Publié le 2024-02-29 14:15:00. Une société américaine propose un test génétique coûteux pour sélectionner les spermatozoïdes jugés « optimaux », suscitant un débat éthique sur l’eugénisme et la sélection artificielle, et se heurtant à la législation suisse plus stricte en matière de procréation médicalement assistée.
- La société Nucleus commercialise un test, le FIV+, qui analyse plus de 2 000 caractéristiques génétiques des spermatozoïdes pour un prix de 40 000 dollars américains (environ 37 000 francs suisses).
- Ce test vise à identifier le spermatozoïde « le plus sain » pour maximiser les chances d’avoir un enfant en bonne santé, en tenant compte de facteurs tels que le risque de maladies, le QI ou encore la couleur des yeux.
- La législation suisse interdit ce type de sélection génétique systématique, autorisant uniquement l’analyse pour détecter des prédispositions à des maladies graves.
Sous le slogan accrocheur « Donnez naissance à votre meilleur bébé », la société américaine Nucleus fait la promotion de son test FIV+. Cette nouvelle approche de la fécondation in vitro (FIV) promet d’optimiser les chances de concevoir un enfant en bonne santé, en allant au-delà des méthodes traditionnelles d’insémination artificielle. Nucleus se positionne comme proposant le « premier test de FIV pour l’optimisation génétique ».
Le principe du test FIV+ repose sur l’analyse individuelle de chaque spermatozoïde. Après prélèvement, les échantillons sont examinés en laboratoire pour évaluer plus de 2 000 caractéristiques et risques potentiels de maladies. L’objectif est de déterminer quel spermatozoïde présente le profil génétique le plus favorable, et donc le plus susceptible de donner naissance à un enfant en bonne santé.
Couleur des yeux, risque de cancer, espérance de vie : un profil génétique complet
L’étendue des critères analysés est impressionnante. Les spermatozoïdes sont évalués en fonction du risque de développer un cancer du sein, de la taille potentielle de l’enfant, du risque de diabète, de l’espérance de vie, du quotient intellectuel (QI), du risque de maladie d’Alzheimer, de la couleur des yeux, de la couleur des cheveux et même des prédispositions à des troubles mentaux.
Sur la base de ces informations, le couple souhaitant concevoir un enfant peut choisir le spermatozoïde qu’il juge le plus approprié. Ce dernier est ensuite utilisé pour l’insémination artificielle, dans l’espoir de donner naissance à un « enfant génétiquement optimal ».
« Le meilleur départ dans la vie »
L’entreprise met en avant l’idée que « la longévité commence à la naissance », et présente le test FIV+ comme une opportunité pour les parents d’offrir à leur enfant « le meilleur départ dans la vie ». Elle encourage les futurs parents à prendre une « décision mûrement réfléchie » en analysant un large éventail de facteurs susceptibles d’influencer la santé et le bien-être de leur enfant à naître.
Un débat enflammé sur les réseaux sociaux
La procédure a suscité une vive réaction sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok. Une vidéo d’un créateur de contenu américain, intitulée « L’élite engendre des super bébés », a fait le tour de la toile, accumulant plus de 1,5 million de vues et environ 4 500 commentaires. Voir la vidéo TikTok
Les opinions divergent. Certains saluent les progrès technologiques et les nouvelles possibilités offertes par ce test. « Payer 30 000 francs pour un test revient moins cher que d’avoir un enfant malade », écrit un internaute. D’autres estiment que « qui ne veut pas d’un enfant en bonne santé et sans désavantages génétiques ? » Certains vont même jusqu’à affirmer qu’il s’agit de « l’évolution ultime ».
D’autres voix s’élèvent pour dénoncer une forme d’eugénisme moderne. « Pourquoi un test comme celui-ci n’est-il pas accessible à tous, quel que soit l’argent ? » s’interroge un utilisateur. Certains craignent que cela ne conduise à « l’idée d’une race supérieure » ou qu’il s’agisse d’une pratique « définitivement illégale ».
La loi suisse plus stricte
En Suisse, la loi sur la médecine de la reproduction encadre strictement les possibilités d’examens génétiques sur le matériel reproducteur. Selon Yvonne Jud-Lendi, d’Advomed, un cabinet d’avocats spécialisé, « un examen n’est autorisé que pour déterminer des prédispositions à des maladies graves ou des caractéristiques chromosomiques susceptibles de mettre en danger le développement de l’embryon ». L’interprétation de ces critères reste complexe et soulève des questions éthiques, d’où l’existence d’une Commission nationale d’éthique (NEK) chargée de définir des lignes directrices supplémentaires.
Le test Nucleus interdit en Suisse
Dans ce contexte, le test FIV+ de Nucleus ne serait pas autorisé sur le territoire suisse. « En Suisse, un examen ciblé et systématique des spermatozoïdes pour d’autres propriétés génétiques en dehors du domaine d’application prévu n’est pas autorisé », explique Jud-Lendi. L’examen de caractéristiques non médicalement pertinentes est interdit, et aucune sélection ou optimisation basée sur ces critères n’est permise. Les tests de détermination du sexe sont également proscrits, afin d’éviter toute pratique eugénique.
Risque de discrimination envers les personnes handicapées ?
Même lorsque les examens sont autorisés pour des raisons médicales, la sélection d’embryons soulève des questions éthiques. Le test élargi proposé par Nucleus pourrait également entraîner une discrimination envers les personnes handicapées, en particulier si de telles procédures de dépistage devenaient courantes. « En conséquence, les personnes handicapées deviendraient un groupe marginal de plus en plus restreint et seraient probablement socialement exclues. »
Que pensez-vous de la possibilité de sélectionner des embryons pour certaines caractéristiques ?
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