Publié le 26 janvier 2026. Une étude alarmante révèle que la majorité des jeunes enfants philippins n’ont pas accès aux ressources de base nécessaires à leur développement cognitif et émotionnel, mettant en lumière des inégalités criantes dans l’accès à l’apprentissage précoce.
- Moins de la moitié des foyers philippins avec des enfants de moins de cinq ans disposent de jouets éducatifs ou de livres pour enfants.
- Plus de 4 600 barangays (unités administratives locales) n’ont pas de centre de développement de l’enfant (CDC) fonctionnel, malgré l’obligation légale d’en établir un dans chaque communauté.
- Les investissements des gouvernements locaux dans l’apprentissage de la petite enfance sont extrêmement variables, certains centres ne disposant que de budgets dérisoires pour le matériel pédagogique.
Le développement cérébral des enfants philippins est compromis par un manque criant de ressources éducatives, selon les conclusions préliminaires de la deuxième Commission du Congrès sur l’éducation (EDCOM II). L’étude révèle que seulement 48 % des foyers avec des enfants âgés de 0 à 4 ans possèdent des jouets éducatifs, et seulement 40 % ont des livres pour enfants à la maison. Ces chiffres soulignent une lacune majeure en matière de stimulation précoce, une période cruciale où plus d’un million de connexions neuronales se forment chaque seconde, jetant les bases du langage, du raisonnement et de la régulation émotionnelle.
Pour des millions d’enfants, en particulier ceux issus de milieux défavorisés, les centres de développement de l’enfant (CDC) représentent souvent la seule source de stimulation précoce. Cependant, le système de la petite enfance est sous tension. L’EDCOM II a constaté que plus de 4 600 barangays ne disposent toujours pas d’un CDC opérationnel, en dépit des exigences légales. Même lorsque ces centres existent, la qualité est inégale : seulement 14,2 % ont été modernisés au cours de la dernière décennie pour répondre aux normes actuelles, laissant de nombreux établissements dépourvus de matériel d’apprentissage adapté à l’âge et inclusif.
Les disparités financières entre les gouvernements locaux aggravent la situation. Dans certaines municipalités à faible revenu et isolées géographiquement, les budgets annuels alloués au matériel pédagogique ne dépassent pas 1 900 pesos philippins (₱) par CDC – à peine suffisant pour remplacer un ensemble de jeux de base. D’autres collectivités, mieux dotées, peuvent investir des centaines de milliers de pesos dans des espaces d’apprentissage spécialement conçus. En conséquence, l’accès à l’apprentissage précoce dépend davantage du lieu de naissance d’un enfant que des normes nationales ou de ses besoins de développement.
L’étude met également en évidence un manque de ressources adaptées aux plus jeunes enfants (0 à 2 ans), qui se trouvent dans la phase la plus critique du développement cérébral. La plupart des ressources disponibles sont conçues pour les enfants d’âge préscolaire plus âgés, tandis que le matériel sensoriel interactif et guidé par les parents, essentiel pendant les 1 000 premiers jours de la vie, est largement absent.
« Il s’agit d’une crise silencieuse qui commence bien avant qu’un enfant n’entre dans une salle de classe. Le fait que moins de la moitié des foyers philippins ont accès à des outils d’apprentissage de base comme des livres et des jouets éducatifs montre à quel point le désavantage prend déjà racine. »
Dr Karol Mark Yee, directeur exécutif d’EDCOM II
Le Dr Yee souligne l’importance cruciale de la stimulation précoce :
« La science nous dit que plus d’un million de connexions neuronales se forment chaque seconde au cours des premières années de la vie. Lorsque nous ne parvenons pas à soutenir les familles et les communautés pendant cette période, nous perdons de fait l’investissement le plus rentable que nous puissions faire dans le capital humain et obligeons de nombreux enfants à commencer l’école déjà en retard. »
Dr Karol Mark Yee, directeur exécutif d’EDCOM II
L’EDCOM II a également identifié des obstacles culturels et un manque d’information qui contribuent à la pénurie de matériel. 97 % des parents interrogés estiment que les enfants de moins de cinq ans sont « trop jeunes » pour un apprentissage structuré, une idée reçue qui explique les faibles taux de participation (21 à 29 %) aux programmes de la petite enfance pour les enfants de trois à quatre ans. Sans intervention précoce, ces désavantages s’accumulent, créant ce que la Commission décrit comme une « taxe d’apprentissage », où les enfants issus de milieux défavorisés arrivent à l’école formelle avec un retard considérable en matière de compétences de base.
Pour remédier à cette situation, l’EDCOM II appelle à la mise en œuvre rapide et complète de la loi sur le système ECCD (République n° 12199), qui oblige les gouvernements locaux à financer les services de la petite enfance et à professionnaliser le personnel ECCD. La Commission recommande également une collaboration étroite entre le Conseil national de développement du livre (NBDB) et le Conseil ECCD pour soutenir le développement de matériel d’apprentissage à faible coût et à fort impact, tels que des fiches d’histoires, des livres d’images et des guides basés sur le jeu, utilisables à la fois dans les CDC et à la maison. L’objectif est de donner aux familles les outils et les conseils nécessaires pour favoriser le développement de leurs enfants, même avec des ressources limitées.
Le rapport final de l’EDCOM II, qui synthétise les conclusions de plus d’une centaine d’études sur le système éducatif philippin, sera officiellement publié le 26 janvier 2026.
Les résultats s’appuient sur une étude de l’Institut philippin d’études sur le développement (PIDS) réalisée par Ma. Norma Thea Madeline Conjares, Danielle Lois Carreon, Lyle Daryll Casas et Valerie Gilbert Ulep, portant sur les « 1 000 prochains jours » de la vie d’un enfant. Une autre étude, commandée par l’EDCOM II et consacrée aux ressources d’apprentissage de la petite enfance, a été rédigée par le Dr Ma. Josephine Therese Emily G. Teves de l’Université des Philippines à Manille, Mariel Joy S. Sampang de Save the Children Philippines et Sarah Grace L. Candelario, MAEd, LPT de l’Université des Philippines Diliman. Cette dernière a été menée en partenariat avec l’Université Ateneo de Manille.
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