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“Mingkemnya” Pers Disentil Purbaya

by Nicolas Lefèvre

Publié le 16 novembre 2025 à 21h56. Le ministre des Finances indonésien, Purbaya Yudhi Sadewa, a publiquement critiqué une partie de la presse du pays, l’accusant de manquer de courage pour remettre en question les actions du gouvernement, ravivant un débat sur l’indépendance des médias et leur rôle dans une démocratie en mutation.

  • Purbaya Yudhi Sadewa accuse une partie de la presse indonésienne de « rester silencieuse » (mingkem) face au pouvoir.
  • Cette critique intervient dans un contexte de crise de représentation et de préoccupations concernant la liberté de la presse en Indonésie.
  • Des experts et des figures du passé soulignent l’importance d’une presse indépendante pour garantir la transparence et la responsabilité du gouvernement.

Les déclarations de M. Sadewa, faites lors d’un forum de chefs de rédaction à Jakarta, ont suscité des réactions mitigées. Si certains observateurs y voient une critique justifiée, d’autres y perçoivent une tentative de discréditer les médias indépendants. Le ministre a suggéré que certains organes de presse hésitaient à critiquer le gouvernement, préférant adopter une approche plus conciliante.

Cette critique n’est pas isolée. Des voix s’élèvent régulièrement pour dénoncer une atmosphère de pression et d’autocensure au sein de la communauté journalistique. Certains médias, comme Tempo, continuent d’afficher une ligne éditoriale critique, mais se retrouvent confrontés à des poursuites judiciaires, comme l’action en justice intentée par le ministre de l’Agriculture pour un montant de 200 milliards de roupies indonésiennes (environ 12,5 millions d’euros). Cette situation illustre les difficultés rencontrées par les médias indépendants pour exercer leur mission de contrôle du pouvoir.

Plusieurs analystes soulignent que cette situation s’inscrit dans un contexte plus large de fragilisation des piliers de la démocratie indonésienne. Ils évoquent la perte de fondements moraux et spirituels de la République, une notion popularisée par le juriste Carl Schmitt dans son ouvrage La crise de la démocratie parlementaire (1923). Selon eux, le silence de la presse, du Parlement (DPR et DPD) et des organisations de masse témoigne d’une « république de la peur », où l’expression de la critique est étouffée par la crainte de représailles.

Le phénomène de la presse « silencieuse » (mingkem) avait déjà été analysé par Daniel Dhakidae dans sa thèse de doctorat à Cornell en 1991. Il avait alors prédit que le contrôle gouvernemental sur la distribution du papier, caractéristique du « Nouvel Ordre », conduirait à la disparition du journalisme politique. Aujourd’hui, cette prédiction semble se réaliser, avec une concentration croissante de la propriété des médias et une dépendance accrue aux revenus publicitaires.

Cependant, certains rappellent l’importance d’une presse libre et indépendante pour le bon fonctionnement de la démocratie. Ali Sadikin, ancien gouverneur de Jakarta, avait ainsi déclaré :

« Les journalistes sont des employés du gouvernement qui ne sont pas payés par l’État. Leur travail consiste à critiquer les politiques gouvernementales… »

Ali Sadikin, ancien gouverneur de Jakarta

La situation actuelle est également marquée par la montée en puissance des réseaux sociaux et des algorithmes, qui influencent de plus en plus la diffusion de l’information. Manuel Castells, dans son ouvrage La puissance de communication, souligne que le pouvoir à l’ère de l’information réside dans la capacité à contrôler les flux de communication. Les influenceurs, les buzzers politiques et les machines algorithmiques agissent désormais comme de nouveaux « éditeurs », déterminant les tendances et diffusant des émotions plutôt que des connaissances.

Face à ces défis, les médias indonésiens se trouvent à la croisée des chemins, oscillant entre impératifs économiques et considérations éthiques, entre recherche de clics et souci de vérité. Comme l’a souligné Sukidi,

« La louange est un tueur silencieux. »

Sukidi, penseur de la diversité

Pour en savoir plus sur l’histoire de la liberté de la presse en Indonésie, notamment à l’époque de Soeharto, vous pouvez consulter cet article.

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