Publié le 7 novembre 2025 à 17h44. L’investisseur Michael Burry, connu pour avoir prédit la crise immobilière de 2008, prend une position à un milliard de dollars contre les géants de l’intelligence artificielle, tandis que la Deutsche Bank s’inquiète de son exposition au secteur, ravivant les craintes d’une bulle technologique.
- Michael Burry a pris des positions à hauteur de 912 millions de dollars contre Palantir et 187 millions de dollars contre Nvidia.
- La Deutsche Bank étudie des moyens de se protéger contre les risques liés à ses prêts aux entreprises de centres de données.
- Des parallèles sont établis avec la bulle internet de 2000, notamment en ce qui concerne les valorisations excessives et les distorsions du marché.
Michael Burry, l’investisseur rendu célèbre par le film « The Big Short » pour avoir anticipé l’effondrement du marché immobilier américain en 2008, est de retour sur le devant de la scène financière. Après une pause de deux ans, il prend une position audacieuse contre l’essor actuel de l’intelligence artificielle (IA).
Selon des informations de presse, son fonds spéculatif Scion Asset Management a misé 912 millions de dollars contre Palantir, une entreprise spécialisée dans l’analyse de données, et 187 millions de dollars contre Nvidia, le géant des semi-conducteurs qui a récemment franchi une capitalisation boursière de 5 000 milliards de dollars américains (environ 4,3 milliards d’euros). Ces paris représentent l’essentiel des huit positions que compte le portefeuille de son fonds.
Deutsche Bank envisage de se couvrir contre les risques liés à l’IA
L’investisseur, dont les prédictions se sont avérées justes par le passé, utilise les réseaux sociaux pour lancer des avertissements énigmatiques. Il a notamment publié une référence au film de science-fiction « WarGames » de 1983, écrivant : « Parfois, on voit des bulles. Parfois, on peut faire quelque chose. Parfois, la meilleure chose est de ne pas s’impliquer. »
Parallèlement aux paris de Burry, la Deutsche Bank exprime une inquiétude croissante quant à son exposition au secteur de l’IA. Selon le Financial Times, les dirigeants de la banque étudient des stratégies pour garantir leurs prêts d’un milliard de dollars aux exploitants de centres de données. Ces stratégies incluent la prise de positions courtes sur un panier d’actions liées à l’IA et l’utilisation de transferts de risque synthétiques (SRT) pour transférer le risque de crédit à des tiers.
La Deutsche Bank a massivement investi dans le financement des centres de données ces derniers mois, accordant des prêts à des entreprises comme EcoDataCenter (Suède) et 5C (Canada), qui ont levé plus d’un milliard de dollars pour leur expansion. Un banquier senior a confié au Financial Times que la division banque d’investissement de la banque « mise gros sur le financement des centres de données ».
Michael Burry contre le boom de l’IA : des signaux d’alerte dans le secteur technologique
Le scepticisme de Burry s’appuie sur des données concrètes qu’il a partagées sur les réseaux sociaux. Il a notamment mis en évidence un ralentissement de la croissance des divisions de cloud computing d’Amazon et d’Alphabet, tandis que Microsoft n’a enregistré que de légères pertes. Il a également souligné les relations commerciales circulaires entre les entreprises d’IA telles que Nvidia, OpenAI, Oracle et Microsoft, qui sont également présentes dans les principaux ETF MSCI World et S&P 500.
Russ Mold, directeur des investissements chez AJ Bell, a déclaré à Business Insider : « Il étaye ses convictions avec un portefeuille très non conventionnel qui comprend d’importantes positions courtes sur Nvidia et Palantir, deux des valeurs phares du boom actuel de l’IA. »
Des similitudes avec la bulle internet : pourquoi l’investisseur « The Big Short » met en garde contre un nouveau krach
Les inquiétudes concernant une éventuelle bulle de l’IA s’intensifient. Daniel Bustamante, responsable des investissements chez Bustamante Capital Management, a partagé sur Business Insider l’analyse de Burry : « Les dépenses en capital des Magnificent Seven pèsent déjà sur la croissance des bénéfices, le commerce de détail est fortement concentré sur ces actions et la dette sur marge atteint des sommets sans précédent. En substance, tout cela est comme de l’amadou imbibé d’essence, et il suffit d’une petite étincelle pour causer de sérieux problèmes. »
Burry lui-même a établi des parallèles avec la bulle internet de 2000, partageant des extraits du livre « Capital Account », qui relate la bulle des télécommunications. Il y est décrit comment le boom a conduit à des infrastructures inutilisées, à une chute des prix et à la disparition de nombreuses entreprises surévaluées.

Des pertes massives malgré la rhétorique du boom : réactions du marché et vents contraires
Les marchés ont déjà réagi à ces révélations. Les actions de Nvidia ont chuté de près de 11 % au cours des cinq derniers jours, tandis que celles de Palantir ont perdu 16 %, ce qui représente une perte de 73 milliards de dollars pour Palantir (au 7 novembre 2025). Le PDG de Palantir, Alex Karp, a vivement critiqué la stratégie de Burry, la qualifiant de « complètement folle » lors d’une interview à CNBC.
Cependant, l’affirmation de Karp est remise en question par de nouvelles données. OpenAI, fleuron de la révolution de l’IA, continue d’enregistrer des pertes massives malgré le succès mondial de ChatGPT. Selon le rapport trimestriel de Microsoft, la perte de la société d’IA au troisième trimestre pourrait atteindre 12,1 milliards de dollars. Bien que ChatGPT soit utilisé chaque semaine par environ 800 millions de personnes, seuls cinq pour cent des utilisateurs paient un abonnement. Le patron d’OpenAI, Sam Altman, a répondu succinctement à ces critiques dans un podcast avec le PDG de Microsoft, Satya Nadella : « J’en ai… assez. » Il affirme qu’OpenAI génère des « revenus bien supérieurs » aux 13 milliards de dollars annuels connus, sans fournir de détails.
Boom de l’IA et bulles des ETF : les risques financiers augmentent pour les banques et les investisseurs
Les parallèles avec la bulle internet sont de plus en plus frappants. Lors de la bulle internet de 2000, les entreprises ont également dépensé des milliards en promettant des profits futurs. Comme à l’époque, les valorisations astronomiques contredisent les résultats commerciaux réels. Le problème est aggravé par des distorsions du marché dangereuses et le développement technologique rapide – notamment les avancées de Samsung. L’industrie investit actuellement des centaines de milliards d’euros dans de nouveaux centres de données dont les ordinateurs pourraient bientôt être obsolètes. La question de savoir qui supportera en fin de compte ces coûts reste ouverte.
Parallèlement, la Banque fédérale allemande (Bundesbank) met en garde contre un « effet de déplacement » dû aux investissements passifs dans les ETF : les investisseurs privilégient de plus en plus les ETF au détriment des investissements directs, ce qui réduit la liquidité du marché des actions individuelles. Les banques amplifient ces distorsions en consacrant des milliards d’euros au rachat de leurs propres actions – les banques européennes ont ainsi redistribué plus de 61 milliards d’euros à leurs actionnaires depuis 2020. Ces rachats créent une boucle de rétroaction dangereuse : une hausse des cours entraîne une pondération plus importante des ETF, ce qui déclenche automatiquement de nouveaux achats – un mécanisme d’auto-renforcement similaire à celui des prêts hypothécaires à risque en 2008, lorsque la hausse des prix de l’immobilier a conduit à des prêts encore plus risqués jusqu’à l’effondrement du système. (ls)
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