Nouvelle taxe dans l’aviation : elle touche directement au portefeuille des voyageurs !
Le gouvernement fédéral belge instaurera, dès le 1er janvier 2027, une taxe de 10 € sur les billets d'avion pour les destinations dépassant 500 kilomètres. Cette mesure provoque un bras de fer avec Ryanair, dont le PDG menace…
Le gouvernement fédéral belge instaurera, dès le 1er janvier 2027, une taxe de 10 € sur les billets d’avion pour les destinations dépassant 500 kilomètres. Cette mesure provoque un bras de fer avec Ryanair, dont le PDG menace de supprimer deux millions de sièges et de retirer cinq avions de sa base de Charleroi.
Le passage à une taxe de 10 € pour les vols longs
Photo: 21News
La décision, votée fin mai à la Chambre dans le cadre de la loi-programme, modifie radicalement l’approche fiscale de l’aviation en Belgique. Selon dhnet.be, une taxe de 10 € sera appliquée aux billets dont la destination se situe à plus de 500 kilomètres. Bien que les compagnies aériennes soient chargées du paiement, ce coût devrait être répercuté sur le prix final payé par les voyageurs.
L’orientation de cette taxe a pivoté depuis sa conception en 2022. Initialement, l’objectif était de décourager les « sauts de puce » — ces courts trajets comme Bruxelles-Paris ou Bruxelles-Amsterdam — pour favoriser le train. À l’époque, la taxe de 10 € visait les vols de moins de 500 km, tandis que les vols plus longs étaient soumis à une taxe de 2 € ou 4 €, finalement harmonisée à 5 €. Le nouveau dispositif inverse cette logique en ciblant désormais les distances supérieures à 500 kilomètres.
La riposte de Ryanair : 2 millions de sièges en moins
Photo: Le Soir
Le PDG de Ryanair, Michael O’Leary, a réagi avec virulence à cette hausse. Lors d’une rencontre avec des journalistes belges, RTBF rapporte que l’entreprise confirme un retrait partiel de ses opérations en Belgique.
L’impact opérationnel annoncé par la compagnie est massif :
Flotte : Retrait de 5 avions sur les 19 basés à Charleroi dès cet hiver.
Capacité : Réduction de 2 millions de sièges sur le territoire belge.
Réseau : Suppression d’une vingtaine de destinations au départ de Charleroi et Zaventem.
Emploi : Perte de plus de 1 600 emplois directs et indirects, selon les chiffres de la compagnie.
L’attaque ne s’est pas limitée aux chiffres. O’Leary a ouvertement critiqué le gouvernement belge, « qui multiplie les insultes contre le gouvernement belge qu’il qualifie de »« stupide et ignorant du monde de l’aviation ».
L’inflexibilité de Jan Jambon face aux pressions wallonnes
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Ce conflit place le gouvernement fédéral et le gouvernement wallon en opposition. Le ministre des Finances, Jan Jambon, refuse tout compromis. Interrogé en commission de la Chambre, il a été catégorique :
« En ce qui me concerne, les décisions sur cette taxe ont été prises. Il n’y a pas d’intention de mon côté de modifier cela. »
Jan Jambon, ministre des Finances, via Le Soir
Pourtant, l’exécutif wallon MR-Engagés s’inquiète des retombées économiques. Cécile Neven, ministre wallonne en charge des Aéroports, a rappelé au parlement régional qu’un « engagement formel » avait été obtenu du Premier ministre Bart De Wever pour réévaluer la mesure avant son application le 1er janvier 2027. La crainte est réelle : Le Soir précise que trois avions pourraient être retirés dès septembre, suivis de deux autres fin octobre.
Le paradoxe d’O’Leary : investissements contre concessions
Photo: RTBF
Malgré ses menaces, le patron de Ryanair a brandi une alternative. Il se dit prêt à injecter davantage de capitaux et d’appareils en Belgique, à condition que l’État et les gestionnaires aéroportuaires cèdent sur plusieurs points.
Le tableau des promesses d’O’Leary est contrasté avec ses menaces de retrait :
Objectifs potentiels
Conditions exigées
+ 5 millions de passagers
Réduction des frais aéroportuaires (Charleroi et Zaventem)
+ 50 nouvelles liaisons
Assouplissement des vols de nuit à Bruxelles
+ 1 000 emplois indirects
Annulation de la hausse de la taxe d’embarquement
Réouverture de la base à Zaventem et arrivée à Liège
Annulation de la hausse de la taxe d’embarquement
L’attitude du CEO oscille ainsi entre l’agressivité et l’enthousiasme, affirmant même : « J’adore la Belgique, et j’adore Kevin De Bruyne », tout en maintenant la pression fiscale comme pivot de sa stratégie.
L’aéroport de Charleroi juge la menace crédible
À Charleroi, le bastion du low-cost, l’inquiétude est palpable. Si les responsables de l’aéroport Charleroi Bruxelles Sud (BSCA) affirment ne pas encore disposer de détails opérationnels précis, ils refusent de voir ces annonces comme une simple technique de négociation.
Comme le souligne 21News, l’historique de Ryanair pèse dans cette analyse : la compagnie a l’habitude d’aligner ses décisions stratégiques sur ses déclarations publiques. La disparition potentielle de 15 liaisons au départ de l’aéroport wallon est donc considérée comme un risque concret.
L’enjeu dépasse désormais le simple coût du billet. Il s’agit d’un arbitrage entre une volonté politique de transition écologique et fiscale, et la dépendance économique d’un hub aéroportuaire envers un acteur dominant capable de déplacer sa flotte vers d’autres marchés européens en un temps record.
Ryanair a toutefois laissé une porte ouverte, Michael O’Leary ayant déclaré : « Mais nous n’allons pas fermer complètement la base de Charleroi ».
Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.