oncologue médical à l’Hospital Clínic de Barcelone

Les prochaines étapes consisteront à valider ces résultats dans des études comparatives plus vastes, à approfondir la compréhension des changements hormonaux induits par l’élacestrant chez les femmes sans suppression ovarienne et à identifier des biomarqueurs permettant de personnaliser le traitement.

L’étude PremiÈRe s’inscrit dans le Programme de test des fenêtres SOLTI, qui exploite la période entre le diagnostic et la chirurgie pour étudier l’impact biologique de nouvelles stratégies thérapeutiques. Elle fait suite à l’essai ELIPSE.

« PremiÈRe est un exemple clair de la façon dont la recherche universitaire indépendante nous permet de formuler des questions qui vont au-delà du développement réglementaire classique et se concentrent sur les besoins très spécifiques des patients »,

Dr. Meritxell Bellet

L’objectif ultime est de générer des données qui permettent de repenser les normes de traitement pour les jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein hormono-dépendant, en intégrant des options orales aussi efficaces, durables et mieux adaptées à leur qualité de vie.

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