Dans une démarche sans précédent, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a sollicité dimanche une grâce présidentielle, tentant de mettre un terme au procès pour corruption qui le frappe et divise profondément le pays. Cette requête intervient dans un contexte régional tendu, mais suscite une vive opposition de la part de ses détracteurs, qui y voient une menace pour l’État de droit.
Netanyahu est accusé de fraude, d’abus de confiance et d’acceptation de pots-de-vin dans trois affaires distinctes, impliquant des faveurs présumées accordées à des donateurs fortunés. Il nie en bloc ces accusations, dénonçant une « chasse aux sorcières » orchestrée par les médias, la police et la justice. Il a formellement déposé sa demande de grâce auprès du service juridique du bureau du président Isaac Herzog, qui l’a qualifiée de « demande extraordinaire » aux « implications importantes ».
« La poursuite du procès nous déchire de l’intérieur, attise cette division et approfondit les clivages. Je suis sûr, comme beaucoup d’autres dans le pays, qu’une conclusion immédiate du procès contribuerait grandement à éteindre les flammes et à promouvoir la large réconciliation dont notre pays a si désespérément besoin », a déclaré Netanyahu dans une déclaration enregistrée.
Cette demande survient quelques semaines après un appel du président américain Donald Trump à Israël pour gracier Netanyahu. Trump avait également adressé une lettre au président Herzog, qualifiant l’affaire de corruption de « poursuites politiques injustifiées ».
L’affaire a été plusieurs fois retardée en raison des conflits et des tensions liés aux attaques du Hamas à partir d’octobre 2023. La demande de grâce est constituée d’une lettre détaillée rédigée par son avocat et d’une lettre signée par Netanyahu lui-même. Elles seront transmises au ministère de la Justice pour avis, puis au conseiller juridique de la présidence.
Les experts juridiques s’accordent à dire qu’une grâce ne peut pas interrompre le procès en cours. « C’est impossible », explique Emi Palmor, ancienne directrice générale du ministère de la Justice. « On ne peut pas prétendre être innocent pendant le procès et ensuite demander au président d’intervenir. » La seule option pour suspendre les poursuites serait une demande adressée au procureur général.
Ce geste contraste avec l’attitude de Netanyahu en 2008, alors chef de l’opposition, qui avait exigé la démission du Premier ministre Ehoud Olmert, également confronté à des allégations de corruption. Il avait alors affirmé qu’un dirigeant mis en cause n’avait pas la légitimité de gouverner. Olmert avait démissionné avant même d’être inculpé et avait ensuite été condamné à 16 mois de prison.
Depuis le début de ses propres démêlés judiciaires, Netanyahu s’est présenté comme la victime d’une conspiration orchestrée par un « État profond » cherchant à le destituer. Dès la fin de l’année 2022, après la formation de son gouvernement actuel, il a lancé un plan de refonte du système judiciaire israélien, présenté comme une réforme indispensable, mais perçu par ses opposants comme une tentative d’affaiblir les institutions démocratiques et de créer un conflit d’intérêts.
La demande de grâce a immédiatement suscité une vague de critiques. Yaïr Lapid, chef de l’opposition, a déclaré : « Vous ne pouvez pas lui accorder une grâce sans un aveu de culpabilité, une expression de remords et un retrait immédiat de la vie politique. » Le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël a quant à lui averti qu’une grâce accorderait un message dangereux selon lequel certains citoyens seraient au-dessus des lois.
Des dizaines de manifestants se sont rassemblés devant la résidence privée du président Herzog à Tel Aviv, l’appelant à rejeter la requête de Netanyahu. « Le peuple israélien comprend ce qui est en jeu – et c’est vraiment l’avenir de notre pays », a déclaré à l’AFP Shikma Bressler, une militante antigouvernementale de 45 ans. D’autres manifestants ont accusé Netanyahu de tenter de « détruire le système judiciaire » et de contourner la justice en s’adressant directement au président.
