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MoveCredits pour financer le rail africain grâce aux marchés carbone

Réunis à Rabat les 14 et 15 octobre 2026, l'Office national des chemins de fer et l'Union internationale des chemins de fer ont lancé MoveCredits pour financer le rail africain…

MoveCredits pour financer le rail africain grâce aux marchés carbone

Réunis à Rabat les 14 et 15 octobre 2026, l’Office national des chemins de fer et l’Union internationale des chemins de fer ont lancé MoveCredits pour financer le rail africain grâce aux marchés carbone, alors que les conflits armés menacent lourdement les infrastructures continentales.

Une rencontre organisée conjointement par l’Office national des chemins de fer (ONCF) et l’Union internationale des chemins de fer (UIC) a réuni plus de 250 délégués issus de réseaux, d’institutions publiques et d’organismes financiers à Rabat afin de faire le point. L’événement, placé sous le Haut Patronage du roi Mohammed VI, a mis en lumière un paradoxe persistant sur le continent. Le transport ferroviaire en Afrique cherche de nouveaux leviers financiers face aux crises sécuritaires qui pèsent sur ses chantiers.

Selon le State of Africa’s Infrastructure Report 2024 de l’Africa Finance Corporation, seuls 4 000 kilomètres de voies ferrées avaient été construits au moment de l’évaluation sur les 30 200 kilomètres prévus à l’horizon 2040 par le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) de l’Union africaine. D’un côté, les ambitions d’expansion se heurtent à un important déficit de réalisation. De l’autre, les risques sécuritaires et les conflits armés s’ajoutent aux besoins de financement en interrompant les travaux et en alourdissant les coûts.

L’arbitrage de l’Éthiopie face aux dégâts de la guerre

Le cas de l’Éthiopie illustre de manière concrète les conséquences financières et contractuelles des hostilités. Attributaire en 2015 d’un contrat d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction (EPC) d’une valeur de 1,7 milliard de dollars pour la ligne Awash – Kombolcha – Hara Gebeya, l’entreprise turque Yapı Merkezi a dû suspendre en 2020 son chantier de 392 kilomètres en raison de la guerre dans le nord du pays.

Une grande partie des infrastructures était pourtant achevée, notamment la pose des voies sur certains tronçons. Après l’arrêt des travaux, l’entreprise a réclamé des indemnités pour les dommages, les pillages et les retards, tandis que la Société des chemins de fer éthiopiens (ERC) a formulé une demande reconventionnelle liée aux pertes imputées à l’interruption.

Une procédure arbitrale a fixé le dénouement de ce différend le 23 septembre dernier, attribuant à Yapı Merkezi une créance nette de 307,6 millions de dollars au 30 juin, après compensation. Cette somme porte des intérêts annuels de 9 % jusqu’à son paiement intégral. L’entreprise indique cependant que le règlement n’a pas encore eu lieu et qu’elle poursuit ses démarches, tandis que le projet doit encore passer par la remise en état des ouvrages.

Secteur ferroviaire : l’ONCF et l’UIC pour le développement et le financement du rail africain

Le lancement de la coalition MoveCredits à Rabat

Pour répondre au défi chronique du financement, le forum de Rabat a acté la création de MoveCredits, une coalition dédiée aux marchés carbone lancée par l’UIC. L’initiative vise à permettre aux opérateurs ferroviaires de tirer parti des mécanismes de valorisation des réductions d’émissions de CO₂.

L’organisation internationale évalue le potentiel à grande échelle. Le développement du rail dans les pays à revenu faible et intermédiaire pourrait ainsi éviter jusqu’à 1,8 gigatonne de CO₂ d’ici 2050. Les recettes sur les marchés carbone atteindraient, selon les hypothèses de prix, entre 27 et 72 milliards de dollars.

Ces perspectives ne constituent pas des fonds acquis. La concrétisation de ces montants exige des méthodes fiables de calcul et de vérification des émissions évitées. La coalition MoveCredits associe exploitants, industriels, investisseurs et gouvernements pour tester ces méthodes à travers des projets expérimentaux ciblant le transport urbain, les lignes à grande vitesse et le fret.

Les leçons sécuritaires de la Libye, du Soudan et de l’Angola

Les différents pays du continent témoignent de réalités diverses face aux risques de sécurité. En Libye, les chantiers ferroviaires le long du littoral méditerranéen — les liaisons Tripoli – Ras Jedir, Tripoli – Sirte et Sirte – Benghazi — sont à l’arrêt depuis le conflit de 2011. Un accord sous forme de protocole a été conclu avec la firme chinoise China Civil Engineering Construction Corporation (CCECC) au cours du mois de juillet 2025 en vue de préparer la relance de certains chantiers.

Au Soudan, le conflit déclenché en avril 2023 a interrompu l’exploitation de la liaison Khartoum – Wad Madani, avant une reprise du service annoncée en juillet 2026 à l’issue de travaux de maintenance. Ce cas montre la difficulté de maintenir et de rétablir les opérations lorsque la sécurité du personnel et la disponibilité des équipements sont compromises.

En Angola, le chemin de fer de Benguela rappelle les effets de long terme. La guerre civile, qui s’est déroulée de 1975 à 2002, a lourdement endommagé cette ligne reliant le port de Lobito à la République démocratique du Congo. Sa réhabilitation complète, achevée en 2014, a nécessité un vaste programme de reconstruction bien après la fin des hostilités.

L’adoption de la Déclaration de Rabat

Les travaux de la rencontre de Rabat, qui a réuni des participants de 20 nationalités et des représentants de dix réseaux, se sont conclus par l’adoption de la Déclaration de Rabat. Ce texte prolonge les orientations prises à Dakar en 2023 et préconise une diversification des sources de financement.

Le document encourage le recours aux partenariats public-privé, aux mécanismes de garantie et à la valorisation foncière autour des infrastructures. Il insiste également sur l’intégration du rail dans les politiques climatiques nationales et les Contributions déterminées au niveau national, en lien avec l’article 6 de l’Accord de Paris, pour sécuriser de nouvelles ressources destinées à la mobilité durable.

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À propos de l’auteur: Clara Dubois

Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.