Publié le 17 décembre 2025 à 20h45. La bataille pour le contrôle de Warner Bros. Discovery injecte une nouvelle dimension dans la course aux Oscars, les votants étant de plus en plus enclins à soutenir les studios menacés de rachat, transformant ainsi les récompenses en un acte de résistance face à la consolidation de l’industrie.
- La course aux Oscars est influencée par la bataille d’acquisition entre Netflix, Paramount et Warner Bros. Discovery.
- Les films de Warner Bros. Discovery, notamment Une bataille après l’autre et Pécheurs, pourraient bénéficier d’un vote de sympathie.
- L’ambivalence d’Hollywood envers les géants de la technologie, exacerbée par le passage des Oscars à YouTube, renforce ce phénomène.
La saison des récompenses hollywoodiennes prend une tournure inattendue, transcendée par une lutte de pouvoir financière qui dépasse largement les mérites artistiques des films en compétition. Au-delà des performances d’acteurs, de la réalisation et du scénario, les votants pourraient bien se laisser influencer par un facteur nouveau : la survie même des studios de cinéma. Warner Bros. Discovery, cible de convoitises de la part de Netflix et de Paramount, se retrouve au cœur d’une bataille qui redéfinit les enjeux des Oscars.
Mercredi dernier, Warner Bros. Discovery a officiellement rejeté l’offre de 30 dollars par action de Paramount, ouvrant la voie à une contre-offre plus élevée de la part de David Ellison, qui tente de déjouer Netflix. Cette escalade financière ne profite qu’aux films actuellement produits par Warner Bros., les plaçant dans une position privilégiée auprès des membres de l’Académie.
Une bataille après l’autre, réalisé par Paul Thomas Anderson, s’est imposé comme un favori précoce, accumulant les nominations aux Golden Globes (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario et cinq nominations pour les acteurs). Pécheurs, réalisé par Ryan Coogler, n’est pas en reste, avec des nominations aux Golden Globes pour le meilleur film, le meilleur réalisateur, le meilleur scénario et un rôle pour Michael B. Jordan. Ces deux films, déjà salués par la critique, pourraient bénéficier d’un élan supplémentaire grâce à la situation précaire de Warner Bros. Discovery.
L’atmosphère à Hollywood est palpable : l’idée que Netflix, une entreprise qui a historiquement privilégié le streaming au détriment des salles de cinéma, puisse prendre le contrôle d’un studio emblématique comme Warner Bros. suscite l’inquiétude. De nombreux votants considèrent désormais ces films non seulement comme des œuvres cinématographiques de qualité, mais aussi comme des symboles de ce qui pourrait disparaître.
Même si Paramount parvenait à acquérir Warner Bros. Discovery, le sentiment persisterait que le studio serait victime d’une consolidation dominée par la technologie, compte tenu des origines financières de la famille Ellison. L’ambivalence d’Hollywood envers la Silicon Valley est également exacerbée par le récent accord de l’Académie des Oscars avec YouTube pour diffuser les cérémonies à partir de 2029, alimentant les craintes d’une perte de contrôle créatif.
L’histoire des Oscars est jalonnée de précédents similaires. En 2004, Warner Bros. a connu une année exceptionnelle, remportant 13 Oscars grâce à Le Seigneur des Anneaux : Le Retour du Roi et Mystic River. Cette année, Une bataille après l’autre et Pécheurs pourraient bien se rapprocher de ce record.
Il y a huit ans, lors de l’annonce du rachat de Fox par Disney, un scénario similaire s’était produit. La Forme de l’eau, de Fox Searchlight, a remporté les Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur, malgré les critiques mitigées, en raison d’un sentiment de solidarité envers le studio menacé. Guillermo del Toro, le réalisateur de Frankenstein, pourrait bien être confronté à une situation inverse cette année, son film ayant perdu de son élan depuis le début de la bataille d’acquisition.
Bob Iger, alors PDG de Disney, avait publiquement soutenu l’équipe de Searchlight lors de la cérémonie des Oscars, validant chaque récompense. Il est incertain que David Ellison ou Ted Sarandos adopteront la même approche envers Michael de Luca et Pamela Abdy, mais ils pourraient néanmoins applaudir discrètement.
Ce vote de sympathie pourrait également profiter à des artistes de longue date qui n’ont jamais reçu de reconnaissance de l’Académie. Ryan Coogler, malgré une filmographie acclamée par la critique et le public (Fruitvale Station, Creed et les films Black Panther), n’a toujours pas d’Oscar à son actif. Paul Thomas Anderson, nominé à onze reprises, est également dans cette situation.
Ironiquement, l’affection des Oscars pour Warner Bros. pourrait inciter Netflix à reconsidérer sa stratégie de sortie directe en streaming, une pratique qu’elle continue d’affirmer ne pas vouloir abandonner. Dans tous les cas, les lauréats pourraient saisir l’occasion pour plaider en faveur du maintien des sorties en salles, implorant Ted Sarandos de préserver ce modèle ou David Ellison de renoncer à des licenciements massifs. Parfois, face à la menace qui pèse sur leur studio, il ne reste aux artistes qu’à fermer les yeux, à se préparer au pire et à prononcer un discours d’acceptation mémorable.
À lire aussi
