Le cinéaste israélien Nadav Lapid a annoncé son retrait du Festival international de cinéma de Marseille (FID) le 10 juin 2026, suite à des appels au boycott. Cette décision, provoquée par des pressions internes, annule sa participation au jury et la projection de son film Oui, malgré son opposition marquée au gouvernement de Benjamin Netanyahu.
Un retrait forcé sous la pression des militants
Le Festival international de cinéma de Marseille (FID), qui doit se tenir du 7 au 12 juillet, traverse une crise identitaire majeure. Nadav Lapid, figure centrale du cinéma israélien contemporain et exilé en France depuis 2021, ne sera finalement pas présent. Le réalisateur, qui devait siéger au jury et présenter son dernier film, a renoncé à ses fonctions après une vague de contestations au sein même de la sélection du festival.

Selon les informations de franceinfo, le cinéaste a exprimé son amertume face à cette situation qu’il juge extrême. Il a affirmé avoir été poussé à la démission par un climat d’intimidation.
« Je l’ai très mal vécu », a confié Nadav Lapid sur France Inter, déplorant que sa simple présence soit devenue inacceptable pour certains membres de la communauté cinématographique.
La tension a été telle que la direction du festival a dû faire face à des demandes explicites de désinvitation. D’après ladepeche.fr, la direction du FID a tenté de limiter la participation du réalisateur pour apaiser les tensions, mais sans succès. Le climat de contestation a même entraîné le retrait d’une dizaine d’autres œuvres de la programmation officielle.
La controverse du financement du film Oui
Le cœur du litige repose sur les modalités de production du film Oui (2025). Les initiateurs du boycott reprochent au réalisateur d’avoir bénéficié de fonds publics israéliens, considérant que cela revient à soutenir indirectement la politique de l’État de manière coloniale.
Comme le rapporte L’Humanité, les militants qui mènent cette action affirment ne pas juger le contenu de l’œuvre, mais ses conditions de financement. Pour eux, la lutte contre la réalité de la guerre à Gaza doit passer par un boycott systématique de tout ce qui est lié aux structures étatiques israéliennes.
Cette lecture est fermement contestée par l’entourage du cinéaste. Judith Lou Lévy, la productrice du film, précise que l’aide reçue ne représente que 12 % du budget total et provient d’un organisme qui ne dépend pas directement du gouvernement.
« La subvention israélienne dont a bénéficié le film vient d’un fonds public et non pas gouvernemental et c’est typiquement le genre d’organisme indépendant qui est attaqué par le gouvernement Netanyahu », a déclaré Judith Lou Lévy.
Nadav Lapid, qui utilise son cinéma pour dépeindre la dérive morale de la société israélienne, voit dans cette attaque une tentative de réduire son identité à sa seule nationalité. Il s’est interrogé sur la pertinence de ce boycott face à l’urgence des crises humanitaires en cours à Gaza, au Liban et en Cisjordanie.
Une riposte massive des acteurs du cinéma mondial
Loin de rester silencieux, le milieu du cinéma international a réagi avec force pour défendre la liberté de création. Une tribune publiée dans Le Monde a rassemblé plus de 350 professionnels, dénonçant ce qu’ils considèrent comme une dérive dangereuse pour les institutions culturelles.
Dans un article du Le Figaro, la liste des signataires révèle l’ampleur du soutien reçu par le cinéaste. On y retrouve des personnalités de premier plan, notamment :
- Justine Triet et Apichatpong Weerasethakul (lauréats de la Palme d’or)
- Natalie Portman (actrice internationale)
- Jacques Audiard (réalisateur)
- Elias Sanbar (écrivain et ancien ambassadeur de la Palestine auprès de l’UNESCO)
- Niels Schneider et Louis Garrel (acteurs)
Les signataires de cette tribune rejettent catégoriquement la logique d’assignation qui vise Lapid. Pour ces artistes, l’acte de boycotter un individu pour sa nationalité ou ses financements indirects constitue une régression majeure.
« Faillite intellectuelle », qualifient les auteurs de la tribune cette volonté d’écarter un cinéaste d’un espace de discussion, rappelant avec force que personne ne saurait être réduit à un passeport.
L’enjeu de la liberté de création face au purisme politique
Cette affaire dépasse le cadre d’un simple festival de cinéma pour toucher aux fondements mêmes de la liberté d’expression dans les milieux culturels. Nadav Lapid lui-même refuse de voir dans ces appels une forme d’antisémitisme, préférant pointer du doigt une dérive idéologique interne.

Il décrit la situation comme une sorte de purisme politique de gens engagés, qu’il juge parfois trop peu courageux pour distinguer la critique politique de l’ostracisme personnel. Pour le cinéaste, l’ironie est frappante : alors qu’il est la cible d’un boycott pour ses liens avec Israël, le ministre israélien de la Culture a publiquement félicité cette initiative.
Le cas du FID de Marseille pose désormais une question cruciale pour les années à venir : comment les festivals peuvent-ils maintenir leur rôle d’espaces de débat et de création face à la montée des pressions politiques et des exigences de pureté idéologique ? La réponse de la direction du festival, qui a laissé le cinéaste se retirer face aux menaces et aux intimidations, reste un point de fracture majeur pour la communauté artistique internationale.
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