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Nick Cave’s Veiled World: the starry tale of how sometimes the devil doesn’t have the best tunes | Television

Le nouveau documentaire consacré à Nick Cave, diffusé sur Sky Arts le 6 décembre, offre un regard intimiste sur l'évolution d'un artiste protéiforme, de ses débuts provocateurs à sa quête spirituelle actuelle. L'occasion de revisiter un répertoire intense…

Nick Cave’s Veiled World: the starry tale of how sometimes the devil doesn’t have the best tunes | Television

Le nouveau documentaire consacré à Nick Cave, diffusé sur Sky Arts le 6 décembre, offre un regard intimiste sur l’évolution d’un artiste protéiforme, de ses débuts provocateurs à sa quête spirituelle actuelle. L’occasion de revisiter un répertoire intense et de comprendre comment la foi, devenue un pilier de son œuvre, divise encore aujourd’hui son public.

Le film, intitulé Nick Cave’s Veiled World, accompagne la sortie de la série télévisée adaptée de son roman sulfureux, The Death of Bunny Munro. Mais au-delà de la promotion, le documentaire se concentre sur l’œuvre brute et passionnée des premières années de Cave : des confessions électriques, des duos déjantés avec des stars de la pop, des chansons d’amour profanes qui résonnent encore.

Ce qui frappe, c’est le contraste entre la fascination qu’exercent les artistes qui se réinventent constamment et l’indifférence qui accueille ceux qui, sans ce besoin de changement, explorent d’autres voies créatives. « On connaît beaucoup d’artistes qui ne cessent de se renouveler – un jour ils cousent des écailles de poisson sur des vestes, le lendemain ils peignent des miroirs ou mettent des hippocampes dans des samovars. Le problème, c’est que personne ne s’en soucie », souligne l’analyse implicite du documentaire.

Sans ses chansons classiques, Nick Cave, céramiste et poète, ne serait qu’un excentrique local, admet le film. L’œuvre la plus controversée de sa carrière reste sans doute son affirmation de foi chrétienne, un paradoxe pour un artiste longtemps associé à l’imagerie biblique dans le rock, à condition que le chanteur ne soit pas réellement croyant.

Le documentaire s’éloigne des portraits rétrospectifs habituels, peuplés de personnalités confortables et bien établies. Les amis de Cave, eux, restent des figures atypiques. On croise Bella Freud, le cinéaste Wim Wenders, Warren Ellis, dont l’allure évoque Mandy Patinkin dans le rôle d’un sadhu indien vêtu d’un costume Paul Smith. L’ancien archevêque de Canterbury, Rowan Williams, apporte une contribution particulièrement éclairante, disséquant avec finesse la différence entre joie et bonheur.

Certains témoignages, comme ceux de Flea et Florence Welch, se limitent à la lecture de leurs paroles préférées. L’esthétique générale, avec des pièces recouvertes de draps, laisse une impression étrange, comme si les intervenants étaient entourés de spectres patients. Une métaphore possible, mais qui pourrait aussi simplement traduire un planning de tournage chargé.

Le documentaire évoque les influences de Martin Scorsese, notamment son film sur Bob Dylan, à travers des montages d’images d’archives : pèlerins, forces de l’ordre, troupeaux de bisons. La structure du film est divisée en sections aux titres évocateurs – The Outlaw (le hors-la-loi), The Divine Child (l’enfant divin), The Prophet (le prophète) – qui renvoient à l’imagerie archétypale chère à Cave. L’artiste lui-même est absent, hormis quelques extraits vocaux, et sa biographie est peu explorée.

Le film se concentre sur l’homme d’aujourd’hui : un être profondément compatissant, tourmenté par la foi et consolé par le doute, qui ne considère plus l’art comme une puissance suprême. Son amie photographe, Polly Borland, révèle qu’à l’école, le jeune rebelle punk rêvait de devenir un gourou. Cave a fini par incarner cette vision, au prix d’une tragédie personnelle immense : la mort de son fils Arthur.

Le documentaire retrace les conséquences de ce deuil, notamment l’album spectral Ghosteen et la nouvelle dimension de tristesse et de communion qu’il a apportée à ses concerts. Il évoque également son rôle émergent de guide spirituel autoproclamé. Nombreux sont ceux qui suivent ses conseils avisés dans sa newsletter, The Red Hand Files, où il s’est imposé comme un véritable « oncle à problèmes ». Ses réponses, souvent belles et parfois hilarantes, sont parfois trop intenses pour être lues en public.

Veiled World est ambitieux, mais se heurte à une contradiction inhérente au documentaire : tenter de donner un sens à l’ineffable. Le deuil et la foi résistent à la fixation de significations. Il est plus facile de rendre compte de faits et d’événements que d’intériorité. Cave, dans ses travaux récents, cherche à dissiper un mythe : celui selon lequel le diable aurait les meilleures mélodies. Peut-être la véritable perversité réside-t-elle chez ceux qui regrettent le parfum de soufre.

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À propos de l’auteur: Antoine Girard

Antoine Girard couvre la culture et le divertissement, du cinéma à la musique en passant par les séries, les livres et les arts visuels. Il cherche à éclairer les œuvres, les tendances et leur réception.