Publié le 20 janvier 2024 18:35:00. Yoweri Museveni, 81 ans, a été réélu pour un septième mandat à la présidence de l’Ouganda, malgré les accusations de fraude massive portées par l’opposition et un contexte politique tendu marqué par des violences et des restrictions d’accès à Internet.
- Yoweri Museveni a obtenu 71,65 % des voix, selon les résultats officiels.
- Le principal candidat de l’opposition, Bobi Wine, a rejeté les résultats et dénonce une fraude généralisée.
- Bobi Wine affirme avoir échappé à une opération de police et indique que sa femme et d’autres membres de sa famille sont assignés à résidence.
Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, a remporté l’élection présidentielle ougandaise avec 7,9 millions de voix (71,65 %), selon les chiffres annoncés samedi par la Commission électorale (CE). Ce résultat lui assure un nouveau mandat, évitant un second tour. Son principal adversaire, Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, a obtenu 2,7 millions de voix (24,72 %).
Bobi Wine a immédiatement contesté les résultats, dénonçant une fraude “massive” et des irrégularités tout au long du processus électoral. Il a également souligné les problèmes techniques rencontrés lors du vote et le blocage temporaire d’Internet, imposé par les autorités depuis mardi, comme des tentatives de manipulation.
« Nous rejetons tout ce que déclare M. Byabakama, car les prétendus résultats qu’ils annoncent sont faux et ne reflètent pas du tout ce qui s’est passé dans les bureaux de vote ni ce qui est formulé dans les procès-verbaux. »
Bobi Wine, chef de l’opposition
Wine a également accusé le gouvernement de procéder à l’arrestation de ses agents électoraux et à la falsification des urnes. Il a affirmé avoir échappé à une opération de police menée à son domicile, situé à la périphérie de Kampala. Il a précisé que sa femme, Barbie Kyagulanyi, et d’autres membres de sa famille y sont toujours assignés à résidence.
Son fils aîné, Solomon Kampala Kyagulanyi, avait précédemment rapporté depuis l’étranger que son père avait réussi à fuir pendant l’assaut. Le NUP (Plateforme d’unité nationale), le parti de Bobi Wine, a dénoncé l’utilisation d’un hélicoptère militaire pour tenter de l’enlever et a accusé les forces de sécurité de violence envers ses gardes.
La police et les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) ont nié ces accusations. Le porte-parole de l’armée, Chris Magezi, a qualifié ces allégations d'”absurdes” et de “fausses”, affirmant qu’elles visaient à inciter les partisans de Bobi Wine à descendre dans la rue et à provoquer des émeutes. Le porte-parole de la police, Kituuma Rusoke, a également dénoncé des informations “trompeuses et infondées”, insistant sur le fait que Bobi Wine se trouvait chez lui.
Des incidents violents ont été signalés dans le district de Butambala, où l’UPDF aurait tué dix partisans de Bobi Wine lors d’une attaque contre la maison d’un de ses adjoints. La police a confirmé des arrestations et des décès dans cette région, mais a donné une version différente des faits. Le Groupe Panafricain de Solidarité, une coalition de plus de soixante-dix ONG africaines, a estimé le nombre total de morts le jour du scrutin à une cinquantaine, un chiffre qui n’a pas pu être vérifié de manière indépendante.
Malgré ces contestations et ces violences, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, a “salué” la tenue des élections en Ouganda et a félicité Yoweri Museveni, soulignant l’engagement de l’UA à promouvoir la démocratie et la bonne gouvernance sur le continent.
L’Ouganda est également connu pour sa législation particulièrement sévère contre l’homosexualité, adoptée en 2023 et prévoyant des peines de prison, voire la peine de mort, pour certains actes. Cette loi a été largement condamnée par les pays occidentaux. Le président du Parlement ougandais a salué l’action de Museveni, qualifiant sa position de “ferme dans l’intérêt de l’Ouganda” et remerciant les parlementaires qui ont approuvé la loi malgré les pressions.
La Cour constitutionnelle ougandaise a confirmé les aspects les plus sévères de cette loi un an après son adoption, malgré les appels à son abrogation de la part d’organisations comme Amnesty International.
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