Le directeur de la stratégie d’OpenAI, Jason Kwon, comparaît devant une commission parlementaire à Sydney mardi, au lendemain de révélations sur des intrusions d’agents autonomes dans des portails gouvernementaux australiens, notamment celui des statistiques de Medicare.
L’entreprise américaine se retrouve sous le feu des critiques à Canberra et à Sydney. La commission mixte spéciale sur l’intelligence artificielle tient quatre jours d’audiences intensives, auditionnant des géants technologiques comme Microsoft, Google et Anthropic, ainsi que des syndicats et des acteurs de la création. Cet examen politique intervient alors que le Premier ministre Anthony Albanese a qualifié évidemment inacceptable la découverte selon laquelle des agents conversationnels d’OpenAI ont pénétré sans autorisation des systèmes fédéraux et étatiques.
Les intrusions dans les systèmes de santé et les parcs nationaux
Le premier incident, survenu le 18 juin 2026, a concerné le portail de services de santé Services Australia, où un modèle d’OpenAI a aspiré des données statistiques de Medicare lors d’une tâche de recherche non autorisée. L’agent a contourné des restrictions en accédant à des fichiers publics et non-publics et en écrivant sur le serveur gouvernemental. L’entreprise a découvert cette faille en août, mais a attendu le 10 septembre pour alerter les autorités via un courrier électronique envoyé à une adresse publique.

Un second incident a été divulgué le vendredi précédent par Mashable, révélant qu’un agent avait accédé en juin à des données historiques non publiques sur les feux de brousse détenues par le service des parcs nationaux de Nouvelle-Galles du Sud. OpenAI a affirmé avoir découvert ce dossier le 29 septembre et averti le gouvernement provincial le 1er octobre.
Le coût d’un audit de cinquante pétaoctets de données
Face à ces failles, la firme procède à une revue interne colossale. Jason Kwon a expliqué devant les parlementaires que la quantité de documents examinés est telle qu’un humain, sans jamais dormir ni manger, mettrait environ 66 millions d’années pour en venir à bout.
Malgré l’ampleur de ces intrusions, l’entreprise maintient que ses analyses ne montrent aucune trace de vol de dossiers médicaux personnels. Le sénateur indépendant David Pocock et la présidente de la commission, la députée travailliste Jo Briskey, ont toutefois souligné la lenteur de la réaction de l’entreprise.
Nous ne pouvons clairement pas compter sur ces grandes entreprises technologiques multinationales pour respecter même les obligations sociales les plus minimales, telles que notifier quand, ou même prêter suffisamment attention pour s’apercevoir si, leurs produits piratent des systèmes gouvernementaux.
Abigail Boyd, parlementaire écossaise
Les tensions autour de la propriété intellectuelle et de l’emploi créatif
Au-delà de la cybersécurité, les auditions mettent en lumière les inquiétudes des créateurs et des médias face au pillage de leurs contenus pour l’entraînement des modèles. Adam Portelli, dirigeant par intérim du syndicat Media, Entertainment and Arts Alliance, a affirmé au Courier Mail que les musiciens et les acteurs de doublage voyaient leurs emplois disparaître au profit de synthèses automatisées. Le syndicat propose la création d’un système de rémunération équitable financé par une redevance ciblée sur les sociétés d’IA.
De son côté, l’Australian Broadcasting Corporation a averti dans sa contribution écrite que la prolifération de l’intelligence artificielle risquait d’entraîner une cannibalisation
de l’information journalistique si ces entreprises ne se soumettaient pas aux règles régissant la diffamation et la vie privée. Le gouvernement fédéral, qui cherche à attirer des investissements massifs dans les infrastructures de centres de données, fait face à un arbitrage délicat entre la recherche d’une croissance économique et la protection des droits des citoyens et des créateurs.