Publié le 15 janvier 2026 à 12h10. Le commerce mondial est confronté à un ralentissement de la croissance, à des tensions géopolitiques croissantes et à une multiplication des réglementations nationales, des facteurs qui remodèlent les échanges et les investissements, avec des conséquences particulièrement importantes pour les pays en développement.
- La croissance économique mondiale devrait rester modérée en 2026, à environ 2,6 %, tandis que les économies en développement (hors Chine) ne progresseraient que de 4,2 %.
- Les droits de douane sont en hausse, signe d’un protectionnisme grandissant qui pourrait accroître l’incertitude économique et perturber les chaînes d’approvisionnement.
- Le commerce Sud-Sud continue de prendre de l’importance, représentant désormais 57 % des exportations des pays en développement.
Le commerce mondial entre dans l’année 2026 sous la pression de multiples facteurs de ralentissement. Un rapport récent met en lumière dix tendances clés qui façonneront les échanges commerciaux dans les mois à venir, soulignant la nécessité pour les pays de faire des choix politiques éclairés pour éviter une fragmentation accrue et favoriser une croissance plus résiliente et inclusive.
La croissance économique mondiale devrait rester modérée, autour de 2,6 % en 2026. Les économies en développement, à l’exception de la Chine, devraient connaître un ralentissement plus marqué, avec une croissance estimée à 4,2 %. Les principaux partenaires commerciaux, tels que les États-Unis, la Chine et l’Europe, montrent des signes de faiblesse, ce qui affaiblit la demande et rend les conditions financières plus strictes. Pour les pays en développement, ce ralentissement limite les possibilités d’investissements dans les infrastructures et l’industrialisation. Le renforcement du commerce régional et la diversification des marchés s’avèrent donc essentiels pour renforcer leur résilience.
Parallèlement, le système multilatéral du commerce est à la croisée des chemins. La 14e conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) se tiendra dans un contexte de multiplication des droits de douane unilatéraux et de tensions géopolitiques. Pour les pays en développement, il est crucial de rétablir un système de règlement des différends fonctionnel afin de protéger leur accès aux marchés et de garantir le respect des règles commerciales. Le maintien d’un traitement spécial et différencié reste également essentiel pour soutenir leur industrialisation et leur sécurité alimentaire. Les décisions prises concernant l’agriculture, le commerce numérique et les mesures liées au climat détermineront si les règles mondiales soutiendront réellement le développement.
La tendance à la hausse des droits de douane, initiée en 2025, se poursuivra en 2026, les gouvernements étant de plus en plus enclins à recourir à ces mesures pour atteindre leurs objectifs industriels et stratégiques. Cette multiplication des changements de politique accroît l’incertitude, décourage les investissements et perturbe les chaînes d’approvisionnement. Les économies plus petites et moins diversifiées sont particulièrement vulnérables à cette hausse des coûts et à la volatilité des échanges.
Les chaînes de valeur mondiales continuent de se reconfigurer, remodelées par les tensions géopolitiques, les politiques industrielles et les nouvelles technologies. Les entreprises diversifient leurs fournisseurs et rapprochent leur production des marchés clés afin de réduire les risques. Les pays dotés d’infrastructures solides, de compétences qualifiées et de politiques stables sont les mieux placés pour attirer les investissements. Les économies périphériques risquent, quant à elles, d’être marginalisées si elles ne parviennent pas à améliorer leur logistique, leurs compétences et leur climat d’investissement.
Le commerce de services continue de croître plus rapidement que celui des biens, représentant désormais 27 % du commerce mondial et ayant augmenté d’environ 9 % en 2025. Les services numériques, en particulier, sont à l’origine d’une grande partie de cette croissance, mais leur accès reste limité dans les pays les moins avancés. Réduire la fracture numérique est donc essentiel pour permettre une participation plus large au commerce axé sur les services.
Le commerce Sud-Sud connaît une expansion significative, les exportations de marchandises entre les pays en développement étant passées de 0,5 billion de dollars en 1995 à 6,8 billions de dollars en 2025. Aujourd’hui, 57 % des exportations des pays en développement sont destinées à d’autres marchés en développement, notamment grâce aux chaînes de valeur régionales en Asie. L’Afrique et l’Amérique latine renforcent également leurs liens commerciaux Sud-Sud. L’intensification du commerce interrégional peut contribuer à compenser le ralentissement de la demande dans les économies avancées et à renforcer la résilience.
Les préoccupations environnementales prennent une place de plus en plus importante dans le commerce mondial, les engagements climatiques passant de l’ambition à la mise en œuvre. D’ici la fin de 2025, les engagements de 113 pays pourraient réduire les émissions d’environ 12 % d’ici 2035. La tarification du carbone, les marchés des énergies propres et les normes environnementales redéfinissent la compétitivité. Les pays en développement auront besoin d’accéder à des financements, des technologies et un soutien verts pour rester compétitifs.
Les prix des minéraux critiques ont fortement chuté après 2022, l’offre ayant augmenté plus rapidement que la demande, ce qui a réduit les coûts des technologies propres mais affaibli les investissements dans de nouveaux projets miniers. Dans le même temps, les contrôles à l’exportation et le stockage resserrent l’offre et fragmentent les chaînes de valeur. Gérer la sécurité des ressources tout en soutenant les investissements reste un défi commercial majeur.
Le commerce agricole demeure vital pour la sécurité alimentaire, les produits alimentaires représentant près de 87 % des exportations de matières premières. De nombreux pays en développement dépendent des importations pour répondre à leurs besoins fondamentaux. Les prix élevés des engrais et les chocs climatiques continuent de menacer les approvisionnements. Un commerce ouvert, un meilleur accès aux intrants et une agriculture résiliente au climat sont essentiels pour stabiliser les systèmes alimentaires.
Enfin, les réglementations commerciales se durcissent, les politiques nationales remodelant le commerce mondial. Depuis 2020, environ 18 000 nouvelles mesures commerciales discriminatoires ont été introduites. Les réglementations techniques affectent désormais environ les deux tiers du commerce mondial, augmentant les coûts de mise en conformité, en particulier pour les petits exportateurs. Les règles environnementales, sociales et sécuritaires continueront à se développer en 2026. Des règles mondiales flexibles et une aide ciblée seront essentielles pour garantir un commerce inclusif.
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