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Mgr Mariann Budde – Mère Jones

Lors d'une cérémonie d'investiture marquée par la controverse, l'évêque Mariann Budde a osé interpeller directement le président Donald Trump sur la peur et la vulnérabilité de certaines populations américaines. Son sermon, prononcé devant l'élite politique républicaine, a déclenché…

Mgr Mariann Budde – Mère Jones

Lors d’une cérémonie d’investiture marquée par la controverse, l’évêque Mariann Budde a osé interpeller directement le président Donald Trump sur la peur et la vulnérabilité de certaines populations américaines. Son sermon, prononcé devant l’élite politique républicaine, a déclenché une vive réaction du président et de ses partisans.

Le 20 janvier 2017, soit le jour suivant l’investiture de Donald Trump, alors que le nouveau président signait une série de décrets migratoires restrictifs, Mgr Mariann Budde, évêque épiscopalien de Washington, D.C. depuis 2011, a pris la parole lors des prières inaugurales traditionnelles à la cathédrale nationale de Washington. Devant le président, le vice-président et une assemblée de personnalités gouvernementales et du GOP, elle a délivré un message inattendu.

« Je vous demande d’avoir pitié des gens de notre pays qui ont peur en ce moment », a-t-elle déclaré directement à Trump. « Il y a des enfants gays, lesbiennes et transgenres dans des familles démocrates, républicaines et indépendantes, dont certains craignent pour leur vie. »

Elle a également plaidé pour les populations les plus marginalisées : « Les gens qui récoltent nos récoltes et nettoient nos immeubles de bureaux, qui travaillent dans les élevages de volailles et les usines de conditionnement de viande, qui font la vaisselle après avoir mangé dans les restaurants et qui travaillent de nuit dans les hôpitaux… Ils ne sont peut-être pas citoyens ou n’ont pas les papiers requis, mais la grande majorité des immigrants ne sont pas des criminels. »

Ce n’était pas la première fois que Mgr Budde croisait le chemin de Donald Trump. En juin 2020, au plus fort des manifestations Black Lives Matter et de la pandémie de COVID-19, Trump s’était rendu à l’église Saint-Jean, près de la Maison Blanche, pour une séance photo avec une Bible en main. Cet événement avait suivi l’expulsion de manifestants pacifiques de Lafayette Square à l’aide de gaz lacrymogènes, un déploiement de force qui avait suscité l’indignation. « Nous avons le plus grand pays du monde », avait déclaré Trump à cette occasion. « Gardez-le bien et en sécurité. »

L’église Saint-Jean fait partie du diocèse épiscopalien de Washington, qui compte 86 congrégations et est connue comme « l’église des présidents », ayant été fondée en 1815. La veille de la visite de Trump, des incendies avaient été allumés dans le sous-sol de l’église et à l’extérieur, dans un contexte de tensions vives. En tant qu’évêque, Mgr Budde avait exprimé son soutien aux manifestants pacifiques.

L’intervention de Trump à Saint-Jean avait provoqué une vive réaction de Mgr Budde, qui avait déclaré au Washington Post : « Je suis l’évêque du diocèse épiscopal de Washington et je n’ai même pas reçu de visite de courtoisie indiquant qu’ils seraient en train d’évacuer [la zone] avec des gaz lacrymogènes pour pouvoir utiliser l’une de nos églises comme accessoire. » Elle avait également critiqué le message du président sur les réseaux sociaux, le qualifiant d’« antithétique aux enseignements de Jésus et à tout ce que notre église représente ». Elle avait ajouté : « Le président n’est pas venu prier ; il n’a pas déploré la mort de George Floyd ni reconnu l’agonie collective des personnes de couleur dans notre nation. Il n’a pas tenté de guérir ou d’apporter le calme dans notre pays troublé. »

Trump n’avait pas répondu à ces critiques à l’époque. Cependant, lors de son deuxième jour de mandat, son visage est resté impassible alors que Mgr Budde lui demandait à nouveau de faire preuve de miséricorde et de compassion. Elle avait noté que dix des décrets signés par Trump ciblaient spécifiquement les migrants. « Notre Dieu nous enseigne que nous devons être miséricordieux envers l’étranger, car nous étions tous autrefois des étrangers dans ce pays », avait-elle affirmé. Elle avait également évoqué le sentiment de protection divine que Trump avait exprimé après avoir survécu à une tentative d’assassinat avec des blessures mineures. « Vous avez senti la main providentielle d’un Dieu aimant », avait-elle dit. « Au nom de notre Dieu, je vous demande d’avoir pitié des gens de notre pays qui ont peur en ce moment. »

La réaction ne s’est pas fait attendre. Le représentant Mike Collins (Républicain de Géorgie) a même suggéré que Mgr Budde, citoyenne américaine, soit expulsée du pays. Trump lui-même a réagi avec virulence sur sa plateforme Truth Social, la qualifiant de « haineuse de la ligne dure de la gauche radicale envers Trump », la jugeant « méchante dans son ton », « ni convaincante ni intelligente », et dénonçant un service « très ennuyeux » et « sans intérêt ». Il a exigé des excuses publiques de sa part et de son église.

Mgr Budde a répondu avec calme et détermination. Elle a reconnu avoir reçu des menaces et avoir suscité l’inquiétude de ses proches, mais a affirmé qu’elle resterait fidèle à ses convictions. « Ce n’est pas seulement un sermon », a-t-elle déclaré au National Catholic Reporter. « Nous devons simplement continuer à croire en ce en quoi nous croyons et à défendre les choses que nous défendons – et c’est le travail, n’est-ce pas ? »

Presque un an plus tard, cet épisode reste gravé dans les mémoires comme un moment rare où le président Trump a été contraint d’écouter une critique directe de sa politique et un plaidoyer en faveur des plus vulnérables.

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À propos de l’auteur: Nicolas Lefèvre

Nicolas Lefèvre couvre l’actualité française, de la vie politique aux questions sociales et économiques. Il privilégie les explications claires, les faits datés et les informations directement utiles au lecteur.